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En
2001, un groupe de travail a remis un rapport à la
chancellerie : «Les allégations d'abus sexuels
sur mineur dans un contexte de séparation parentale
conflictuelle». Il n'est jamais sorti du tiroir. Il
ne comportait pourtant rien d'explosif, à part le sujet
traité. Son enterrement de troisième classe
illustre le malaise de l'institution judiciaire, son impuissance,
et, ajoute un des rédacteurs, «son sentiment
de culpabilité face à son inertie».
Sur la
définition d'un fléau qui s'est répandu
au début des années 90, tout le monde est d'accord
avec les rédacteurs du rapport : «Les
allégations sexuelles sont souvent invoquées
par l'un des parents comme une arme pour être assuré
d'obtenir la garde des enfants et l'éviction de l'autre
parent, souvent le père.» Personne ne
connaît, en revanche, le pourcentage de «fausses
allégations» parmi les dossiers d'abus incestueux.
Une étude
conduite à Nanterre (Hauts-de-Seine) l'évalue
à 15 %. A Paris, il y a six ans, on parlait d'une trentaine
de cas litigieux. A Pontoise, une association de pères
a mis en cause une avocate dont les clientes invoquaient un
peu trop systématiquement ce genre d'accusations. Les
magistrats et les policiers subodorent parfois que la dénonciation
d'un abus sexuel relève de la machination, «notamment
quand ça arrive après que le père a obtenu
la résidence ou quand cela vient après des conflits
récurrents autour des droits de visite», selon
un enquêteur de la brigade des mineurs de Paris.
Mais une fois l'arme dégainée,
les dégâts sont souvent irréparables.
L'enfant est auditionné, expertisé, examiné,
le père gardé à vue. Dans le doute, les
magistrats préfèrent souvent suspendre tout
contact entre l'enfant et le père, et, même si
celui-ci obtient la relaxe, il faut parfois compter deux ou
trois ans. Certaines mères font appel,
mobilisent des comités de soutien. Certains accusés
se lancent dans des procès pour dénonciation
calomnieuse : il faut alors que la malveillance de la mère
soit particulièrement manifeste pour ne pas retenir
l'excuse de la bonne foi maternelle. «Les tribunaux
prennent peu à peu conscience du phénomène,
mais ils infligent des peines symboliques, pour ne
pas ajouter une mère en prison à un cadre familial
déjà bousillé. La seule contre-offensive
serait de réagir très vite et de punir la mère
en donnant la garde au père. Certains collègues
s'y risquent. Mais est-ce bien l'intérêt de l'enfant
?» s'interroge une juge aux affaires familiales.
Par Blandine
GROSJEAN, 01 juin 2004 (Liberation )
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