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Nicolas
Sarkozy a demandé que l'Etat engage des "actions
récursoires" envers les responsables du désastre
d'Outreau
L'action récursoire
consiste pour l'Etat à se retourner vers l'agent dont
la faute a valu sa condamnation.
"Que celui
qui a fait une faute ne la fasse pas payer par la société
mais l'assume pour partie!", a affirmé le ministre
de l'Intérieur et président de l'UMP.
"Les victimes
seront indemnisées (...) par l'Etat. Je demande qu'un
certain nombre d'actions récursoires soient engagées
à l'endroit de ceux qui auraient ainsi commis des fautes
professionnelles." a-t-il précisé.
Après le
"bouleversant spectacle des malheureuses victimes d'Outreau,
il ne s'agit pas d'attaquer qui que ce soit, ce ne serait
pas digne" mais "c'est trop facile de dire que c'est
la faute à l'institution ou à tout le monde.
Quand on dit que c'est la faute à tout le monde, c'est
la faute à personne. Je souhaite une société
où chacun assume sa part de responsabilité.
On ne peut pas dire 'je suis magistrat, j'ai un pouvoir important'
et dire, quand il y a un dysfonctionnement, 'je n'assume pas
ma part de responsabilités'", a-t-il ajouté.
Le numéro
deux du gouvernement n'a pas cité de noms, ni celui
de Fabrice Burgaud, le juge d'instruction de l'affaire, ni
d'aucun autre magistrat impliqué dans le procès
d'Outreau. "C'est trop facile d'attaquer un homme qui
aujourd'hui est très attaqué", a-t-il dit.
Publié le 20/01 à 08:51
Les avocats font le procès du système judiciaire
Pour prévenir
un nouvel Outreau, loin d'être selon eux un cas isolé,
les avocats ont appelé à un "changement
des mentalités" et à des réformes
"institutionnelles", allant jusqu'à demander
la suppression du juge d'instruction, qu'ils ont qualifié
de "chef d'orchestre" des multiples ratés
de cette affaire.
Le président
de la Commission d'enquête parlementaire a par ailleurs
souhaité jeudi que l'audition du juge Fabrice Burgaud,
le 8 février, ne se transforme pas en "lynchage".
Les avocats des
acquittés du procès pour pédophilie d'Outreau
ont fait jeudi le procès du système judiciaire.
Entendus par la
commission d'enquête parlementaire, ils ont évoqué
une instruction "catastrophique", des droits de
la défense bafoués, la négation de la
présomption d'innocence, réclamé des
réformes, et remis en cause le rôle des juges
d'instruction.
Les 13 acquittés
avaient témoigné mercredi devant la commission,
provoquant une forte émotion.
"En ce moment
le juge Burgaud est très attaqué. Il faut garantir
le droit de la défense", a ajouté le député
socialiste.
"On n'est pas là du tout pour refaire le procès.
On est là pour savoir comment la justice a fonctionné,
plutôt comment elle a mal fonctionné (...) pour
en tirer des leçons et des propositions de réformes",
a poursuivi André Vallini.
"Nous ne sommes
pas le CSM (NDLR : Conseil supérieur de la magistrature).
Nous ne sommes pas une instance disciplinaire. Nous voulons
savoir comment il a travaillé, pourquoi il aurait si
mal travaillé, à entendre ce que l'on a entendu
hier", a-t-il dit.
"C'est au CSM le cas échéant de sanctionner
le juge Burgaud", a estimé André Vallini.
Les juges d'instruction contestés
Le monde judiciaire
s'interroge sur la suppression du juge d'instruction, censé
instruire à charge et à décharge.
Le célèbre
juge Renaud Van Ruymbeke a estimé jeudi, dans Le Monde,
qu'il fallait "supprimer le juge d'instruction",
magistrat dont le rôle est d'établir les faits
et préparer les dossiers en vue de l'organisation des
procès.
"A la fois
enquêteur et arbitre", il est "pris dans une
contradiction intellectuelle", a-t-il expliqué.
Des avocats des
acquittés d'Outreau entendus jeudi par la Commission
d'enquête parlementaire sont allés dans le même
sens. "Le juge d'instruction a fait son temps. On instruit
essentiellement à charge. La plupart des erreurs judiciaires
sont des erreurs d'instruction", a déclaré
Frank Berton, défenseur de deux des acquittés.
Mais les avocats
sont partagés: la Conférence des bâtonniers
s'est déclarée hostile à la disparition
du juge d'instruction, qui supprimerait selon elle le seul
espace "où peuvent avoir lieu des débats
contradictoires en dehors de l'audience".
Pour Dominique
Barella, président de l'Union syndicale des magistrats,
supprimer le juge d'instruction, ce serait instaurer une justice
"totalement inégalitaire" où la défense
doit rassembler ses preuves face à l'accusation.
"Il faut payer
un avocat pendant des mois et des mois, sans compter les expertises,
un enquêteur de personnalités ou un détective",
a-t-il relevé, rappelant qu'un "bon avocat parisien"
facture l'heure de 350 à 500 euros.
L'audition des acquittés d'Outreau
Tous s'en sont
pris nommément au juge Fabrice Burgaud qui sera entendu
le 8 février par la commission. Le chauffeur de taxi
Pierre Martel a fustigé une "instruction menée
uniquement à charge" ne respectant pas la présomption
d'innocence.
Plusieurs chaînes
de télévision ont exceptionnellement retransmis
cette audition devant la commission de 30 députés
chargée de tirer les leçons d'un "désastre
judiciaire sans précédent", selon l'expression
du président Jacques Chirac.
A l'issue de deux
procès en cour d'assises, 13 des 17 accusés
ont été acquittés et innocentés
d'accusations de viols et d'agressions sexuelles sur des enfants,
certains après plus de trois ans de détention
provisoire.
Ils ont raconté
mercredi leur expérience dans des témoignages
empreints de dignité et d'émotion, parfois interrompus
par les larmes.
Premier à
s'exprimer, le "chauffeur de taxi", Pierre Martel
(57 ans), a dénoncé une "instruction menée
uniquement à charge par un juge passé à
côté de la vérité" et l'absence
de "présomption d'innocence".
"Le juge aurait
dû avoir dès le départ des doutes",
a estimé Pierre Martel, innocenté à l'issue
du premier procès de Saint-Omer en juillet 2004. il
a rappelé que deux des quatre personnes qui l'accusaient
étaient revenues sur leurs déclarations pendant
l'instruction. Le juge "c'était le bon Dieu, il
avait le droit de vie et de mort sur moi, il avait un pouvoir
énorme et tout le monde était à sa botte
(...). Il m'a dit: 'J'ai trois ans pour instruire, vous aurez
20 ans pour réfléchir'".
L'abbé Dominique
Wiel, 68 ans, qui a subi 30 mois d'incarcération, a
affirmé que "le juge Burgaud savait" dès
le début que certains de ses accusateurs mentaient.
Il a aussi dénoncé "l'absurdité
des accusations" de viol portées contre lui et
le "charabia des psychologues" qui avaient repéré
des traits d'abuseur sexuel chez la plupart des accusés
finalement innocentés.
Plusieurs des 11
acquittés entendus pendant plus de neuf heures ont
également appelé la commission, chargée
de tirer les leçons du fiasco judiciaire d'Outreau
, à s'interroger sur les relations entre le juge et
Myriam Badaoui. Cette mère incestueuse est la principale
accusatrice de cette affaire basée sur des dénonciations
de viols par des enfants qui se sont en grande partie révélées
fausses.
"Le juge a
essentiellement écouté Myriam Badaoui. Tous
les deux ont inventé cette histoire", a dénoncé
l'huissier Alain Marécaux (41 ans), dont la mère
est décédée pendant l'instruction. "Ma
mère a arrêté de s'alimenter. C'est à
cause de lui [le juge Burgaud,
NDLR] que ma mère est partie", a-t-il accusé,
des sanglots dans la voix, qualifiant le juge d'instruction
de "meurtrier".
Un autre acquitté,
Christian Godard (47 ans), a accusé le magistrat d'être
responsable de la mort de François Mourmand, décédé
en détention d'une surdose de médicaments en
juin 2002. "Les excuses du juge, j'en veux pas. J'ai
pas de mort sur ma conscience. Le 14e (innocent, ndlr), c'est
pas moi qui l'ai fait mourir, c'est lui (...). Il a du sang
sur les mains", a-t-il déclaré. Le juge
Burgaud "a la mort de mon frère sur la conscience",
a renchéri Lydia Mourmand, soeur de François.
Pour Karine Duchochois
(28 ans), "le premier qui aurait dû s'excuser",
c'est le juge. "On veut que les personnes qui ont brisé
nos vies prennent leurs responsabilités et soient sanctionnées",
a-t-elle déclaré, la voix brisée lorsqu'elle
a évoqué son fils qui ne veut plus vivre avec
elle. "Il faut qu'il y ait des sanctions pour qu'ils
comprennent les erreurs qu'ils ont faites", a insisté
un autre acquitté, David Brunet (32 ans).
Dans une interview
publiée par "L'Express", le magistrat, qui
devrait entendu le 8 février par la commission parlementaire,
a assuré que "ce serait une solution de facilité
de présenter des excuses" et estimé "avoir
rempli sa mission honnêtement". "Je ne suis
pas sûr de partager cette opinion. Il faudra bien un
jour ou l'autre en tirer les conséquences", a
commenté le rapporteur de la commission, Philippe Houillon
(UMP). Pour sa part, la "boulangère" Roselyne
Godard a pour sa part estimé que le juge Burgaud "n'était
pas le seul responsable des errements" de l'affaire,
incriminant "toute une chaîne de responsabilités".
Les acquittés
ont aussi mis en cause les méthodes policières
pendant les gardes à vue, affirmant qu'ils avaient
été "insultés" et "soumis
à la question".
Le président
de la commission, André Vallini, a annoncé que
les acquittés seraient autorisés à assister
à l'audition du juge Burgaud.
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