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Congrès
international sur la pornographie enfantine circulant sur
l'Internet,
CH-Balsthal, 12-13 juin 2002
La Convention des droits de l'enfant de l'ONU a été ratifiée
par la Suisse en mars 1997.
Article
1
Au sens
de la présente Convention, on entend par enfant tout être
humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité
est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est
applicable ( 16 ans en Suisse,en ce qui concerne la majorité
sexuelle,14 ans en Allemagne)
Article
34
Les
Etats parties s'engagent à protéger l'enfant contre
toutes les formes d'exploitation sexuelle et de violence
sexuelle.
A cette
fin, les Etats prennent en particulier toutes les mesures
appropriées sur les plans national, bilatéral et multilatéral
pour empêcher:
a) Que
des enfants ne soient incités ou contraints à se livrer à
une activité sexuelle illégale;
b) Que
des enfants ne soient exploités à des fins de prostitution
ou autres pratiques sexuelles illégales;
c) Que
des enfants ne soient exploités aux fins de la production
de spectacles ou de matériel de caractère pornographique.
1999 :
Premier Congrès mondial à Stockholm sur " L'exploitation sexuelle
des enfants à but commercial ",
2002
: Deuxième Congrès sur le même thème, mais à Yokoama
Juin
2002, Congrès de Balsthal :
Un de plus, d'où l'on repartira avec l'amer sentiment que
notre Gouvernement ne veut pas s'engager dans la protection
des enfants contre une forme d'esclavage moderne qui rapporte
des millions de dollars? A part les bonnes intentions confessées
par les participants, des policiers, des juristes, des représentants
des fournisseurs d'accès Internet, des ONG oeuvrant pour l'application
de l'article 34 de la Convention des droits de l'enfant, le
bilan des capacités de la Suisse (mais
pas seulement de la Suisse !) à s'engager dans une
véritable action de protection de nos enfants est plutôt misérable
en ce domaine :
Comment
lutter contre une mafia super-équipée et quasi intouchable
qui trafique nos enfants et/ou les images des pires sévices
qu'elle leur fait subir avec beaucoup moins de risques et
des sanctions beaucoup moins graves que lorsqu'elle trafique
de la drogue, des armes ou des fausses devises, lorsque l'on
sait que
- En
Suisse, 4 polices cantonales sur 26 sont actuellement en
mesure de remonter jusqu'au diffuseur d'images de sexe avec
enfants via l'Internet, sans coordination entre elles, sans
données centralisées et surtout sans les moyens - connaissances
pointues de l'Internet et finances - nécessaires à disposition;
- Plusieurs
projets pour traquer les prédateurs d'enfants via l'Internet
sont en chantier, chez Interpol, à la Confédération, au
sein de certaines polices cantonales, à grands frais, mais
sans garantie d'obtention des fonds nécessaires pour les
réaliser ;
- La
Suisse est qualifiée de " Tiers Monde " - il me souvient
d'avoir lu la
même comparaison en ce qui concerne l'Allemagne-
quant ses compétences technologiques`(ou quant à
sa volonté ?) pour poursuivre les criminels sur Internet
et sur sa décision de s'engager fermement dans cette
poursuite ;
- Un
manque de volonté manifeste de coordination des efforts
de lutte contre la criminalité sur enfants s'installe parfois
à tel point qu'on ressent une concurrence entre acteurs
prétendus et réels de la protection de l'enfance ;ce genre
d'activités s'avérant très lucratif pour certaines associations
;
- Une
analyse du phénomène de la (cyber)pédocriminalité diamétralement
opposée entre ces différents acteurs et les juristes qui
doivent adapter les lois, sans trop entraver les transactions
financières extrêmement juteuses menées sur le dos ou plutôt
sur le corps de nos enfants et sans brimer la création artistique
des représentations de tortures d'enfants (littérature,
films, BD et même chansons).
- "Un
pays qui n'aime pas trop les enfants", comme l'a relevé,
durant le Congrès de Balsthal, la Conseillère nationale
et Membre du Parlement, Madame Regine Aeppli-Wartmann :
Les enfants sont trop souvent considérés comme des objets
coûtants, relevant de la sphère privée, empêcheurs, quelque
part, d'un rendement économique de leurs parents ;
- Un
pays qui s'obstine à garder une structure fédéraliste pour
contrer une criminalité internationale ;
- Un
pays qui punit moins sévérement un crime sur enfant qu'un
petit délit économique ;
- Un
pays où le rapport à l'argent est le plus fort, puisque
même les fournisseurs d'accès Internet hésitent à expulser
des sites au contenu pédocriminel, parce qu'un client est
un client et que chacun se refile la responsabilité de pourchasser
les cybercriminels.
- Un
pays, enfin, qui n'a pas vécu le traumatisme de la Belgique,
qui découvrait, il y a eu exactement 7 ans ce 24 juin, les
cadavres de deux fillettes, mortes de faim et de soif, abandonnées
dans une cave par Dutroux, le pourvoyeur d'enfants pour
des réseaux " pédophiles " reconnus, en prison pour vol
de voitures… alors que deux autres de ses victimes étaient
sauvées in extremis et que bien d'autres étaient déjà mortes
et enterrées.
- Un
pays qui n'a pas subi le choc de la Grande-Bretagne, apprenant
brusquement que la responsable d'un home avait systématiquement
violé une douzaine de jeunes enfants.
Est-ce
décent de discuter, durant ce Congrès, sur les différents
degrés d'atteinte à la dignité de l'enfant et de ce qui est
pénalement répréhensible, alors que plus d'un million d'enfants,
par le monde, sont l'objet d'un esclavage et d'un commerce
sexuel rapportant gros à des amateurs de viande fraîche toujours
mieux organisés ?
Pourquoi,
à l'heure où l'on peut lire dans la presse que les Autorités
adopteront la " tolérance zéro " face à la délinquance juvénile,
ces mêmes Autorités se montrent-elles frileuses pour adopter
cette même tolérance zéro pour tout ce qui concerne l'acte
sexuel sur enfant ou son allusion par des montages iconographiques
ou par de brillants dessinateurs de BD ?
Hélas, au niveau de la tolérance déjà, les avis divergent
: certains prétendent que fantasmer et se masturber devant
des images d'enfants se livrant à des actes sexuels entre
eux ou avec des adultes empêche les consommateurs de telles
images de passer eux-mêmes à l'acte, alors que d'autres prétendent
que ce voyeurisme n'est que le prélude au passage à l'acte.
(Dans ce cas, pourquoi a-t-on arrêté, tout récemment,
un Allemand qui photographiait des enfants nus dans un camp
nudiste en Tchéquie???)
Et les
lois ne prévoient pas le procès d'intention, au même titre
que les menaces d'un mari violent sur son épouse et ses enfants
ne seront prises au sérieux qu'après l'exécution des menaces.
Trop tard, bien sûr, comme il est trop tard pour les enfants
volés et envoyés dans les réseaux de prostitution et de pornographie
enfantine.
A quoi
sert-il, en effet, de remonter les filières de diffusion d'images
de pornographie enfantine, d'en identifier les auteurs - sans
pouvoir les punir, parce qu'ils sont bien loin, en Amérique,
au Japon ou en Russie- et les victimes, si on ne peut pénétrer
ces réseaux et y récupérer les enfants, avant qu'ils ne deviennent,
à leur tour, les bourreaux d'enfants de plus en plus jeunes
? Parce que c'est ça, les réseaux de commerce d'enfants
: Si les petites victimes survivent aux sévices infligés
par des individus dont l'imagination n'a d'égal que la perversité
et le sadisme, elles ne quitteront pas le milieu, c'est trop
risqué,elles pourraient parler ! Elles deviendront elles-mêmes
de nouveaux bourreaux, allant jusqu'à livrer leurs propres
enfants, parce qu'elles ont été si bien dressées, droguées
et soumises par la torture physique et psychologique, qu'elles
en viennent à considérer comme normal ce qu'on leur demande
de faire et de se laisser faire.
Alors,
quelles actions ?
- Tout
d'abord une sensibilisation, puis une volonté des politiciens
de considérer l'exploitation sexuelle et commerciale des
enfants comme un phénomène nouveau par son mode de propagation,l'Internet,
qu'il faut éradiquer d'urgence, en y consentant les moyens
nécessaires,
- Traiter
au niveau fédéral et non cantonal ce genre de criminalité
internationale, qu'elle relève du domaine de l'Internet
ou de la chasse sur le terrain, Définir clairement les responsabilités
entre parents, enseignants, hébergeurs de sites , corps
de police et gouvernements cantonaux et fédéral dans la
protection des enfants, qu'elle se fasse dans la réalité
quotidienne ou dans les relations virtuelles (Internet)
et cesser de renvoyer la balle d'une instance à l'autre,au
risque de n'arrêter aucune mesure, qui ne soit pas que de
la poudre aux yeux,
- Informer
largement le public sur l'utilisation perverse de l'Internet
; il pourra alors faire pression sur le Gouvernement, afin
que ses promesses d'agir deviennent réalité prioritaire
et urgente.
- Que
ce même Gouvernement accomplisse son devoir de mettre à
disposition des moyens de prévention et de répression dignes
de l'ampleur du combat à mener ;
- Sensibiliser
les parents, les référents pédagogiques sur la vraie valeur
d'un enfant et sur l'extrême importance de développer en
lui la conscience de son droit à être respecté et à dire
NON à l'utilisation de son corps d'enfant, pas fait pour
des perversions d'adultes,
Tous ceux qui travaillent avec des enfants s'accordent à
affirmer qu'un enfant conscient de son droit à être respecté
est une proie moins facile.
- Lobbying
des ONG pour l'obtention de lois efficaces qui interdisent
et répriment sévérement l'utilisation de l'Internet pour
se procurer, vendre, user et abuser d'enfants ainsi que
pour vendre les images et vidéos de ces abus.
- Colllaboration
Etats-ONG étroite, sans mesquinerie ni prérogative de l'un
sur l'autre ou de l'une sur l'autre. Chacun devrait connaître
l'énorme tavail fourni par les ONG, qui, si elles suppléent
aux manquements de l'Etat, n'en accomplissent pas moins
le côté information et soutien aux familles surtout. Pas
de chevauchement, pas de concurrence, donc, mais une complémentarité
qui devrait être comprise et réalisée.
Interpol a formulé une demande en ce sens, lors du
Symposium qui s'est tenu à Lyon, en novembre 2001.
Enfin,
je m'étonne tout de même que, durant ces deux journées-marathon,
où chaque intervenant voyait son temps de prise de parole
minuté, qu'il n'ait pas été question du sauvetage, de la récupération
des enfants, acteurs bien malgré eux de la pédopornographie
florissante.Car il ne faut pas se leurrer avec des argumentations
fallacieuses : la production de la pédopornographie est une
source supplémentaire de satisfaction vicieuse, pour les pédocriminels,
et un moyen de remplir les caisses des réseaux. Ce n'est pas
la demande qui crée l'offre, mais bien l'offre qui crée de
nouveaux consommateurs, insidieusement, progresivement, en
parfait accord avec la mentalité " fric=dieu " de notre société
actuelle, puisque une cassette contenant de tels documents
se vend cher, très cher…
On a bien
évoqué la nécessité d'identifier les victimes, éventuellement
celle de leurs bourreaux, mais dans quel but, si ce n'est
pas pour rendre ces enfants à leur famille ? Cela signifie-t-il
que l'on devra dire aux parents qui nous signalent la disparition
de leur enfant, qu'on pourra peut-être retrouver leur trace,
s'il a été la proie d'un pédocriminel en réseau, mais qu'ils
ne doivent pas compter revoir leur enfant et en tout cas pas
vivant ? Je ne peux me résoudre à cette idée et il faudra
peut-être mettre sur pied un Xième Congrès international pour
échanger des idées sur ce point , en attendant d'avoir les
moyens de les mettre à exécution…
Un
grand merci à l'ECPAT, malgré ces réflexions
peu encourageantes,qui a eu le mérite d'organiser ce Congrès
et de tenter d'initier une coordination ,en Suisse, entre
les différents acteurs de la lutte contre la criminalité dirigée
contre les enfants, ...parce qu'elle y croit, un peu, beaucoup,
puis plus du tout… comme bien des participants.
Attendons
une année, peut-être davantage, pour connaître le sort de
la résolution
- une de plus - qui a été élaborée au terme du Congrès.
la vice-présidente
de la Fondation FREDI
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