|
«L'Afrique du sud lance des programmes favorisant l'adoption
des orphelins du sida.»
Adopter
autrement
De nombreux enfants
ont besoin de parents dans le monde. Mais ils ne correspondent
pas forcément aux désirs des candidats à
l'adoption.
La catastrophe
du raz-de-marée en Asie a suscité chez de nombreuses
personnes le désir d'adoption. Des élans tempérés
en janvier dernier par les recommandations de la Conférence
de La Haye, organisme à l'origine de la Convention
de la Haye sur la protection des enfants et la coopération
en matière d'adoption internationale.
Celle-ci rappelait
que, dans une telle situation, tout doit être fait pour
tenter de réunir l'enfant avec les membres de sa famille
et «qu'il faut s'opposer aux tentatives prématurées
ou irrégulières d'organiser l'adoption internationale
de cet enfant.»
Voler à
son secours
Indépendamment
des circonstances exceptionnelles de cette tragédie,
«dans l'intérêt même de l'enfant,
l'adoption internationale n'est pas toujours la meilleure
solution, elle ne saurait être qu'un tout dernier recours»,
affirme Hervé Boéchat. Avocat au Service de
protection internationale des enfants de l'Office fédéral
de la justice, il est l'auteur de «Adoption internationale,
une évolution entre éthique et marché»,
une étude réalisée fin 2004 dans le cadre
d'un master à l'Université de Fribourg.
Pas facile
à entendre pour ceux qui n'ont qu'un désir:
voler au secours d'un enfant, l'aimer, lui donner une famille.
«Dans l'imaginaire du couple qui désire adopter,
un tout petit bébé qui a besoin de lui l'attend
quelque part. En réalité, cet enfant n'existe
pas. Il est de plus en plus souvent pris en charge par sa
communauté, ce qui est préférable»:
Christine Piffaretti, directrice d'Espace-adoption et psychologue,
est parfaitement consciente d'avancer en terrain délicat,
car la démarche d'adoption part toujours d'un désir
profond.
Du rêve
à la réalité
«Au début
de la démarche, poursuit-elle, il n'est pas rare de
rencontrer des couples dont la demande est très précise
- celle d'un enfant «le plus petit possible, en bonne
santé et à la peau claire». Ces couples
cherchent à savoir où il vaut mieux aller pour
trouver l'enfant rêvé. Or, pour la psychologue,
«il n'y a pas de réponse à cette question
car l'adoption fonctionne dans l'autre sens: il s'agit de
savoir quel enfant est en besoin de parents».
Des enfants
en besoin de parents, il y en a beaucoup mais ils ne correspondent
pas forcément à l'imaginaire des couples souhaitant
adopter. «Cessent-ils pour autant d'être
désirables? Doit-on attendre qu'une mère abandonne
son bébé pour avoir accès à l'enfant
idéal? Comment faire comprendre qu'il n'y a pas plus
de droit à l'adoption que de droit à l'enfant?»,
s'interroge-t-elle. Des questions terriblement difficiles
que la réalité actuelle de l'adoption internationale
rend incontournables.
Enfants
pas adoptables
Nul ne songe à
porter un jugement sur ce désir d'enfant «parfait»
mais «il est important de faire comprendre aux parents
que celui-ci est et sera de plus en plus rare et qu'il ne
faut plus rêver seulement à ces enfants-là.
Sinon la déception peut être grande et conduire
à des comportements discutables», fait remarquer
Hervé Boéchat. Evolution des institutions, nouvelles
dispositions légales, amélioration de la situation
économique pour une frange de la population dans les
pays d'accueil: toutes ces raisons font que de moins en moins
de très jeunes enfants sont adoptables.
«C'est vrai
de la Colombie, de l'Inde ou du Brésil où l'adoption
nationale se développe. Et là-bas aussi, les
parents adoptent de préférence des bébés.
Ce sont donc les plus grands qui sont en recherche de parents
adoptifs, poursuit-il. Dans d'autres contextes, comme l'Afrique
du Sud, des programmes destinés à favoriser
l'adoption des orphelins du sida viennent d'être lancés
et il sera intéressant de voir l'accueil que leur réserveront
les pays occidentaux.»
Trop de
demandes
Mais «peu
importe les besoins constatés, les demandes continuent
à affluer et dépassent de loin le nombre d'enfants
adoptables - ou du moins celui d'enfants «adoptables»
selon les critères de beaucoup de candidats à
l'adoption», constatait Nigel Cantwell, consultant spécialisé
en droit de l'enfant au cours du Colloque suisse sur l'adoption
internationale en octobre dernier à Bellinzone.
Cette réalité
où «la demande» est plus forte que «l'offre»
crée des zones d'ombre: sur le «marché»
de l'adoption, le trafic d'enfant existe. «C'est même
devenu pour certains pays l'une des premières sources
d'exportation», relève Hervé
Boéchat. Alors, quelles solutions pour les parents
désirant adopter? Se tourner vers les enfants dits
«à particularités», estime notre
interlocuteur. «C'est-à-dire de plus de 3 ou
4 ans ou en fratrie (quel que soit l'âge). Ou encore
des enfants ayant besoin de traitements ou de suivis médicaux
qui ne sont pas accessibles sur place».
Elisabeth Gilles
Pour en savoir
plus:
A
voir: www. espace-adoption.ch , un forum aborde les très
nombreux aspects de l'adoption.
A lire:«Une
question d'âge» d'Evelyne Pisier (Stock).
Adoption au ralenti
En 2003, 366 autorisations
d'entrée ont été accordées en
Suisse à des enfants étrangers placés
en vue d'adoption. Un chiffre plus bas que la moyenne habi-tuelle
(entre 400 et 500) car 2003 est l'année de l'entrée
en vigueur de la Convention de la Haye en Suisse, qui a créé
un ralentissement du traitement des dossiers tant au niveau
suisse qu'au niveau des pays d'origine.
Article paru dans
Migros-Magazine N° 6, du 08.02.2005
Voyez
également notre
rubrique "Causes de disparition" et notre
rubrique "Tafic d'enfants et de BB" et n'optez
surtout pas pour la voie de l'illégalité!
|