Dernière mise à jour : 03/03/2005

 

Vous souhaitez adopter un enfant?



«L'Afrique du sud lance des programmes favorisant l'adoption des orphelins du sida.»

Adopter autrement

De nombreux enfants ont besoin de parents dans le monde. Mais ils ne correspondent pas forcément aux désirs des candidats à l'adoption.
La catastrophe du raz-de-marée en Asie a suscité chez de nombreuses personnes le désir d'adoption. Des élans tempérés en janvier dernier par les recommandations de la Conférence de La Haye, organisme à l'origine de la Convention de la Haye sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale.

Celle-ci rappelait que, dans une telle situation, tout doit être fait pour tenter de réunir l'enfant avec les membres de sa famille et «qu'il faut s'opposer aux tentatives prématurées ou irrégulières d'organiser l'adoption internationale de cet enfant.»

Voler à son secours

Indépendamment des circonstances exceptionnelles de cette tragédie, «dans l'intérêt même de l'enfant, l'adoption internationale n'est pas toujours la meilleure solution, elle ne saurait être qu'un tout dernier recours», affirme Hervé Boéchat. Avocat au Service de protection internationale des enfants de l'Office fédéral de la justice, il est l'auteur de «Adoption internationale, une évolution entre éthique et marché», une étude réalisée fin 2004 dans le cadre d'un master à l'Université de Fribourg.
Pas facile à entendre pour ceux qui n'ont qu'un désir: voler au secours d'un enfant, l'aimer, lui donner une famille. «Dans l'imaginaire du couple qui désire adopter, un tout petit bébé qui a besoin de lui l'attend quelque part. En réalité, cet enfant n'existe pas. Il est de plus en plus souvent pris en charge par sa communauté, ce qui est préférable»: Christine Piffaretti, directrice d'Espace-adoption et psychologue, est parfaitement consciente d'avancer en terrain délicat, car la démarche d'adoption part toujours d'un désir profond.

Du rêve à la réalité

«Au début de la démarche, poursuit-elle, il n'est pas rare de rencontrer des couples dont la demande est très précise - celle d'un enfant «le plus petit possible, en bonne santé et à la peau claire». Ces couples cherchent à savoir où il vaut mieux aller pour trouver l'enfant rêvé. Or, pour la psychologue, «il n'y a pas de réponse à cette question car l'adoption fonctionne dans l'autre sens: il s'agit de savoir quel enfant est en besoin de parents».

Des enfants en besoin de parents, il y en a beaucoup mais ils ne correspondent pas forcément à l'imaginaire des couples souhaitant adopter. «Cessent-ils pour autant d'être désirables? Doit-on attendre qu'une mère abandonne son bébé pour avoir accès à l'enfant idéal? Comment faire comprendre qu'il n'y a pas plus de droit à l'adoption que de droit à l'enfant?», s'interroge-t-elle. Des questions terriblement difficiles que la réalité actuelle de l'adoption internationale rend incontournables.

Enfants pas adoptables

Nul ne songe à porter un jugement sur ce désir d'enfant «parfait» mais «il est important de faire comprendre aux parents que celui-ci est et sera de plus en plus rare et qu'il ne faut plus rêver seulement à ces enfants-là. Sinon la déception peut être grande et conduire à des comportements discutables», fait remarquer Hervé Boéchat. Evolution des institutions, nouvelles dispositions légales, amélioration de la situation économique pour une frange de la population dans les pays d'accueil: toutes ces raisons font que de moins en moins de très jeunes enfants sont adoptables.

«C'est vrai de la Colombie, de l'Inde ou du Brésil où l'adoption nationale se développe. Et là-bas aussi, les parents adoptent de préférence des bébés. Ce sont donc les plus grands qui sont en recherche de parents adoptifs, poursuit-il. Dans d'autres contextes, comme l'Afrique du Sud, des programmes destinés à favoriser l'adoption des orphelins du sida viennent d'être lancés et il sera intéressant de voir l'accueil que leur réserveront les pays occidentaux.»

Trop de demandes

Mais «peu importe les besoins constatés, les demandes continuent à affluer et dépassent de loin le nombre d'enfants adoptables - ou du moins celui d'enfants «adoptables» selon les critères de beaucoup de candidats à l'adoption», constatait Nigel Cantwell, consultant spécialisé en droit de l'enfant au cours du Colloque suisse sur l'adoption internationale en octobre dernier à Bellinzone.

Cette réalité où «la demande» est plus forte que «l'offre» crée des zones d'ombre: sur le «marché» de l'adoption, le trafic d'enfant existe. «C'est même devenu pour certains pays l'une des premières sources d'exportation», relève Hervé Boéchat. Alors, quelles solutions pour les parents désirant adopter? Se tourner vers les enfants dits «à particularités», estime notre interlocuteur. «C'est-à-dire de plus de 3 ou 4 ans ou en fratrie (quel que soit l'âge). Ou encore des enfants ayant besoin de traitements ou de suivis médicaux qui ne sont pas accessibles sur place».

Elisabeth Gilles

Pour en savoir plus:

A voir: www. espace-adoption.ch , un forum aborde les très nombreux aspects de l'adoption.

A lire:«Une question d'âge» d'Evelyne Pisier (Stock).

Adoption au ralenti

En 2003, 366 autorisations d'entrée ont été accordées en Suisse à des enfants étrangers placés en vue d'adoption. Un chiffre plus bas que la moyenne habi-tuelle (entre 400 et 500) car 2003 est l'année de l'entrée en vigueur de la Convention de la Haye en Suisse, qui a créé un ralentissement du traitement des dossiers tant au niveau suisse qu'au niveau des pays d'origine.

Article paru dans Migros-Magazine N° 6, du 08.02.2005

Voyez également notre rubrique "Causes de disparition" et notre rubrique "Tafic d'enfants et de BB" et n'optez surtout pas pour la voie de l'illégalité!