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La presse officielle chinoise a révélé, samedi, l'existence d'un trafic d'enfants dans la province méridionale du Hunan. Des bébés étaient achetés 3 200 à 4 300 yuans (330 à 450 euros) dans les zones pauvres du Guangdong, puis revendus à six orphelinats publics de la région de Hengyang.
Les étrangers souhaitant adopter des enfants étaient aiguillés par des fonctionnaires corrompus des services sociaux vers ces institutions, qui exigeaient un «don» de 3 000 dollars (2 600 euros). Ce trafic, qui a débuté en 2002, a concerné 78 enfants pour la seule année 2005. Il aurait été découvert en novembre par une patrouille de police de la gare de Hengyang, qui serait tombé sur le responsable d'un orphelinat négociant la livraison de trois bébés récemment acheminés.
Selon le directeur des affaires sociales de la province, neuf personnes ont été condamnées à des peines de prison allant de un à quinze ans. Par ailleurs, 23 fonctionnaires qui étaient de mèche ont été limogés.
Cette triste affaire n'est pourtant que l'arbre qui cache la forêt, car des milliers d'enfants sont abandonnés chaque jour en Chine, où les orphelinats sont pleins.
Depuis quelques années, à la demande des Etats-Unis qui souhaitaient régulariser les procédures d'adoption d'enfants chinois par des Américains, les autorités locales font publier dans la presse de longues listes d'orphelins, afin de donner une chance aux parents biologiques de les reprendre. Mais ceux-ci le font rarement, car l'abandon d'enfant est illégal en Chine.
Ces abandons massifs sont principalement le résultat de la politique de l'enfant unique qui, bien qu'assouplie ces dernières années, demeure très contraignante. Ils concernent principalement les enfants «hors plan», presque toujours des filles car les ruraux aspirent par-dessus tout à avoir un fils, garant de l'avenir et d'une descendance. Au Hunan, 126,9 naissances de garçons sont enregistrées pour cent filles, alors que la norme biologique est de 105 pour 100. L'avortement, l'infanticide parfois, a raison du «reliquat» de filles ; les autres échouent dans les orphelinats.
Un article de Philippe Grangereau pour Libération, 27.02.2006
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