Dernière mise à jour : 01/02/2004

Cambodge, Enfants à vendre

 

Reportage en ligne de « Dateline / NBC » aux Etats-Unis.

Colin Powell, secrétaire d’Etat américain à la Défense : « Si nous ne faisions rien contre cela, une nation comme la nôtre qui se pique de moralité et de son système de valeurs, en laissant nos citoyens se rendre là-bas pour nourrir ce trafic par leur présence, leur argent et leur exploitation pourrie de ces enfants, n’agirait pas conformément à ses valeurs ».

Dans une mise en ligne sur Internet du 30 janvier 2004, la chaîne de télévision américaine NBC présente ses révélations sur la traite de mineurs au Cambodge sous le titre « Enfants à vendre ».

Reporter pour « Dateline », un programme de NBC que vous pouvez acquérir en version VHS, Chris Hansen enquête en caméra cachée avec une association des droits de l’homme pour mettre en lumière la traite des mineurs au Cambodge. Voici révélés « d’horribles crimes perpétrés derrière des portes closes. Des enfants à peine âgés de 5 ans parfois sont vendus comme esclaves sexuels ».

NBC qui ne manque pas d’air puisque ce « secret honteux » a été porté à la connaissance du public dès le Premier congrès mondial contre l’exploitation commerciale – sexuelle de l’enfance à Stockholm en 1996, il y a donc huit ans.

NBC ne manque pas de culot en affirmant que ce « honteux secret » est révélé par ses « caméras cachées ».

NBC ne manque pas de ce cynisme très « all-american imperialism » en s’écriant « Comment cela peut-il arriver ? » Et comment peut-on y mettre fin ? »

Le 9 septembre 1996, le quotidien « Libération » sous la plume d’Alain Lebas donnait dans le menu le détail des réseaux pédophiles à Pnom Penh la capitale du Cambodge : l’Alliance française, l’Ambassade de France et l’Ambassade d’Australie. Selon l’auteur de l’article, l’organisation non- gouvernementale ECPAT enquêtait sur le trafic mais sans pour autant chercher à faire arrêter les coupables. Merci de votre diligence.

Saisie d’une question écrite d’un ou deux parlementaires alertés sur le scandale, le gouvernement français de l’époque où devait figurer un certain Alain Juppé hier condamné par la Justice française répondit qu’il n’avait eu vent d’aucune enquête en cours. Affaire réglée surtout qu’en Australie les petites victimes étaient incapables de donner leurs dates de naissance au juge qui les interrogeait. Les enfants des rues cambodgiens n’ont pas d’état civil et ne savent pas ce que veut dire « birthday ».

NBC semble mal informé ou vouloir présenter une information éculée comme une révélation de son fait. Sur ce, business is business.

Stupéfiant, néanmoins, est le reportage de « Dateline » car l’on apprend que le Président George W. Bush Jr. a déclaré aux Nations unies que le problème de la prostitution enfantine était devenue une « priorité absolue » pour le gouvernement américain. Le secrétaire d’Etat Colin Powell conduisant l’action de la Maison blanche dans ce domaine.

Chris Hansen : « Pourquoi la traite des enfants est-elle devenue une question aussi importante pour vous et le gouvernement Bush ? »

Colin Powell : « Parce que c’est la pire exploitation humaine imaginable….C’est un péché contre l’humanité, et c’est un crime horrible »Ex - procureur fédéral, Gary Haugen, anime un collectif des droits de l’homme nommé « l’International Justice Mission ». Ses méthodes sont controversées parmi certaines organisations de la communauté des droits de l’homme. Il dépêche ses enquêteurs sous couverture pour réunir des preuves sur l’esclavage sexuel dans divers pays. Là, son organisation les remet aux autorités et les persuade de prendre des mesures. Ce travail a permis de sauver des centaines de femmes et d’enfants tout autour du monde ». Très bien.

NBC et « Dateline » nous décrivent leur enquête à Pnom Penh parmi ses boîtes de nuit où en un clin d’œil le célibataire (ou non) de passage (ou non) peut se marier pour la nuit. Leur guide est un policier néo-zélandais retraité. Des jeunes filles de douze ans sont offertes à la prostitution au premier étage de cafés qui ne sont que des bordels. Des bordels qui offrent à leur clientèle de jeunes vierges. La « Mama Sam » (c’est comme ça qu’on disait à Saïgon au temps des GI’s en 1974) vend la vierge à 600 dollars.

D’ailleurs, voici une jeune victime vietnamienne qui raconte son martyr : « Ils m’ont mis la main dessus puis enfermée dans une pièce trois jours et trois nuits durant. Ils m’ont frappé. Ils ne m’ont rien laissé mangé ou boire. Et ils me vendirent à un autre bordel ».

Ceci n’est un secret pour personne au Cambodge reconnaît NBC qui s’entretient avec le ministre cambodgien de la Femme. Les problèmes au Cambodge, le pire ? « Le trafic sexuel, l’exploitation sexuelle de nos enfants vient au sommet de ma liste » répond Muc Soc Hua qui donne le chiffre de 30.000 enfants impliqués dans la prostitution.

« Dateline » nous entraîne dans un village, « Svay Park » à 20 minutes de route de la capitale où des enfants de huit à neuf ans sont « en vente pour le sexe ». Gary Haugen veut réunir des preuves et son guide néo-zélandais joue le « touriste sexuel » pour pénétrer le réseau et sauver les enfants.

A la fin 37 gamines sont sauvées, la plupart âgées de moins de 10 ans et une dizaine de « Mama Sam » se retrouvent derrière les barreaux.

L’implication des Etats-Unis d’Amérique a joué son rôle dans la résolution de l’affaire qui n’était pas jouée d’avance.

Chris Hansen : « Pourquoi les Américains doivent-ils être concernés par le commerce sexuels au Cambodge ? »

Colin Powell : « Comment pourrions-nous tourner le dos au problème ? Si nous voulons nous faire des amis dans le monde, si nous voulons entretenir de meilleures relations avec les Etats de la planète, il nous fait les aider à faire face à ce genre de problème ».

Les aider ou les contraindre – le gouvernement américain peut infliger des sanctions à des Etats qui, aux yeux de son administration, ne font pas assez d’efforts pour s’attaquer à ce fléau.

C’est peut-être la raison pour laquelle les Cambodgiens ont récemment arrêté deux américains accusés de relations sexuelles avec des enfants puis les ont renvoyés aux Etats – Unis pour y faire l’objet de poursuites.

Finalement, sept des suspects identifiés par NBC ont été récemment reconnus coupables au Cambodge et condamnés à des peines allant jusqu’à 15 ans de prison. La « Mama Sam » qui proposait des jeunes vierges pour 600 dollars a été mise sous les verrous pour vingt ans. La plus longue peine de ce genre au Cambodge, pense-t-on.

Un plus. Six mois après son enquête, « Dateline » est revenu à Svay Park près de Pnom Penh. Des enfants étaient toujours à vendre.

Le secrétaire d’Etat Colin Powell reconnaît qu’il n’est peut être pas possible d’éliminer le problème totalement, mais, dit-il, mettre la pression sur des pays comme le Cambodge est la meilleure chose à faire.

Colin Powell : « Imaginez ce qu’il adviendra de ces fillettes quand elles auront 15 ou 20 ans ? Que vont-elles devenir ? Sans éducation. Exploitées, leur vie a été ruinée… Si nous ne faisions rien contre cela, une nation comme la nôtre qui se pique de moralité et de son système de valeurs, et laisserait nos citoyens se rendre là-bas pour nourrir ce trafic par leur présence, leur argent et leur exploitation pourrie de ces enfants, n’agirait pas conformément à ses valeurs».

[Fin des extraits traduits de l’américain et librement commentés en français]

Version française : “Rajani Foundation for Child Rights & World Peace”.