Reportage
en ligne de « Dateline / NBC
» aux Etats-Unis.
Colin
Powell, secrétaire d’Etat américain à la Défense : «
Si nous ne faisions rien contre cela, une nation comme la
nôtre qui se pique de moralité et de son système de valeurs,
en laissant nos citoyens se rendre là-bas pour nourrir ce
trafic par leur présence, leur argent et leur exploitation
pourrie de ces enfants, n’agirait pas conformément à ses
valeurs ».
Dans
une mise en ligne sur Internet du 30 janvier 2004, la chaîne
de télévision américaine NBC présente ses révélations sur
la traite de mineurs au Cambodge sous le titre « Enfants
à vendre ».
Reporter
pour « Dateline », un programme de NBC que vous pouvez acquérir
en version VHS, Chris Hansen enquête en caméra cachée avec
une association des droits de l’homme pour mettre en lumière
la traite des mineurs au Cambodge. Voici révélés « d’horribles
crimes perpétrés derrière des portes closes. Des enfants
à peine âgés de 5 ans parfois sont vendus comme esclaves
sexuels ».
NBC
qui ne manque pas d’air puisque ce « secret honteux » a
été porté à la connaissance du public dès le Premier congrès
mondial contre l’exploitation commerciale – sexuelle de
l’enfance à Stockholm en 1996, il y a donc huit ans.
NBC
ne manque pas de culot en affirmant que ce « honteux secret
» est révélé par ses « caméras cachées ».
NBC
ne manque pas de ce cynisme très « all-american imperialism
» en s’écriant « Comment cela peut-il arriver ? » Et comment
peut-on y mettre fin ? »
Le 9
septembre 1996, le quotidien « Libération » sous la plume
d’Alain Lebas donnait dans le menu le détail des réseaux
pédophiles à Pnom Penh la capitale du Cambodge : l’Alliance
française, l’Ambassade de France et l’Ambassade d’Australie.
Selon l’auteur de l’article, l’organisation non- gouvernementale
ECPAT enquêtait sur le trafic mais sans pour autant chercher
à faire arrêter les coupables. Merci de votre diligence.
Saisie
d’une question écrite d’un ou deux parlementaires alertés
sur le scandale, le gouvernement français de l’époque où
devait figurer un certain Alain Juppé hier condamné par
la Justice française répondit qu’il n’avait eu vent d’aucune
enquête en cours. Affaire réglée surtout qu’en Australie
les petites victimes étaient incapables de donner leurs
dates de naissance au juge qui les interrogeait. Les enfants
des rues cambodgiens n’ont pas d’état civil et ne savent
pas ce que veut dire « birthday ».
NBC
semble mal informé ou vouloir présenter une information
éculée comme une révélation de son fait. Sur ce, business
is business.
Stupéfiant,
néanmoins, est le reportage de « Dateline » car l’on apprend
que le Président George W. Bush Jr. a déclaré aux Nations
unies que le problème de la prostitution enfantine était
devenue une « priorité absolue » pour le gouvernement américain.
Le secrétaire d’Etat Colin Powell conduisant l’action de
la Maison blanche dans ce domaine.
Chris
Hansen : « Pourquoi la traite des enfants est-elle devenue
une question aussi importante pour vous et le gouvernement
Bush ? »
Colin
Powell : « Parce que c’est la pire exploitation humaine
imaginable….C’est un péché contre l’humanité, et c’est un
crime horrible »Ex - procureur fédéral, Gary Haugen, anime
un collectif des droits de l’homme nommé « l’International
Justice Mission ». Ses méthodes sont controversées parmi
certaines organisations de la communauté des droits de l’homme.
Il dépêche ses enquêteurs sous couverture pour réunir des
preuves sur l’esclavage sexuel dans divers pays. Là, son
organisation les remet aux autorités et les persuade de
prendre des mesures. Ce travail a permis de sauver des centaines
de femmes et d’enfants tout autour du monde ». Très bien.
NBC
et « Dateline » nous décrivent leur enquête à Pnom Penh
parmi ses boîtes de nuit où en un clin d’œil le célibataire
(ou non) de passage (ou non) peut se marier pour la nuit.
Leur guide est un policier néo-zélandais retraité. Des jeunes
filles de douze ans sont offertes à la prostitution au premier
étage de cafés qui ne sont que des bordels. Des bordels
qui offrent à leur clientèle de jeunes vierges. La « Mama
Sam » (c’est comme ça qu’on disait à Saïgon au temps des
GI’s en 1974) vend la vierge à 600 dollars.
D’ailleurs,
voici une jeune victime vietnamienne qui raconte son martyr
: « Ils m’ont mis la main dessus puis enfermée dans une
pièce trois jours et trois nuits durant. Ils m’ont frappé.
Ils ne m’ont rien laissé mangé ou boire. Et ils me vendirent
à un autre bordel ».
Ceci
n’est un secret pour personne au Cambodge reconnaît NBC
qui s’entretient avec le ministre cambodgien de la Femme.
Les problèmes au Cambodge, le pire ? « Le trafic sexuel,
l’exploitation sexuelle de nos enfants vient au sommet de
ma liste » répond Muc Soc Hua qui donne le chiffre de 30.000
enfants impliqués dans la prostitution.
« Dateline
» nous entraîne dans un village, « Svay Park » à 20 minutes
de route de la capitale où des enfants de huit à neuf ans
sont « en vente pour le sexe ». Gary Haugen veut réunir
des preuves et son guide néo-zélandais joue le « touriste
sexuel » pour pénétrer le réseau et sauver les enfants.
A la
fin 37 gamines sont sauvées, la plupart âgées de moins de
10 ans et une dizaine de « Mama Sam » se retrouvent derrière
les barreaux.
L’implication
des Etats-Unis d’Amérique a joué son rôle dans la résolution
de l’affaire qui n’était pas jouée d’avance.
Chris
Hansen : « Pourquoi les Américains doivent-ils être
concernés par le commerce sexuels au Cambodge ? »
Colin
Powell : « Comment pourrions-nous tourner le dos au
problème ? Si nous voulons nous faire des amis dans le monde,
si nous voulons entretenir de meilleures relations avec
les Etats de la planète, il nous fait les aider à faire
face à ce genre de problème ».
Les
aider ou les contraindre – le gouvernement américain peut
infliger des sanctions à des Etats qui, aux yeux de son
administration, ne font pas assez d’efforts pour s’attaquer
à ce fléau.
C’est
peut-être la raison pour laquelle les Cambodgiens ont récemment
arrêté deux américains accusés de relations sexuelles avec
des enfants puis les ont renvoyés aux Etats – Unis pour
y faire l’objet de poursuites.
Finalement,
sept des suspects identifiés par NBC ont été récemment reconnus
coupables au Cambodge et condamnés à des peines allant jusqu’à
15 ans de prison. La « Mama Sam » qui proposait des jeunes
vierges pour 600 dollars a été mise sous les verrous pour
vingt ans. La plus longue peine de ce genre au Cambodge,
pense-t-on.
Un plus.
Six mois après son enquête, « Dateline » est revenu à Svay
Park près de Pnom Penh. Des enfants étaient toujours à vendre.
Le secrétaire
d’Etat Colin Powell reconnaît qu’il n’est peut être pas
possible d’éliminer le problème totalement, mais, dit-il,
mettre la pression sur des pays comme le Cambodge est la
meilleure chose à faire.
Colin
Powell : « Imaginez ce qu’il adviendra de ces fillettes
quand elles auront 15 ou 20 ans ? Que vont-elles devenir
? Sans éducation. Exploitées, leur vie a été ruinée… Si
nous ne faisions rien contre cela, une nation comme la nôtre
qui se pique de moralité et de son système de valeurs, et
laisserait nos citoyens se rendre là-bas pour nourrir ce
trafic par leur présence, leur argent et leur exploitation
pourrie de ces enfants, n’agirait pas conformément à ses
valeurs».
[Fin
des extraits traduits de l’américain et librement commentés
en français]
Version
française : “Rajani
Foundation for Child Rights & World Peace”.