Dernière mise à jour : 19/04/2005

 

Traite des êtres humains en Belgique: une loi pour protéger les victimes

 

 

Le texte du ministre de l'Intérieur est fin prêt. Les victimes qui auront bien coopéré avec la Justice pourront recevoir un titre de séjour à durée illimitée.

Comment aider les victimes à s'extirper des griffes des trafiquants d'êtres humains? La Belgique n'a pas attendu une injonction européenne pour instaurer, il y a plus de dix ans, un statut particulier pour les personnes acceptant de collaborer avec la Justice pour tenter de démasquer les réseaux de traite.

L'avant-projet de loi du ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael (VLD) -sur lequel «La Libre» a pu jeter un oeil- fait un pas de plus en coulant cette protection en texte de loi. Il est vrai qu'une directive européenne d'avril 2004 oblige les Etats membres à intégrer (pour août 2006) dans leur législation nationale un système de permis de résidence temporaire pour les victimes de la traite. Une directive qui s'inspire d'ailleurs largement de la circulaire belge de juillet 1994, complétée d'instructions adressées à l'Office des étrangers, aux parquets, aux services de police...

Concrètement, la loi accordera un titre de séjour provisoire, voire un permis à durée illimitée, aux victimes de la traite qui coopèrent avec la Justice. Un système «win-win». Autrement dit: un «deal» entre l'Etat qui protège une victime en échange d'informations sur les trafiquants (proxénètes, esclavagistes, employeurs exploiteurs...).

Le statut de protection est applicable aux étrangers mineurs comme majeurs, qu'ils soient entrés légalement ou clandestinement sur le territoire belge.

45 jours, 3 mois, 6 mois...

La future loi belge prévoit un premier délai de réflexion (fixé à 45 jours) permettant à la victime de récupérer, de se soustraire à l'influence des réseaux et de décider si, oui ou non, elle accepte de coopérer avec les autorités compétentes.

Pendant cette période, l'étranger concerné doit être suivi dans un des trois centres spécialisés dans l'accueil des victimes de la traite (Pag-Asa à Bruxelles, Sürya en Wallonie ou Payoke en Flandre). Histoire de pouvoir réfléchir dans un environnement sécurisé, tout en recevant un encadrement social, linguistique, médical et psychologique.

A l'issue de ces 45 jours (au cours desquels l'intéressé ne peut être éloigné du territoire), si la présumée victime porte plainte ou fait des déclarations contre ses exploitants, elle reçoit un Certificat d'inscription au registre des étrangers (un Cire, dans le jargon) d'une durée de 3 mois.

Il s'agit d'une avancée par rapport au dispositif actuel, qui ne prévoyait jusqu'ici qu'une «déclaration d'arrivée», commente-t-on au cabinet Dewael. Explication: «Le Cire est un titre de séjour provisoire qui permet à la personne de travailler et lui octroie tous les droits sociaux et administratifs.»

Au cours de cette seconde période, le procureur du Roi (en cas de prostitution forcée) ou l'auditeur du travail (s'il y a exploitation économique) vérifie si la présence de la victime en Belgique est utile pour la suite de l'enquête; si elle a rompu tout lien avec ses exploiteurs et si elle coopère véritablement avec la Justice. Si ces trois conditions sont remplies, le ministre de l'Intérieur délivre alors un certificat d'inscription au registre des étrangers d'une durée de validité de 6 mois. Sinon, c'est le retour obligé au pays...

Enfin, si le parquet retient dans ses réquisitions la prévention de traite, un titre de séjour à durée illimitée peut être délivré à la victime qui a apporté une contribution importante au cours de la procédure -ce qui va plus loin que la directive européenne. Même au cas où les auteurs ne sont pas condamnés (par manque de preuves,...).

A l'inverse, le texte ne dit rien du sort des présumées victimes si, ultérieurement, le dossier est classé sans suite par le parquet.

Un article d'Annick Hovine pour LA LIBRE BELGIQUE (19 avril 2005)