Dernière mise à jour : 29/06/2004

Afrique: le trafic d'êtres humains s'intensifie par les conflits et les difficultés économiques


Le trafic sexuel et le quasi-esclavage au travail de femmes et d'enfants en Afrique s'est récemment aggravé en raison des guerres en cours, de l'absence d'espoir sur l'économie et de la non-comptabilisation des naissances, selon une étude de l'Unicef, l'agence des Nations Unies pour l'enfance.
La moitié des 53 gouvernements du continent noir affirment que le trafic d'êtres humains est chez eux un problème important, mais ils sont peu nombreux à réussir à cerner l'ampleur réelle du phénomène, selon l'auteur du rapport, l'expert italien Andrea Rossi. «Chaque pays représente un problème différent», a-t-il expliqué, lors d'une rencontre des ministres de l'Union africaine au Bénin, avant la publication de son rapport, hier. «Mais sur le plan national, il y a un grave problème de collecte de données en Afrique.»
jamais de nationalité
Il n'existe donc aucune donnée précise sur le nombre de personnes concernées. Le chiffre de 200 000 pour la seule Afrique de l'Ouest, avancé par les militants des ONG, s'avère invérifiable, affirme-t-il.
L'inefficacité de l'enregistrement des naissances, dans certains cas totalement inexistant, contribue à faciliter le trafic d'enfants, qui n'acquièrent donc jamais de nationalité, explique Rossi. Une étude distincte de l'ONU affirme qu'en Afrique subsaharienne, plus de 70% des naissances ne seraient pas enregistrées, ce qui représenterait 17 millions d'enfants.
Et 80% des pays d'Afrique font également état de «trafic intérieur», où des personnes, sans quitter le territoire, sont transportées à l'intérieur du pays pour répondre aux besoins en matière de prostitution, travail agricole ou domestique.
«Le trafic et la pauvreté sont de toute évidence liés, mais la pauvreté n'est pas la seule raison», estime-t-il. Elle rend encore pire des situations découlant de la guerre, de la répression et de la discrimination.
manipulés par les trafiquants
Selon l'étude, les 3,3 millions de réfugiés et plus de 12 millions de personnes déplacées du continent africain en sont les principales victimes, plus enclins à se faire manipuler par des trafiquants qui leur promettent une vie meilleure et incapables ensuite de leur échapper. Sur le continent, les principaux pays de destination du trafic d'être humains sont le Nigeria et le Gabon. AP

Ex : La Liberté, 24.04.2004