Avec le système tel qu'il est prévu
sur le réseau de Belgacom, on pourra désormais
mettre en place un véritable service d'écoute,
tel qu'on les connaît pour la téléphonie
mobile. Concrètement, le CTIF (le système central
d'interception technique, sous l'égide du ministère
de l'Intérieur) va faire installer un Nicetrack sur
les lignes à fibre optique de Belgacom. Il s'agit d'une
petite boîte qui sera reliée à une centrale
et qui permettra, le cas échéant, aux autorités
d'obtenir, en un temps record, les copies de toutes les informations
véhiculées sur la ligne ADSL (Internet à
large bande) de tel ou tel individu. E-mails, sites, téléchargements...
Rien n'échappera à ces oreilles indiscrètes...
Ce qui, soit dit en passant, ne manquera pas
de faire grincer quelques dents. Car si, à la base,
le principe est le même qu'avec des écoutes téléphoniques,
le système prend, cette fois, plus d'ampleur. Il s'agira
d'un dispositif qui permettra, à tout instant, d'écouter
n'importe quel utilisateur d'une ligne ADSL. En clair, à
la différence de l'écoute téléphonique,
le dispositif d'écoute sera, dans le cas qui nous occupe,
permanent, même si on ne l'active pas.
De quoi inquiéter de nombreux fournisseurs
de services par Internet qui pourraient légitimement
craindre pour la confidentialité de leurs transactions:
banques, vendeurs divers... Reste que l'affaire semble parfaitement
légale. Si la police, l'intérieur et Belgacom
se sont refusés à tout commentaire, on nous
a en revanche reprécisé les objectifs louables
de ce type d'installation - dont d'ailleurs personne ne doute:
lutte contre le terrorisme, lutte contre la pédophilie...
On nous rappelle également que toute écoute
ne peut être ordonnée que par un juge d'instruction
et uniquement dans certains cas précis et par ailleurs
extrêmement graves.
A l'heure actuelle, il ne s'agit d'ailleurs
que d'un test, qui concernera cependant potentiellement toutes
les lignes ADSL de la région de Bruxelles dans la mesure
où un seul dispositif suffit pour écouter toutes
les lignes. Une fois procédé à l'installation,
dans la nuit de dimanche à lundi prochains, les experts
du CTIF vont s'écouter eux-mêmes, afin de vérifier
la faisabilité et la formule.
Mais comme personne n'a voulu nous en dire
plus - curieux quand même pour une procédure
normale et légale, mais bon, ne pinaillons pas -, nous
n'avons pas pu savoir comment il sera procédé
à l'évaluation du dispositif, ni combien de
temps ce test allait durer.
Benoît Gilson
© La Dernière
Heure 2004