Dernière mise à jour : 09/07/2004
Les serial killers: amendables?

Extrait d'une interview avec un spécialiste des serial killers

http://www.nouvelobs.com/forum/archives/forum_127.html

Est ce que l’étude des tueurs en série est enfin pris en compte en france? Est ce que le profiling est pris au sérieux, ou est-il considéré comme un gagdet dans l’enquète concernant les tueurs en série. je lis vos livres et vos articles depuis des années et je suis sur votre site du 3ème oeil, mais je suis surprise à l’heure actuelle du succés soudain rencontré par ce phénomène. Films, séries TV , documentaires + ou - raccoleurs,articles voyeuristes tout est bon pour vendre du" serial killer"... Qu’en pensez vous en tant qu’un des tout premiers spécialistes sérieux en france des tueurs en série?

Quelle a été la politique de la France, disons ces cinquante dernières années, on a parfois l’impression qu’elle a nié l’existence des serials killers sur son sol, les renvoyant en amérique ou autre?

Pendant des années en France, la police, justice et les hommes politiques ont refusé de croire au "serail killer" ou criminels en serie. C’était un sujet tabou qui touchait les sociétés anglo-saxonnes ou des pays en crise. La France, la douce France ne pouvait pas créer de pareils monstres; c’est pour cela que la police et justice se sont cantonnées pendant des années sur crimes crapuleux ou de rodeurs ou pire arrêtaient leurs recherches par manque de preuve. Quand aux disparitions, c’était des adultes qui cherchaient à se cacher de leurs familles, mêmes pour des enfants (cela touchaient les classes pauves, donc ininterressant). Il a fallu une série de crimes (touchant des population aisées), pour se rendre compte du niveau criminel. Les criminels en serie se développent surtout dans les sociètes en crise ou les repères disparaissent. Les liens sociaux se distandent, cela permet à ces criminel de profiter de l’anonimat pour tuer en toute discretion. Soigner la société, vous ferez disparaitre en partie ces criminels.

 

Depuis 1999 en France, j’ai dénombré 50 cas de serial killers arrêtés, jugés, mis en examen ou identifiés, ce qui fait beaucoup pour un pays comme le notre. Pendant longtemps, les autorités policières ou judiciaires ont nié le fait qu’il existe de tels tueurs sur notre territoire, indiquant qu’il s’agit d’un phénomène purement anglo-saxon. Hier, Dominique Perben et certains députés ont fini par admettre qu’il existait des serial killers sur notre territoire. Tout à fait d’accord avec vous.

tueur en série : c’est nouveau en EUROPE et est-ce du à l’américanisation actuelle de la société ou peut-on en retrouver des traces dans le passé ?

De tous temps, les serial killers ont existé à travers le monde et il n’y a pas de pays au monde où ce phénomène ne soit pas connu. Les médias internationaux, C NN, Associated Press ou Reuters, sont essentiellement anglo-saxons et ils ne s’intéressent en conséquence qu’à ce qui se passe chez eux. Au fur et à mesure que mon livre «Serial Killers » a été traduit dans une vingtaine de pays, je reçois communication d’anciens policiers d’innombrables cas de serial killers en Argentine, au Pakistan, en Afrique du Sud, etc, des pays que je n’associais pas jusqu’alors à un tel phénomène.

Quels critères doivent être réunis pour parler d’un tueur comme d’un tueur en série ?

Selon la définition du FBI, il faut tuer trois victimes avec un certain intervalle de temps entre les crimes. Quant à moi, je dirais deux victimes au moins, avec un mobile d’ordre psychologique, et tout un parcours ancré dans l’agression et/ou la délinquance.

pourquoi la France a-t-elle raté l’intégration des psys dans le dispositif judiciaire ? La première tentative au sein de la Police a rapidement avorté par faute de résultats concrets et celle en cours actuellement au sein de la Gendarmerie me semble guère mieux engagée. Quant aux actions de formations psychocriminologiques "privées", elles végètent du fait d’absence de prolongements sur le terrain. L’ouvrage de notre ami Florent G. et son engagement au sein du CISCP illustre bien ce hiatus, inquiétant pour l’avenir. Pourquoi les réseaux de compétences (psys-gendarmes-police-magistrats) français, mais aussi européens, n’arrivent-ils pas à se structurer ? Quant au recueil et à l’analyse du renseignement criminologique il me parait totalement obsolète et inadapté au nouvelles formes de criminalité.

Il est vrai que pendant longtemps les autorités françaises ont totalement négligé l’aspect psychologique de ce type d’enquêtes qui sont très différentes des meurtres « ordinaires ». D’ailleurs, le poste de psychologue au sein de la brigade criminelle va être prochainement supprimé, ce qui montre le peu de considération vis-à-vis de l’outil psychologique au sein de la police française

Sont-ils curables?

Croyez-vous qu’il est possible qu’un serial killer ou un pedophile puisse changer et se rendre compte des atrocités qu’il a pu commettre? Est-ce qu’un remord ou un sursaut est possible chez ce genre d’individus?

Les "tueurs en série" sont-ils récupérables? Si non, que faire (traitement chimique, prison réellement à vie...)? Êtes vous pour ou contre la peine de mort pour ce type de tueurs et pourquoi?

Je suis totalement opposé à la peine de mort, y compris pour l’assassin de ma compagne qui est toujours emprisonné dans le couloir de la mort aux Etats-Unis. Il y a eu trop d’innocents qui ont fini par être exécutés pour qu’on puisse se permettre de répéter de tels "erreurs". Par contre, je suis pour un changement du code pénal en France et pour une réelle perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pour ce qui concerne ces prédateurs sexuels.

pourquoi s´attaque-t-ils à des jeunes ou très jeunes filles? quel est l´origine de cette obsession criminelle qui les habite? cela vient-il de leur enfance comme on entend dire le plus souvent? alors qu´ont-ils vecu de si terrible pour justifier de tels actes? ou alors portent-ils les gènes du mal dans leur cerveau et cela peut-il être hereditaire?

Fourniret s’attaque à des jeunes filles parce qu’il a le fantasme de « chasser de jeunes vierges ». Par ailleurs, les serial killers sont des lâches qui ne s’attaquent qu’à des victimes toujours plus faibles qu’eux : enfants, prostituées, fugueurs-euses, auto-stoppeurs-euses, personnes âgées.

Pourquoi les serial killers sont-ils surtout des hommes ? En Europe, quels exemples de tueuses en série ?

Il y a, suivant les pays, 10 à 15% de femmes « serial killeuses ». Alors que les hommes serial killers s’attaquent la plupart du temps à des victimes qui leurs sont inconnues, les serial killeuses, elles, tuent quasi exclusivement des personnes de leur propre entourage. Les « veuves noires » vont tuer leurs compagnons ou maris successivement. Les mères de famille vont ainsi assassiné leur propre progéniture. La troisième catégorie concerne les « infirmières de la mort » qui agissent sur leur lieu de travail. Contrairement aux hommes, qui utilisent l’arme blanche, la strangulation ou un objet contondant, les femmes meurtrières vont se servir du poison, de l’injection ou étouffer leurs victimes.

 

on le voit, en grande majorité ,les victimes des serials killers sont des femmes, est-ce qu’un meurtre de ce type est d’abord motivé par le crime sexuel?

La motivation d’un serial killer est avant tout d’ordre psychologique, la sexualité faisant partie intégrante des fantasmes de ces individus. On peut avoir un mélange de plusieurs mobiles pour ces criminels, ce que j’appelle « des tueurs mixtes » qui peuvent être motivés par exemple par des pulsions sexuelles et l’appât du gain. Un Landru dépouillait les veuves et les divorcées avant de les tuer, mais vous avez aussi son journal intime où il décrit dans ses moindres détails les relations sexuelles qu’il avait avec ses futures victimes.

Concrètement, que faire pour éviter l’éclosion des tueurs en série ?


Question difficile. Peut-être faudrait-il agir en amont puisque l’on sait que la quasi majorité des tueurs en série était des enfants difficiles -actes de cruauté envers les animaux, pyromanie, mensonges, etc. Il faudrait donc pouvoir intervenir avant que ces enfants difficiles et violents deviennent des adolescents qui vont basculer dans la délinquance. Il serait peut-être bon, sans être un « père la pudeur », de restaurer un certain nombre de valeurs sociales et morales au niveau de l’autorité parentale et du milieu scolaire.

Existe-t-il des cas d’enfants serial killers ?

Oui, mais ils sont très rares. On a l’exemple, dans les années 70, d’une fillette anglaise, Flora Bell, qui a tué deux autres enfants avant de se faire prendre. Elle a, depuis, été libérée et vit sous une autre identité en Angleterre. A l’avenir, nous risquons d’avoir d’autres cas, car l’âge du premier crime pour ces meurtriers a tendance à s’abaisser de plus en plus.

ne pensez-vous pas que des livres comme le silence des agneaux et encore plus leur adaptation cinema magnifient et valorisent les serials killers


J’aime beaucoup le « Silence des agneaux » en tant que film, même s’il ne correspond pas à la réalité. Cependant, la séquence finale me dérange énormément car on en vient à accepter le fait qu’Hannibal Lecter, en descendant de l’avion, va faire son repas de l’odieux psychiatre qui harcelait Clarice/Jody Foster dans le film. De la même manière, Hannibal est très « nauséeux» car sa morale veut que toutes les victimes méritent de mourir : l’ignoble pédophile handicapé, le flic pourri de Florence ou le sénateur corrompu. Du coup Hannibal Lecter en devient un personnage « positif ».


Question banale: il y en a t il plus qu’avant ou est que la presse en parle plus ?


Il est vrai qu’il est difficile de répondre à cette question, car les médias parlent beaucoup plus de ce phénomène depuis une dizaine d’années et les forces de l’ordre ont également fait des progrès, au point de mieux relier des crimes qui pouvaient paraître isolés par le passé. Mais il me semble indéniable que le phénomène est en augmentation à la fois en France et dans la plupart des pays du monde. Pour ce qui concerne notre pays, les tueurs multirécidivistes représentent à l’heure actuelle au minimum 6% des homicides commis annuellement.