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Bruxelles - Dans
les mois qui ont suivi l'affaire Dutroux, la justice et la
police ont subi un gigantesque bouleversement. Adieu la gendarmerie
et les polices communales, bonjour la police fédérale
et les polices locales.
Cette réforme
devait, en principe, faire que les erreurs du passé
ne puissent se reproduire. Mais voilà, entre espoir
et réalité, il y a une marge. Un fossé,
même! Et comble du comble, alors que ce remaniement
avait été consécutif à une affaire
de pédophilie, voilà que c'est justement cette
matière qui est désormais la moins exploitée.
En cause,
la répartition des compétences. La police fédérale
ne s' occupe que du tourisme sexuel, des réseaux et
du phénomène international.Quant au reste, c'est
du domaine de la police locale. Ces policiers, sans
les vexer ou les sous-estimer, sont bien évidemment
moins expérimentés que les policiers fédéraux,
qui, pour la plupart, traitent cette matière depuis
de nombreuses années.
"Les policiers
de la locale ont une formation de 13 jours", nous explique
un enquêteur fédéral.
Alors, forcément, parfois ça dérape.On
passe à côté de victimes, d'auteurs ou
même de phénomènes. Exemple, la place
Anneessens à Bruxelles, où, selon les informations
recueillies, on sait qu'il se passe des drôles de choses
en matière de moeurs.Les cassettes pédophiles
y circuleraient aussi facilement que les
voitures...
"C'est
la locale qui devrait s'en occuper, mais les policiers qui
sont déjà eux-mêmes surchargés
avec les affaires courantes estiment que c'est de la pédophile
organisée et que, donc, c'est pour nous", explique
un enquêteur fédéral. Résultat:
personne n'y va!
Selon la procédure, le P.-V. rédigé devrait
être envoyé au parquet, qui, si besoin est, le
redistribuera.
En parlant du parquet, il faut préciser qu'il y a quelques
années , il y avait des substituts spécialisés
dans les affaires des moeurs. Et maintenant ? La réponse
est claire: non, du côté francophone alors que
c'est là qu'il y a le plus de dossiers.
Par contre, du côté néerlandophone, il
demeure un magistrat spécialisé, pour 30 fois
moins de dossiers!
"La réforme, c'est une catastrophe!
S'il devait y avoir une deuxième affaire Dutroux, je
ne sais pas comment on ferait. Est-ce que l'on s'en apercevrait
seulement ? Dire que toute la réforme est consécutive
à l'affaire Dutroux et que c'est ce secteur qui est
finalement le plus négligé!"
Pourtant, Glenn
Audenaert, le directeur du service judiciaire d'arrondissement
(le SJA) de Bruxelles, donne tous les moyens qu'il peut à
son équipe.
"Il faut tout regarder. On ne peut pas risquer de passer
à côté d'une victime. Il y a parfois des
pervers qui mettent des séquences pédophiles
de quelques secondes au milieu d'un dessin animé. Il
faut donc être très
attentifs", explique un enquêteur de la section.
"Si un policier passe à côté de 2
kilos de cocaïne, ce n'est pas dramatique, mais si on
passe à côté d'un pédophile..."
La cellule traite de nombreux dossiers. Trop. En plus, chaque
affaire n'est traitée que par un seul policier.
Effectif réduit oblige. "C'est dangereux pour
l'objectivité, et surtout pour la charge émotionnelle.
Si on part en vacances, le dossier s'arrête!"
Si les hommes sont motivés, ce sont les moyens qui
manquent. "Il n'y a toujours pas de banque de données
des pédophiles. S'il y a un enlèvement d'une
fillette dans un quartier, on sera incapable de dire s'il
y a des pédophiles qui habitent dans les environs."
Par rapport aux autres pays européens, la Belgique
est donc à la traîne.
"Partout ailleurs, il y a des policiers spécialisés
qui traquent quotidiennement ce fléau sur Internet.
Il y a bien le CCU, mais il est pris par tant d'autres dossiers!"
Et un policier de préciser: "En Belgique, c'est
une justice de catastrophe. On déplace les moyens en
fonction des événements. Et maintenant, c'est
la vague terroriste. Donc, tous les moyens sont attribués
à cette matière."
Emmanuelle Praet
(La Dernière
Heure - 16 et 17 octobre 2004 - Page 18)
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