Par Dominique Jung,
pour DNA
Dans l'échelle
des crimes, la mort d'enfants ou d'adolescents est l'un des
plus révoltants. Quand trois assassinats, d'une enfant,
d'une adolescente et d'une jeune femme, se succèdent
dans un périmètre restreint en moins de huit
jours, la douleur est forcément à son comble.
Chacun se sent visé à travers une parente ou
une amie qui, comme Jeanne-Marie, Julie ou Hedwige, aurait
pu partir pour une banale promenade basculant vers la mort.
Lors de ces crimes de proximité, le fait divers perd
son statut de conte pour adultes. Il s'incarne, devient palpable
dans le chagrin qui accable nos voisins.
Cette émotion a été partagée hier
par les milliers de personnes qui ont rallié la manifestation
de Colmar. Il faut en souligner la dignité. En certaines
circonstances, le silence en dit plus que les cris. Le lynchage
ne doit pas répondre au meurtre ; la justice s'abaisse
si elle devient vengeance. Mais elle perd de son crédit
quand elle relâche sans précaution dans la nature
un récidiviste réputé dangereux.
Au-delà
de la prison
Exiger la détention
jusqu'au bout du temps imparti par le tribunal n'est toutefois
qu'un volet du problème. Cela nous rassure, conformément
à la logique d'un système carcéral fondé
sur la mise à l'écart des individus dangereux.
Mais cela n'épuise pas le débat. Même
libéré au terme exact de la peine incompressible
à laquelle il aura été condamné,
un détenu fou restera un danger public.
La vraie question est celle
du suivi des libérés connus pour leurs lourds
antécédents psychiatriques.
Ce débat est si vieux qu'on s'étonne que tant
de parlementaires fassent mine de le découvrir aujourd'hui.
La faiblesse du contrôle à la sortie
de prison est la faille centrale de notre système judiciaire.
Nous manquons terriblement de dispositifs efficaces.
La resocialisation du détenu durant l'accomplissement
de sa peine doit aller de pair avec la punition. Or les interventions
psychiatriques en détention n'ont pas la place qu'elles
devraient avoir, par manque de détermination
politique, par lassitude devant l'ampleur de la tâche
et, tout bêtement, par carence budgétaire.
Une étude qui fait froid dans le dos indique qu'en
2001 un détenu sur deux "souffrait d'au moins
un trouble psychiatrique". Plusieurs mesures, en diverses
directions, sont urgentes : multiplier l'offre de soins en
prison, rapprocher le ministère de la Justice de celui
de la Santé, éviter la cohabitation entre détenus
psychotiques graves et détenus "normaux",
décongestionner les cellules surpeuplées, établir
un fichier européen des délinquants sexuels.
Il est triste qu'il ait fallu trois meurtres consécutifs
dans le Bas-Rhin pour se rappeler ces évidences. Et
plus triste encore de penser que dans trois ou cinq ans on
n'aura guère avancé.
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