Dernière mise à jour : 11/07/2004

 

Réflexions autour de la Marche de Colmar, en mémoire des victimes de Bodein

Pédocriminels:Peines incompressibles...et après?


Par Dominique Jung, pour DNA

Dans l'échelle des crimes, la mort d'enfants ou d'adolescents est l'un des plus révoltants. Quand trois assassinats, d'une enfant, d'une adolescente et d'une jeune femme, se succèdent dans un périmètre restreint en moins de huit jours, la douleur est forcément à son comble. Chacun se sent visé à travers une parente ou une amie qui, comme Jeanne-Marie, Julie ou Hedwige, aurait pu partir pour une banale promenade basculant vers la mort. Lors de ces crimes de proximité, le fait divers perd son statut de conte pour adultes. Il s'incarne, devient palpable dans le chagrin qui accable nos voisins.
Cette émotion a été partagée hier par les milliers de personnes qui ont rallié la manifestation de Colmar. Il faut en souligner la dignité. En certaines circonstances, le silence en dit plus que les cris. Le lynchage ne doit pas répondre au meurtre ; la justice s'abaisse si elle devient vengeance. Mais elle perd de son crédit quand elle relâche sans précaution dans la nature un récidiviste réputé dangereux.

Au-delà de la prison

Exiger la détention jusqu'au bout du temps imparti par le tribunal n'est toutefois qu'un volet du problème. Cela nous rassure, conformément à la logique d'un système carcéral fondé sur la mise à l'écart des individus dangereux. Mais cela n'épuise pas le débat. Même libéré au terme exact de la peine incompressible à laquelle il aura été condamné, un détenu fou restera un danger public.
La vraie question est celle du suivi des libérés connus pour leurs lourds antécédents psychiatriques. Ce débat est si vieux qu'on s'étonne que tant de parlementaires fassent mine de le découvrir aujourd'hui. La faiblesse du contrôle à la sortie de prison est la faille centrale de notre système judiciaire.
Nous manquons terriblement de dispositifs efficaces.
La resocialisation du détenu durant l'accomplissement de sa peine doit aller de pair avec la punition. Or les interventions psychiatriques en détention n'ont pas la place qu'elles devraient avoir, par manque de détermination politique, par lassitude devant l'ampleur de la tâche et, tout bêtement, par carence budgétaire.


Une étude qui fait froid dans le dos indique qu'en 2001 un détenu sur deux "souffrait d'au moins un trouble psychiatrique". Plusieurs mesures, en diverses directions, sont urgentes : multiplier l'offre de soins en prison, rapprocher le ministère de la Justice de celui de la Santé, éviter la cohabitation entre détenus psychotiques graves et détenus "normaux", décongestionner les cellules surpeuplées, établir un fichier européen des délinquants sexuels.
Il est triste qu'il ait fallu trois meurtres consécutifs dans le Bas-Rhin pour se rappeler ces évidences. Et plus triste encore de penser que dans trois ou cinq ans on n'aura guère avancé.

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