Rappel:
ADN:
l'acide désoxyribonucléique est une substance chimique qui
se trouve dans chaque cellule du corps humain. Elle ressemble
à une échelle tordue dont les marches sont des bases, composées
de la guanine (G), de la cytosine (C), de l'adenine (A)
et la thymine (T). Chaque individu possède une suite différente
de ces bases, ce qui permet de l'identifier. L'être humain
ne pouvant s'empêcher de marquer son passage (en y laissant
sang, cheveu, salive, urine, sperme), l'enquêteur n'a plus
qu'à se pencher, certes consciencieusement, pour récolter
sur un verre, les habits de la victime ou la moquette, quelques
traces dont l'analyse fournira cette fameuse carte d'identité
biologique de chaque individu.
Profils
ADN: en matière d'investigation, on travaille sur les
profils ADN, qui indiquent le contour d'une personne sans
en donner une description complète comme son état de santé
par exemple. Ils permettent, à l'instar d'un numéro AVS,
d'identifier une personne.
Banque
de données ADN:
elle ne comporte aucune donnée personnelle mais permet la
relation entre une trace prélevée et un profil génétique
enregistré. La Police fédérale gère cette banque de données.
Lorsqu'une correspondance est trouvée, un nom apparaît qui
est alors communiqué aux enquêteurs.
MAG
)
L'ADN
n'est pas une solution miracle pour coincer un coupable
ADN:
trois lettres qui se faufilent régulièrement dans l'actualité.
Saddam Hussein? Il est identifié grâce à un échantillon
de son ADN prélevé dans sa bouche. A Charm el-Cheikh, on
recherche également l'ADN des victimes du récent accident
d'avion. Aux Etats-Unis, la justice rouvre des centaines
de dossiers pour procéder à de nouveaux tests. En Suisse,
le fichier géré par la Police fédérale contient aujourd'hui
plus de 45 000 profils. Or cette méthode n'est pas la panacée.
Un chercheur suisse décortique ses limites et avertit les
enquêteurs: l'ADN peut aussi être à l'origine de graves
erreurs judiciaires.
Le
fichier de profils ADN de la Suisse grossit et devient de
plus en plus efficace.
CRACHE
ET J'ESSAIE DE DIRE QUI TU ES!
L'ADN?
Un outil fabuleux pour les enquêteurs. Grâce aux fichiers,
une trace laissée sur le lieu d'un crime peut mener directement
au coupable. Un expert suisse relève cependant les dangers
qui guettent la justice et la police.
magalie
goumaz
ADN.
Pas un jour sansque ces trois lettres apparaissent dans
la presse. L'accident d'avion de Charm el-Cheik? Les corps
seront identifiés grâce aux analyses d'ADN. La mort
de Diana? La police britannique se demande aujourd'hui pourquoi
aucun test ADN n'a été effectué sur le sang du chauffeur,
contenant une quantité impressionnante d'alcool, afin de
prouver qu'il s'agissait bien de celui d'Henri Paul. Premier
cas de vache folle aux Etats-Unis? Son profil ADN
permet d'affirmer que l'animal a été contaminé au Canada.
Saddam Hussein la bouche grande ouverte sur les écrans du
monde entier? On est en fait en train de prélever un échantillon
de son ADN pour prouver son identité.
ADN,
trois lettres miracles? En Suisse, la banque de données
de profils d'ADN, gérée par la Police fédérale, est de plus
en plus importante, donc toujours plus efficace. Elle contient
actuellement les profils de plus de 45 000 personnes.
L'an dernier, 4126 traces prélevées par les enquêteurs sur
les lieux d'un délit ont conduit tout droit à leur propriétaire.
Ce qui signifie que la police a pu confondre le coupable
grâce à sa signature génétique laissée sur les lieux du
crime ou alors innocenter des suspects.
L'erreur
est humaine
Mais attention, prévient le biochimiste Raphaël Coquoz,
l'ADN a une excellente réputation, mais le jour viendra
où un innocent sera condamné à cause d'une erreur liée aux
analyses d'ADN. Pourquoi? La génétique offre un outil fascinant,
performant... mais qui a ses limites.
Outre
l'erreur humaine lors de la manipulation d'un échantillon
ou le manque de rigueur dans l'enquête ou l'analyse, les
plus grands dangers résident dans les fausses correspondances
et les traces non pertinentes. C'est ce qu'explique ce spécialiste
reconnu, enseignant à l'Institut de police scientifique
de l'Université de Lausanne, responsable des analyses d'ADN
au laboratoire AMS génétique et auteur d'un récent ouvrage
sur le sujet (1).
Le même
profil ADN peut «théoriquement» appartenir à deux individus.
Tout dépend du nombre de critères dont on tient compte lors
de l'analyse. Plus il y en a, plus la probabilité de trouver
une correspondance est faible. Mais elle existe toujours.
«Comme les fichiers ADN grossissent, il y a aussi plus de
chance d'y trouver une correspondance fortuite», explique
le biochimiste. Il y a cinq ans justement, la Grande-Bretagne
a connu le cas de Raymond Easton, fiché après une dispute
familiale. Et le voilà quatre ans plus tard accusé du vol
d'équipements électriques sur la base d'analyses ADN.
Problème: Easton est atteint de la maladie de Parkinson.
Il ne peut n'y conduire, n'y marcher seul plus de dix mètres.
Il a fallu toute l'énergie de son avocat pour que de nouvelles
analyses soient entreprises, tenant compte de dix critères
au lieu des six critères utilisés auparavant.
Risque
infime
Pour éviter ce genre d'erreurs, les analyses sont de
plus en plus précises, les profils ADN d'aujourd'hui examinant
plus de caractères génétiques qu'il y a 5 ans. Mais avec
l'interconnexion des fichiers, qui pourrait être envisageable
au niveau européen par exemple, on peut malgré tout craindre
l'erreur. «Même si le risque est infime, c'est toujours
trop lorsque l'ADN doit servir de preuve devant un tribunal.»
Et de là à ce qu'un avocat se serve de cette probabilité
pour innocenter son client...
Second
risque, selon Raphaël Coquoz: la trace non pertinente. Prenez
le meurtre d'une prostituée. Sur place, les enquêteurs prélèvent
des traces. Laquelle est celle de l'agresseur? «Il suffit
qu'un client soit fiché pour un autre délit et on peut dire
qu'il est mal barré alors qu'on n'a peut-être pas trouvé
de traces du coupable. Aujourd'hui, les violeurs savent
qu'ils ne doivent pas laisser un préservatif à proximité
du corps, ou qu'on peut les identifier avec un mégot. Ils
savent aussi que pour brouiller les pistes, ils peuvent
apporter sur les lieux un objet portant les traces d'une
tierce personne!»
Le
cas Simpson
Devant les tribunaux, la preuve par l'ADN a déjà subi des
revers. Le cas le plus célèbre est celui qui a profité à
la star américaine O.J. Simpson. Ses avocats ont en effet
réussi à contrer l'accusation, alors que des traces de sang
découvertes sur les lieux du crime ne pouvaient qu'appartenir
à l'accusé. La défense a notamment exploité le manque de
crédibilité de policiers ayant eu un rôle-clef dans l'investigation
pour écarter l'ADN des preuves.
Mais
l'ADN s'est refait une réputation aux Etats-Unis depuis.
«Ce qui s'y passe est spectaculaire. On rouvre des dossiers
d'inculpés qui clamaient leur innocence et on découvre grâce
à l'ADN qu'ils disaient la vérité. C'est effrayant de constater
avec quelle manque de discernement des preuves insuffisantes
ont suffi à les condamner. D'où ma crainte des traces non
pertinentes. Un jour, on risque de découvrir une erreur
judiciaire majeure parce qu'on croit que le profil ADN,
c'est du béton!»
Pas
la panacée
Pour Raphaël Coquoz, on fait donc trop confiance à l'ADN.
Et contrairement à ce que pensent les enquêteurs ou les
magistrats, le succès n'est pas toujours au rendez-vous
des analyses. Encore un mauvais point pour l'ADN: il se
dégrade, notamment à cause de l'humidité, de la chaleur
et de la lumière. L'interférence de certaines substances,
des colorants de tissus par exemple, peut empêcher d'obtenir
un profil ADN d'une trace pourtant bien présente. Et différentes
traces peuvent se mélanger. Il devient alors de plus en
plus compliqué d'obtenir un résultat probant. MAG 1«Preuve
par l'ADN, la génétique au service de la justice», Presses
polytechniques et universitaires romandes Pour les nuls
ADN: l'acide désoxyribonucléique est une substance chimique
qui se trouve dans chaque cellule du corps humain. Elle
ressemble à une échelle tordue dont les marches sont des
bases, composées de la guanine (G), de la cytosine (C),
de l'adenine (A) et la thymine (T). Chaque individu possède
une suite différente de ces bases, ce qui permet de l'identifier.
L'être humain ne pouvant s'empêcher de marquer son passage
(en y laissant sang, cheveu, salive, urine, sperme), l'enquêteur
n'a plus qu'à se pencher, certes consciencieusement, pour
récolter sur un verre, les habits de la victime ou la moquette,
quelques traces dont l'analyse fournira cette fameuse carte
d'identité biologique de chaque individu. Profils ADN: en
matière d'investigation, on travaille sur les profils ADN,
qui indiquent le contour d'une personne sans en donner une
description complète comme son état de santé par exemple.
Ils permettent, à l'instar d'un numéro AVS, d'identifier
une personne. Banque de données ADN: elle ne comporte aucune
donnée personnelle mais permet la relation entre une trace
prélevée et un profil génétique enregistré. La Police fédérale
gère cette banque de données. Lorsqu'une correspondance
est trouvée, un nom apparaît qui est alors communiqué aux
enquêteurs.
MAG
(1)
«Preuve par l'ADN, la génétique au service de la justice»,
Presses polytechniques et universitaires romandes.
La
Suisse possède un fichier très «généreux»
En Suisse,
tout est permis... ou presque. La loi sur les profils ADN,
adoptée en 2003, est l'une des plus permissives d'Europe.
Les députés ont surtout débattu du catalogue des délits
dont les auteurs doivent figurer dans le fichier, de la
durée de conservation de leur profil ADN et des conditions
pour lancer une enquête de grande envergure.
LES
PRIVÉS EXCLUS
Sur le premier point, ils ont bien entendu les arguments
de la police: dans une majorité de cas, l'auteur d'une agression
sexuelle ou d'un homicide, commet au préalable une infraction
de moindre importance. Un fichier contenant tous les responsables
de crimes et délits est donc plus efficace que celui qui
ne concernerait que les auteurs d'actes plus graves. Autre
argument: les cambriolages dépassant de loin le nombre d'homicides
ou de viols, un fichier les incluant permet d'élucider de
nombreux cas, spécialement lorsque les voleurs jouent à
saute-mouton avec les barrières cantonales.
Actuellement,
Berne élabore l'ordonnance d'application de la loi. Des
points d'ordre pratique seront précisés, notamment concernant
les laboratoires qui pourront effectuer les analyses. Etrangement,
depuis que ce fichier existe, Raphaël Coquoz, pourtant un
des spécialistes reconnus du domaine, est exclu de la procédure.
Seuls les instituts de médecine légale peuvent procéder
aux analyses. Exit donc les laboratoires privés. «En Suisse,
on fait du bon travail. Le fichier s'agrandit. Il y a donc
de plus en plus de chances pour qu'une trace ADN prélevée
sur le lieu d'un délit mène à son auteur. Mais paradoxalement,
son introduction m'a ôté une partie de mes mandats. Je ne
reçois plus que quelques miettes d'analyse!», constate le
spécialiste. L'ordonnance d'application de la loi qui est
actuellement en cours d'élaboration devra préciser ce point.
Elle devra également régler les détails de la procédure
d'effacement des profils ADN des personnes innocentées.
MAG
S'ils
disent que c'est Saddam!
«Si
les Américains affirment qu'ils ont arrêté Saddam et que
l'échantillon ADN analysé prouve son identité, on doit pouvoir
leur faire confiance!» Le biochimiste Raphaël Coquoz ne
met pas en doute le travail de ses confrères. «On n'a pas
confié cette analyse parmi mille autres à un apprenti laborant
du Dakota! Les Américains avaient sur place le matériel
et les spécialistes qu'il fallait pour procéder aux prélèvements
et premières analyses. Ils en ont besoin pour identifier
leurs propres soldats. Et ils n'ont pas été pris au dépourvu.
Ils avaient déjà réfléchi à la manière dont ils identifieraient
Saddam le moment venu et dans tous les cas de figure!».
Ce
que confirment d'autres spécialistes dans «The Scientist».
Pour l'instant, les détails de l'analyse n'ont pas été révélés.
On sait qu'elle a été effectuée à Washington, dans les laboratoires
des forces armées qui traitent des échantillons provenant
d'Irak. Les Américains avaient annoncé en avril dernier
qu'ils avaient un échantillon de l'ADN de Saddam Hussein.
Il a pu être prélevé sur un mégot de cigarette, un rasoir
ou un verre. Ce profil a aussi pu être comparé avec celui
de membres de sa famille, ses deux fils par exemple, avec
lesquels il partage obligatoirement certaines caractéristiques.
On peut
ainsi facilement expliquer la rapidité avec laquelle les
résultats ont été communiqués.
http://www.laliberte.ch/MAG