Dernière mise à jour : 25/01/2004

 

Avantages et risques du profil ADN
Rappel:

ADN: l'acide désoxyribonucléique est une substance chimique qui se trouve dans chaque cellule du corps humain. Elle ressemble à une échelle tordue dont les marches sont des bases, composées de la guanine (G), de la cytosine (C), de l'adenine (A) et la thymine (T). Chaque individu possède une suite différente de ces bases, ce qui permet de l'identifier. L'être humain ne pouvant s'empêcher de marquer son passage (en y laissant sang, cheveu, salive, urine, sperme), l'enquêteur n'a plus qu'à se pencher, certes consciencieusement, pour récolter sur un verre, les habits de la victime ou la moquette, quelques traces dont l'analyse fournira cette fameuse carte d'identité biologique de chaque individu.

Profils ADN: en matière d'investigation, on travaille sur les profils ADN, qui indiquent le contour d'une personne sans en donner une description complète comme son état de santé par exemple. Ils permettent, à l'instar d'un numéro AVS, d'identifier une personne.

Banque de données ADN:
elle ne comporte aucune donnée personnelle mais permet la relation entre une trace prélevée et un profil génétique enregistré. La Police fédérale gère cette banque de données. Lorsqu'une correspondance est trouvée, un nom apparaît qui est alors communiqué aux enquêteurs.

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L'ADN n'est pas une solution miracle pour coincer un coupable

ADN: trois lettres qui se faufilent régulièrement dans l'actualité. Saddam Hussein? Il est identifié grâce à un échantillon de son ADN prélevé dans sa bouche. A Charm el-Cheikh, on recherche également l'ADN des victimes du récent accident d'avion. Aux Etats-Unis, la justice rouvre des centaines de dossiers pour procéder à de nouveaux tests. En Suisse, le fichier géré par la Police fédérale contient aujourd'hui plus de 45 000 profils. Or cette méthode n'est pas la panacée. Un chercheur suisse décortique ses limites et avertit les enquêteurs: l'ADN peut aussi être à l'origine de graves erreurs judiciaires.

Le fichier de profils ADN de la Suisse grossit et devient de plus en plus efficace.

CRACHE ET J'ESSAIE DE DIRE QUI TU ES!

L'ADN? Un outil fabuleux pour les enquêteurs. Grâce aux fichiers, une trace laissée sur le lieu d'un crime peut mener directement au coupable. Un expert suisse relève cependant les dangers qui guettent la justice et la police.

magalie goumaz

ADN. Pas un jour sansque ces trois lettres apparaissent dans la presse. L'accident d'avion de Charm el-Cheik? Les corps seront identifiés grâce aux analyses d'ADN. La mort de Diana? La police britannique se demande aujourd'hui pourquoi aucun test ADN n'a été effectué sur le sang du chauffeur, contenant une quantité impressionnante d'alcool, afin de prouver qu'il s'agissait bien de celui d'Henri Paul. Premier cas de vache folle aux Etats-Unis? Son profil ADN permet d'affirmer que l'animal a été contaminé au Canada. Saddam Hussein la bouche grande ouverte sur les écrans du monde entier? On est en fait en train de prélever un échantillon de son ADN pour prouver son identité.

ADN, trois lettres miracles? En Suisse, la banque de données de profils d'ADN, gérée par la Police fédérale, est de plus en plus importante, donc toujours plus efficace. Elle contient actuellement les profils de plus de 45 000 personnes. L'an dernier, 4126 traces prélevées par les enquêteurs sur les lieux d'un délit ont conduit tout droit à leur propriétaire. Ce qui signifie que la police a pu confondre le coupable grâce à sa signature génétique laissée sur les lieux du crime ou alors innocenter des suspects.

L'erreur est humaine
Mais attention, prévient le biochimiste Raphaël Coquoz, l'ADN a une excellente réputation, mais le jour viendra où un innocent sera condamné à cause d'une erreur liée aux analyses d'ADN. Pourquoi? La génétique offre un outil fascinant, performant... mais qui a ses limites.

Outre l'erreur humaine lors de la manipulation d'un échantillon ou le manque de rigueur dans l'enquête ou l'analyse, les plus grands dangers résident dans les fausses correspondances et les traces non pertinentes. C'est ce qu'explique ce spécialiste reconnu, enseignant à l'Institut de police scientifique de l'Université de Lausanne, responsable des analyses d'ADN au laboratoire AMS génétique et auteur d'un récent ouvrage sur le sujet (1).

Le même profil ADN peut «théoriquement» appartenir à deux individus. Tout dépend du nombre de critères dont on tient compte lors de l'analyse. Plus il y en a, plus la probabilité de trouver une correspondance est faible. Mais elle existe toujours. «Comme les fichiers ADN grossissent, il y a aussi plus de chance d'y trouver une correspondance fortuite», explique le biochimiste. Il y a cinq ans justement, la Grande-Bretagne a connu le cas de Raymond Easton, fiché après une dispute familiale. Et le voilà quatre ans plus tard accusé du vol d'équipements électriques sur la base d'analyses ADN.


Problème: Easton est atteint de la maladie de Parkinson. Il ne peut n'y conduire, n'y marcher seul plus de dix mètres. Il a fallu toute l'énergie de son avocat pour que de nouvelles analyses soient entreprises, tenant compte de dix critères au lieu des six critères utilisés auparavant.

Risque infime
Pour éviter ce genre d'erreurs, les analyses sont de plus en plus précises, les profils ADN d'aujourd'hui examinant plus de caractères génétiques qu'il y a 5 ans. Mais avec l'interconnexion des fichiers, qui pourrait être envisageable au niveau européen par exemple, on peut malgré tout craindre l'erreur. «Même si le risque est infime, c'est toujours trop lorsque l'ADN doit servir de preuve devant un tribunal.» Et de là à ce qu'un avocat se serve de cette probabilité pour innocenter son client...

Second risque, selon Raphaël Coquoz: la trace non pertinente. Prenez le meurtre d'une prostituée. Sur place, les enquêteurs prélèvent des traces. Laquelle est celle de l'agresseur? «Il suffit qu'un client soit fiché pour un autre délit et on peut dire qu'il est mal barré alors qu'on n'a peut-être pas trouvé de traces du coupable. Aujourd'hui, les violeurs savent qu'ils ne doivent pas laisser un préservatif à proximité du corps, ou qu'on peut les identifier avec un mégot. Ils savent aussi que pour brouiller les pistes, ils peuvent apporter sur les lieux un objet portant les traces d'une tierce personne!»

Le cas Simpson
Devant les tribunaux, la preuve par l'ADN a déjà subi des revers. Le cas le plus célèbre est celui qui a profité à la star américaine O.J. Simpson. Ses avocats ont en effet réussi à contrer l'accusation, alors que des traces de sang découvertes sur les lieux du crime ne pouvaient qu'appartenir à l'accusé. La défense a notamment exploité le manque de crédibilité de policiers ayant eu un rôle-clef dans l'investigation pour écarter l'ADN des preuves.

Mais l'ADN s'est refait une réputation aux Etats-Unis depuis. «Ce qui s'y passe est spectaculaire. On rouvre des dossiers d'inculpés qui clamaient leur innocence et on découvre grâce à l'ADN qu'ils disaient la vérité. C'est effrayant de constater avec quelle manque de discernement des preuves insuffisantes ont suffi à les condamner. D'où ma crainte des traces non pertinentes. Un jour, on risque de découvrir une erreur judiciaire majeure parce qu'on croit que le profil ADN, c'est du béton!»

Pas la panacée
Pour Raphaël Coquoz, on fait donc trop confiance à l'ADN. Et contrairement à ce que pensent les enquêteurs ou les magistrats, le succès n'est pas toujours au rendez-vous des analyses. Encore un mauvais point pour l'ADN: il se dégrade, notamment à cause de l'humidité, de la chaleur et de la lumière. L'interférence de certaines substances, des colorants de tissus par exemple, peut empêcher d'obtenir un profil ADN d'une trace pourtant bien présente. Et différentes traces peuvent se mélanger. Il devient alors de plus en plus compliqué d'obtenir un résultat probant. MAG 1«Preuve par l'ADN, la génétique au service de la justice», Presses polytechniques et universitaires romandes Pour les nuls ADN: l'acide désoxyribonucléique est une substance chimique qui se trouve dans chaque cellule du corps humain. Elle ressemble à une échelle tordue dont les marches sont des bases, composées de la guanine (G), de la cytosine (C), de l'adenine (A) et la thymine (T). Chaque individu possède une suite différente de ces bases, ce qui permet de l'identifier. L'être humain ne pouvant s'empêcher de marquer son passage (en y laissant sang, cheveu, salive, urine, sperme), l'enquêteur n'a plus qu'à se pencher, certes consciencieusement, pour récolter sur un verre, les habits de la victime ou la moquette, quelques traces dont l'analyse fournira cette fameuse carte d'identité biologique de chaque individu. Profils ADN: en matière d'investigation, on travaille sur les profils ADN, qui indiquent le contour d'une personne sans en donner une description complète comme son état de santé par exemple. Ils permettent, à l'instar d'un numéro AVS, d'identifier une personne. Banque de données ADN: elle ne comporte aucune donnée personnelle mais permet la relation entre une trace prélevée et un profil génétique enregistré. La Police fédérale gère cette banque de données. Lorsqu'une correspondance est trouvée, un nom apparaît qui est alors communiqué aux enquêteurs.
MAG

(1) «Preuve par l'ADN, la génétique au service de la justice», Presses polytechniques et universitaires romandes.

La Suisse possède un fichier très «généreux»

En Suisse, tout est permis... ou presque. La loi sur les profils ADN, adoptée en 2003, est l'une des plus permissives d'Europe. Les députés ont surtout débattu du catalogue des délits dont les auteurs doivent figurer dans le fichier, de la durée de conservation de leur profil ADN et des conditions pour lancer une enquête de grande envergure.

LES PRIVÉS EXCLUS
Sur le premier point, ils ont bien entendu les arguments de la police: dans une majorité de cas, l'auteur d'une agression sexuelle ou d'un homicide, commet au préalable une infraction de moindre importance. Un fichier contenant tous les responsables de crimes et délits est donc plus efficace que celui qui ne concernerait que les auteurs d'actes plus graves. Autre argument: les cambriolages dépassant de loin le nombre d'homicides ou de viols, un fichier les incluant permet d'élucider de nombreux cas, spécialement lorsque les voleurs jouent à saute-mouton avec les barrières cantonales.

Actuellement, Berne élabore l'ordonnance d'application de la loi. Des points d'ordre pratique seront précisés, notamment concernant les laboratoires qui pourront effectuer les analyses. Etrangement, depuis que ce fichier existe, Raphaël Coquoz, pourtant un des spécialistes reconnus du domaine, est exclu de la procédure. Seuls les instituts de médecine légale peuvent procéder aux analyses. Exit donc les laboratoires privés. «En Suisse, on fait du bon travail. Le fichier s'agrandit. Il y a donc de plus en plus de chances pour qu'une trace ADN prélevée sur le lieu d'un délit mène à son auteur. Mais paradoxalement, son introduction m'a ôté une partie de mes mandats. Je ne reçois plus que quelques miettes d'analyse!», constate le spécialiste. L'ordonnance d'application de la loi qui est actuellement en cours d'élaboration devra préciser ce point. Elle devra également régler les détails de la procédure d'effacement des profils ADN des personnes innocentées.
MAG

S'ils disent que c'est Saddam!

«Si les Américains affirment qu'ils ont arrêté Saddam et que l'échantillon ADN analysé prouve son identité, on doit pouvoir leur faire confiance!» Le biochimiste Raphaël Coquoz ne met pas en doute le travail de ses confrères. «On n'a pas confié cette analyse parmi mille autres à un apprenti laborant du Dakota! Les Américains avaient sur place le matériel et les spécialistes qu'il fallait pour procéder aux prélèvements et premières analyses. Ils en ont besoin pour identifier leurs propres soldats. Et ils n'ont pas été pris au dépourvu. Ils avaient déjà réfléchi à la manière dont ils identifieraient Saddam le moment venu et dans tous les cas de figure!».

Ce que confirment d'autres spécialistes dans «The Scientist». Pour l'instant, les détails de l'analyse n'ont pas été révélés. On sait qu'elle a été effectuée à Washington, dans les laboratoires des forces armées qui traitent des échantillons provenant d'Irak. Les Américains avaient annoncé en avril dernier qu'ils avaient un échantillon de l'ADN de Saddam Hussein. Il a pu être prélevé sur un mégot de cigarette, un rasoir ou un verre. Ce profil a aussi pu être comparé avec celui de membres de sa famille, ses deux fils par exemple, avec lesquels il partage obligatoirement certaines caractéristiques.

On peut ainsi facilement expliquer la rapidité avec laquelle les résultats ont été communiqués.

http://www.laliberte.ch/MAG