490 jours après la disparition d'Estelle Mouzin (1),
Eric, son père, dit avoir vécu autant de journées
«d'espoir et de désespoir». Un sentiment
qu'il partage avec les parents de Jonathan, Marion, Karine,
Joffrey, Ludovic, Aurore, Léo... et beaucoup d'autres,
dont les enfants n'ont jamais retrouvé leurs chez eux
sans qu'on sache ce qu'il leur est arrivé: «Il
est difficile d'imaginer la quantité de drame, de tristesse,
de souffrance, qu'il y a chaque fois que le téléphone
sonne. Et ce sont des gens qui pour certains ont des enfants
disparus depuis un an, trois ans, cinq ans». Le 9 janvier
2003, 18h00, Estelle venait de quitter son école du
Val-Guermantes. On l'a aperçue pour la dernière
fois à la boulangerie. Il lui restait encore dix minutes
de marche à parcourir pour renter chez elle, seule,
par moins 5 degrés, dans la nuit qui venait de tomber
sur un village couvert de neige.
Jeudi, les membres de l'association Estelle
ont lancé un appel pour que le 25 mai 2004, journée
internationale des enfants disparus, aucun d'entre eux ne
soit oublié. Un rassemblement sera organisé
à partir de 20h00 au champ de Mars et des lumières
d'espoir seront allumées par tous ceux qui donneront
échos à la manifestation. Ce que l'association
attend de cette mobilisation? Qu'elle donne un coup d'accélérateur
à leur projet: la création d'une ONG consacrée
à la disparition d'enfants alors que, selon lui, aucune
statistique précise sur le nombre d'enfants disparus
n'est aujourd'hui disponible en France. Dans un entretien
à Libération, Eric Mouzin confie ses espoirs,
ses craintes et les raisons de son combat.
Plus d'un an après la disparition
d'Estelle, avez-vous trouvé un refuge dans l'action?
Je mène un combat militant parce que je crois à
l'amélioration de la société. La présence
affectueuse et dynamique du premier cercle des gens de l'association
est un extraordinaire réconfort mais je crois que,
eux aussi, sont engagés dans une action militante qui
dépasse le problème d'un enfant. Nous avons
tous pris conscience des vides et des lacunes qui existaient
au niveau des institutions.
Par exemple...
Essayez de me trouver la statistique à jour des disparitions
d'enfants pour 2003? Prenez aussi la dernière conférence
de presse organisée au ministère de la Justice
pour annoncer la mise en pace d'un numéro vert présenté
comme servant à la disparition d'enfant. Ce numéro,
qui n'existe toujours pas, sera limité aux fugues et
s'achemine vers la mise en place d'un super répondeur
téléphonique. Je n'appelle pas ça une
progression adaptée au problème des disparitions.
La façon dont a été traitée la
disparition de Jonathan (découverte le 7 avril, NDLR),
n'a pas été non plus un modèle du genre.
Plus personne n'en parle aujourd'hui et il n'y a pas d'organisme
capable de répondre et de fournir des éléments
sur cette enquête. Un groupe d'enquête est mis
en place mais à obtenir des informations quand on n'est
pas partie civile.
Que proposez-vous pour mieux traiter
le problème des disparus...
Notre projet, c'est la mise en place d'une ONG consacrée
aux disparitions d'enfants sur les trois volets: fugues, disparitions
inquiétantes et enlèvements parentaux. Nous
ne comprenons pas pourquoi cette idée ne recueille
pas le soutien des pouvoirs publics. On a évalué
le budget de fonctionnement nécessaire: 150.000 euros
la première année. Un conseiller de Sarkozy
nous a répondu que notre projet n'était pas
pertinent parce que ce que nous proposons existait déjà
et fonctionnait parfaitement.
Ne craignez-vous pas d'apparaître
comme une cellule d'enquête parallèle alors qu'un
groupe travaille à plein temps sur la disparition d'Estelle
?
L'association «Estelle» n'a aucune volonté
de devenir enquêteur. Les enquêteurs compétents,
ce sont les services publics et les fonctionnaires missionnés
pour cette tâche et personne d'autre. L'association
peut servir à la collecte d'informations, parce qu'on
reçoit des milliers de mails. Mais la vérification
des informations ne peut être réalisée
que par les services de police.
Quel est votre état d'esprit
aujourd'hui ?
La détermination est intacte. Les gens qui nous voient
de l'extérieur ont du mal à imaginer l'enthousiasme
et la volonté d'aller de l'avant de tous les membres
de l'association (environ 500, ndlr). On travaille dans un
climat extraordinaire et j'irai même jusqu'à
dire de bonne humeur. Nous n'avons pas des têtes d'enterrement.
Il n'y a pas de culpabilité, il n'y en a jamais eu.
La seule culpabilité, c'est celle qu'on peut essayer
de vous instiller quand on cherche à vous faire croire
pendant un mois que votre fille a fugué...