Dernière mise à jour : 15/05/2004

 

«Les lacunes et les vides» dans les enquêtes sur les dispartions d'enfants

 



490 jours après la disparition de sa fille Estelle, Eric Mouzin souhaite lancer une ONG sur les disparitions d'enfants. Entretien.


490 jours après la disparition d'Estelle Mouzin (1), Eric, son père, dit avoir vécu autant de journées «d'espoir et de désespoir». Un sentiment qu'il partage avec les parents de Jonathan, Marion, Karine, Joffrey, Ludovic, Aurore, Léo... et beaucoup d'autres, dont les enfants n'ont jamais retrouvé leurs chez eux sans qu'on sache ce qu'il leur est arrivé: «Il est difficile d'imaginer la quantité de drame, de tristesse, de souffrance, qu'il y a chaque fois que le téléphone sonne. Et ce sont des gens qui pour certains ont des enfants disparus depuis un an, trois ans, cinq ans». Le 9 janvier 2003, 18h00, Estelle venait de quitter son école du Val-Guermantes. On l'a aperçue pour la dernière fois à la boulangerie. Il lui restait encore dix minutes de marche à parcourir pour renter chez elle, seule, par moins 5 degrés, dans la nuit qui venait de tomber sur un village couvert de neige.

Jeudi, les membres de l'association Estelle ont lancé un appel pour que le 25 mai 2004, journée internationale des enfants disparus, aucun d'entre eux ne soit oublié. Un rassemblement sera organisé à partir de 20h00 au champ de Mars et des lumières d'espoir seront allumées par tous ceux qui donneront échos à la manifestation. Ce que l'association attend de cette mobilisation? Qu'elle donne un coup d'accélérateur à leur projet: la création d'une ONG consacrée à la disparition d'enfants alors que, selon lui, aucune statistique précise sur le nombre d'enfants disparus n'est aujourd'hui disponible en France. Dans un entretien à Libération, Eric Mouzin confie ses espoirs, ses craintes et les raisons de son combat.

Plus d'un an après la disparition d'Estelle, avez-vous trouvé un refuge dans l'action?
Je mène un combat militant parce que je crois à l'amélioration de la société. La présence affectueuse et dynamique du premier cercle des gens de l'association est un extraordinaire réconfort mais je crois que, eux aussi, sont engagés dans une action militante qui dépasse le problème d'un enfant. Nous avons tous pris conscience des vides et des lacunes qui existaient au niveau des institutions.

Par exemple...
Essayez de me trouver la statistique à jour des disparitions d'enfants pour 2003? Prenez aussi la dernière conférence de presse organisée au ministère de la Justice pour annoncer la mise en pace d'un numéro vert présenté comme servant à la disparition d'enfant. Ce numéro, qui n'existe toujours pas, sera limité aux fugues et s'achemine vers la mise en place d'un super répondeur téléphonique. Je n'appelle pas ça une progression adaptée au problème des disparitions. La façon dont a été traitée la disparition de Jonathan (découverte le 7 avril, NDLR), n'a pas été non plus un modèle du genre. Plus personne n'en parle aujourd'hui et il n'y a pas d'organisme capable de répondre et de fournir des éléments sur cette enquête. Un groupe d'enquête est mis en place mais à obtenir des informations quand on n'est pas partie civile.

Que proposez-vous pour mieux traiter le problème des disparus...
Notre projet, c'est la mise en place d'une ONG consacrée aux disparitions d'enfants sur les trois volets: fugues, disparitions inquiétantes et enlèvements parentaux. Nous ne comprenons pas pourquoi cette idée ne recueille pas le soutien des pouvoirs publics. On a évalué le budget de fonctionnement nécessaire: 150.000 euros la première année. Un conseiller de Sarkozy nous a répondu que notre projet n'était pas pertinent parce que ce que nous proposons existait déjà et fonctionnait parfaitement.

Ne craignez-vous pas d'apparaître comme une cellule d'enquête parallèle alors qu'un groupe travaille à plein temps sur la disparition d'Estelle ?
L'association «Estelle» n'a aucune volonté de devenir enquêteur. Les enquêteurs compétents, ce sont les services publics et les fonctionnaires missionnés pour cette tâche et personne d'autre. L'association peut servir à la collecte d'informations, parce qu'on reçoit des milliers de mails. Mais la vérification des informations ne peut être réalisée que par les services de police.

Quel est votre état d'esprit aujourd'hui ?
La détermination est intacte. Les gens qui nous voient de l'extérieur ont du mal à imaginer l'enthousiasme et la volonté d'aller de l'avant de tous les membres de l'association (environ 500, ndlr). On travaille dans un climat extraordinaire et j'irai même jusqu'à dire de bonne humeur. Nous n'avons pas des têtes d'enterrement. Il n'y a pas de culpabilité, il n'y en a jamais eu. La seule culpabilité, c'est celle qu'on peut essayer de vous instiller quand on cherche à vous faire croire pendant un mois que votre fille a fugué...

Par Ludovic Blecher
pix
jeudi 13 mai 2004 (Liberation.fr - 16:33)
 

 

Voyez l'agenda de la journée du 25 mai sur http://www.association-estelle.org