Les journées
de Michel Fourniret, 62 ans, sont désormais rythmées
par les visites de la police. Les enquêteurs français
et belges interrogent inlassablement le tueur en série
présumé des Ardennes, mis en examen pour enlèvements,
séquestrations, viols, meurtres, escroqueries, et incarcéré
depuis juin 2003 à la prison de Dinant, en Belgique.
Pièce par pièce, ils tentent de reconstituer
le puzzle de son emploi du temps des quinze dernières
années, en France comme en Belgique. Il s’agit
d’élucider une trentaine de dossiers de disparitions
inexpliquées rien qu’en France, auxquelles le
nom de ce sexagénaire pourrait être rattaché.
Cette semaine encore, Michel Fourniret a dû répondre
aux questions des policiers sur l’enlèvement
d’Estelle Mouzin. L’enfant de 11 ans, disparue
le 9 janvier 2003 au retour de l’école de Guermantes
(Seine-et-Marne), habitait la même ville que la fille
de Michel Fourniret. Celui-ci a toujours nié être
l’auteur de l’agression. Son alibi semble solide
: il se trouvait à son domicile belge à l’heure
des faits, une conversation téléphonique l’attesterait.
«Nous n’avons pas d’éléments
tangibles le reliant à Estelle Mouzin», indique
le procureur général de Reims, Yves Charpenel,
en charge d’une partie du dossier.
Pour l’heure, la liste des meurtres avoués par
Michel Fourniret reste donc bloquée à huit.
Toutes les victimes sont des femmes, souvent très jeunes,
enlevées et assassinées dans l’Yonne,
les Yvelines, la Marne, les Ardennes, la Vendée et
la Belgique, de 1987 à 2001. Soit sept Françaises
et une fillette belge. «Il a également reconnu
un certain nombre d’agressions non mortelles»,
précise Yves Charpenel.
Le tueur recherché a toujours été
méticuleux
Ce décompte sordide pourrait s’alourdir encore
: «Il ne nous a pas fait le grand déballage, constate-t-on
prudemment au parquet de Reims. Il conserve une marge de manœuvre.
Il se doute qu’il ne repartira plus jamais en chasse.
Peut-être veut-il se faire plaisir. Alors, il joue.»
Ce manipulateur intelligent, qui s’est également
approprié le butin du «gang des postiches»,
sait que son attitude pèse sur le déroulement
de l’enquête. La police le tient, le presse ?
Lui tente de la ralentir, d’orienter la procédure.
Parfois il se mure dans le silence, prétend choisir
ses interlocuteurs, lâche des informations au compte-gouttes.
Le lendemain, au contraire, il lance les enquêteurs
sur de nouvelles fausses pistes. C’est une manière
d’exister. «Il ne parle que quand il est confronté
à des faits», selon un de ses avocats belges,
Luc Balleux.
L’homme, qui a exercé de multiples professions
(mécanicien, technicien…), passe pour avoir un
sang-froid à toute épreuve. «Francis Heaulme,
en comparaison, paraissait beaucoup plus fruste, souligne
Yves Charpenel. Il se roulait par terre lorsqu’il était
confondu. À l’inverse, Fourniret demeure maître
de ses nerfs.» Pointilleux, tatillon, le prévenu
vérifie ses propos avec soin dans les procès-verbaux,
corrigeant ici l’orthographe, là une virgule
qui ne refléterait pas à l’identique son
phrasé soigné.
Or, le tueur recherché a toujours été
méticuleux. Dans ses virées mortelles, il évitait
soigneusement d’utiliser sa carte bleue ou de prendre
l’autoroute. Étranglement, arme blanche, pistolet…
Ses modes opératoires – les policiers parlent
de «signatures» – sont variés et
donc difficilement identifiables. Il a brouillé les
pistes jusqu’à mettre ses crimes sur le dos des
autres. N’a-t-il pas utilisé un tournevis cruciforme
pour tuer une fille et la déposer sur une plage, à
la manière précisément de Francis Heaulme
?
«On n’est pas loin de le voir craquer»
Michel Fourniret a néanmoins une faille de taille dans
sa froide stratégie : sa femme Monique Olivier, également
mise en examen pour complicité de meurtres. C’est
elle qui a levé le voile en juin 2004 sur des crimes
de son mari. À ce moment, il purgeait une peine d’emprisonnement
pour une tentative d’enlèvement d’une fillette
en Belgique.
La justice était loin de se douter qu’elle pouvait
avoir affaire à un tueur en série. Les archives
policières mentionnaient bien une «quinzaine
d’agressions à caractère sexuel entre
1974 et 1984 perpétrées dans les Yvelines, l’Essonne
et l’Eure-et-Loir». Des délits qui avaient
conduit Michel Fourniret à passer trois ans en prison.
De meurtre, il n’était alors pas question. Michel
Fourniret a accueilli sans broncher les aveux de sa femme.
Longtemps, il a tenté de minimiser son rôle.
Récemment, pourtant, sa détermination a vacillé.
«Les nouvelles révélations de sa femme
l’ont profondément énervé»,
rapporte Yves Charpenel. Monique Olivier l’a accusé
de 14 assassinats supplémentaires et a donné
une description détaillée de deux adolescentes,
disparues dans l’Yonne et jamais retrouvées.
«On n’est pas loin de le voir craquer. Nous souhaitons
organiser un procès dans les deux ans afin de juger
les affaires bien étayées. Pour les autres,
les interrogatoires se poursuivront le temps qu’il faut»,
pronostique le procureur.
Ex: http://www.la-croix.com/article/