Dernière mise à jour : 13/02/2005

 

Ados amateurs d'images de pornographie avec enfants

 

INTERNET La dernière opération d'envergure contre les consommateurs de pornographie enfantine a révélé que 20% des délinquants étaient des mineurs

L'écolier A avait donné des instructions claires à son camarade en lui faisant cadeau d'un CD contenant des photos. Il ne devait surtout pas l'ouvrir sur son ordinateur à la maison. L'écolier B a donc regardé les photos dans la salle d'informatique de l'école de Selzach (SO). Le CD comportait des images de pornographie enfantine. «Nous avons ouvert une procédure contre ces deux personnes», annonce Bruno Hug, procureur pour enfants. Les deux suspects ont 13 et 14 ans.

Pères soupçonnés en premier lieu
Cette histoire illustre le nouveau problème auquel sont confrontées la police et les autorités judiciaires. Les consommateurs de pornographie enfantine sont de plus en plus jeunes. Lors de l'opération «Canalgrande», la dernière action de la police dans toute la Suisse contre la pornographie sur Internet, près de 20% des délinquants présumés étaient des mineurs.

«Les soupçons des enquêteurs se sont d'abord portés sur les pères, précise Marcel Strebel, de la police cantonale de Zurich. Mais nous avons vite découvert que, dans de très nombreux cas, c'étaient les fils qui téléchargeaient des images pornographiques dans l'ordinateur de la famille. Et nous avons aussi constaté que la plupart des parents ne savent absolument pas ce que font leurs enfants sur Internet.» Le plus jeune des suspects zurichois est né en 1990. La police a aussi ouvert des procédures dans les cantons d'Argovie, d'Uri, de Lucerne et de Thurgovie.

Bourses d'échange en ligne
Les jeunes ont obtenu ces photos pornos dans des bourses d'échange sur le Web, dont le but est en fait de permettre l'échange de musique ou de films. Des sites qui n'étaient pas dans le viseur des enquêteurs. «Nous nous sommes surtout concentrés dans le passé sur les gens qui achetaient des images interdites avec leur carte de crédit», explique Guido Balmer, de l'Office fédéral de la police, qui ajoute: «Les enfants et les ados ne pouvaient évidemment pas le faire. Mais, dans les bourses, ces images sont gratuites.»

Une étude américaine de 2003 avait déjà montré que la plupart des bourses d'échange en ligne ne proposaient pas que des chansons de groupes pop. Et, déjà à l'époque, 6% du matériel téléchargé étaient des images de pornographie enfantine. «Les gens qui échangent des images sur le Net se rendent non seulement coupables de consommation, mais aussi de diffusion», annonce Markus Melzl, du Parquet de Bâle. Ce qui signifie que les jeunes deviennent alors des distributeurs de pornographie et qu'ils seront plus sévèrement punis.

ANDREA BLEICHER - «SONNTAGSZEITUNG» (ADAPTATION: LUC CONSTANT) 12.02.2005