La voilà, le cœur battant, face
à l’assistante sociale. Celle-ci l’informe
que le délai de prescription (trois ans pour un délit
et dix ans pour un crime) ne commence à courir qu’à
compter de ses dix-huit ans. Même si la dernière
agression date de trois ans, elle peut encore porter plainte.
10 mars 2004, Camille se rend, accompagnée de ses parents,
à la brigade de gendarmerie de Roquevaire. La vue des
uniformes l’impressionne. Le gendarme Stéphane
Discala la rassure. « Ta déclaration peut être
filmée et enregistrée avec ton accord, il faut
se déplacer à la BPDJ d’Aix-en-Provence
». Après un instant de réflexion, la jeune
fille accepte. Le parquet de Marseille est avisé. Un
message, adressé à la BPDJ, demande le détachement
d’un personnel aux fins de bénéficier
des dispositions de l’article 21-1 du Code de procédure
pénale (CPP).
Un court voyage en voiture et Camille rencontre le gendarme
Sandrine Vauthier de la BPDJ. Cette dernière lui explique
ce qui va se passer et lui fait visiter les lieux. On se croirait
dans une chambre d'enfant : des jouets, de la pâte à
modeler, des crayons, des livres, des couleurs harmonieuses.
L'endroit est volontairement accueillant et convivial.
La fillette est confiée à Eric Aprosi, psychologue
réquisitionné. Il évalue les troubles
de la victime et facilite sa coopération, avant d’établir
son rapport détaillé. La gendarme Vauthier informe
ensuite Camille, qu’en vertu de l’article 706-52
du CPP, son audition peut faire l’objet d’un enregistrement
sonore ou audiovisuel. Elle y consent. Elle l’invite
à entrer dans une petite pièce. Au milieu se
trouvent une table basse et deux fauteuils. A l’autre
bout, une caméra sur pied et un micro enregistrent
ses moindres faits et gestes. L’entretien est difficile.
Camille s’interrompt à plusieurs reprises. Compatissante,
la gendarme n’en reste pas moins précise, sollicitant
des détails, reprenant les mots employés par
l’adolescente, essayant de faire préciser des
aspects plus obscurs. Toute la difficulté sera de ne
pas l’influencer dans ses réponses. Dans la pièce
voisine, un moniteur retransmet la scène. Un militaire
saisit sur un ordinateur tous les propos. À l’issue
de l’entretien, un procès-verbal est imprimé.
La jeune fille le signe. Une copie de la cassette vidéo
est placée sous scellés en vue d’être
utilisée ultérieurement dans la phase d’instruction
ou de jugement. Lors du procès, la jeune victime sera
peut-être absente. Son avocat pourra alors projeter
la vidéo afin de faire entendre ce que l'enfant a à
dire. L’autre exemplaire servira de support de travail
pour les enquêteurs. Après un délai de
cinq ans à compter de la date d'extinction de l'action
publique, enregistrement et copie seront détruits dans
le délai d'un mois. La gendarme Sandrine Vauthier félicite
Camille pour son courage. Elle la remet entre les mains de
l’OPJ. Comme tout mineur victime d'une infraction sexuelle,
elle peut faire l'objet d'une expertise médico-psychologique
destinée à évaluer la nature et l'importance
du préjudice subi et à établir si des
traitements ou des soins appropriés sont nécessaires.
L’OPJ accompagne Camille chez un gynécologue
pour les différents examens. A l’issue, son rapport
est joint à la procédure
« Dans un procès pour abus sexuel
sur mineur, l'essentiel se joue à la première
audition, quand l'enfant n'a pas encore dû répondre
à deux mille questions », constate le gendarme
Durand. L'enfant peut avoir le sentiment que sa parole est
mise en doute, se sentir responsable et finir par douter de
la sincérité de son témoignage. L’enregistrement
limite le nombre d’auditions de la victime et facilite
son expression, tout en permettant d'y déceler les
éléments non verbalisés et de les mémoriser
pour la procédure. La principale difficulté
est de la mettre en confiance. « On commence toujours
par se présenter et on explique notre rôle de
protection. Puis, on donne la parole à l’enfant
qui lui aussi se présente. On lui demande de nous raconter
pourquoi il est là. Son récit terminé,
on reformule l’histoire avant de lui poser des questions,
les moins subjectives possibles. On vérifie le sens
des mots qu’il emploie. Suivant son âge, il n'a
pas la même manière de se souvenir. Il ne faut
pas perdre patience. »