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Le
juge d'instruction a classé l'affaire de l'enfant découvert
gravement blessé à Veysonnaz: rien n'indique qu'un tiers serait
impliqué.
L'enquête
du juge d'instruction valaisan Nicolas Dubuis a conclu que
le chien est seul responsable du drame survenu le 7 février
2002 à Veysonnaz, au-dessus de Sion. «C'est Rocky qui lui
a fait bobo; c'est Rocky qui a mordu partout, partout», les
affirmations du frère cadet de Luca, lui-même mordu et griffé
par le chien, ont été jugées
«fortement crédibles par les pédopsychiatres» (voir ci-dessous).

Elles
ont été confirmées par une trace de morsure du chien sur la
fesse de Luca. En outre, «l'ADN de cet animal - et de lui
seul - a été découvert sur les multiples accrocs et déchirures
des vêtements portés par la victime», a constaté l'Office
du juge d'instruction cantonal dans un communiqué publié jeudi.
Epuisement
physique
Les experts de l'Institut de médecine légale de Lausanne favorisent
également la thèse selon laquelle le berger allemand de la
famille est à l'origine des lésions subies par l'enfant. «Débordé
par les assauts de Rocky, Luca a donc été amené à se défaire
progressivement de ses vêtements afin de faire lâcher prise
à l'animal».
Luca s'est
alors partiellement dénudé, ce qui explique l'hypothermie
dans laquelle il a été retrouvé. Celle-ci a été favorisée
par «l'épuisement physique de l'enfant en raison de sa lutte
avec l'animal mal éduqué et d'un poids supérieur au sien,
la nuit, en terrain accidenté, pentu et recouvert de neige».
Tous
innocentés
Aucune des investigations scientifiques, policières et judiciaires
effectuées n'a révélé le moindre indice en faveur de l'intervention
d'un tiers, a constaté le juge d'instruction. Les personnes
successivement mises en cause ont été innocentées. Les accusations
à leur encontre ont toutes fait l'objet d'une instruction
et se sont révélées infondées. La décision de classement de
l'enquête peut faire l'objet d'un recours à la Chambre pénale
du Tribunal cantonal valaisan dans les dix jours.
L'enfant
de sept ans avait été retrouvé gisant dans la neige, inanimé
et partiellement dévêtu, après être parti en promenade avec
son jeune frère de quatre ans environ et leur berger allemand,
âgé de six mois. Son corps portait des marques de griffures.
Il avait été hospitalisé à Sion, puis à Genève. Il en porte
encore aujourd'hui de graves séquelles.
Le
père veut continuer à se battre
S'il n'est pas surpris, Nicolas Mongelli, le père de Luca,
est évidemment très déçu. «Depuis qu'il est sorti de son coma,
Luca a toujours affirmé avoir été agressé par une personne
sans jamais donner de nom. Mais son témoignage ne compte pas
pour les juges, car il a été trois mois dans le coma. Je ne
pourrai jamais accepter cela. Même s'il est aveugle et tétraplégique,
mon fils a retrouvé aujourd'hui toute son intelligence et
n'est pas un menteur.» Ce dernier, qui vit désormais en Italie
avec sa mère, ne veut d'ailleurs plus jamais revenir en Suisse.
«Il est dégoûté par tout cela.» Mais Nicolas Mongelli, qui
travaille à Genève, compte bien se battre jusqu'au Tribunal
fédéral s'il le faut. «Je ne peux accepter la manière dont
l'enquête a été menée. Tout a été orienté pour que le chien
soit le seul coupable, alors que d'autres pistes existaient.
Dans le dossier, il y a des dizaines d'exemples qui prouvent
cette attitude. Par exemple, on ne tient pas compte des analyses
de la «profiler» qui est venue sur place à Veysonnaz mener
l'enquête, car on la traite de «ménagère». Il faut savoir
tout de même que cette dame a été l'une des premières à découvrir
l'affaire Dutroux en Belgique. De toute manière, nous allons
tout faire pour démonter ces interprétations très hasardeuses.»
Dans cette affaire, Nicolas Mongelli éprouve un grand regret.
«Quand la police m'a demandé si j'avais des soupçons ou des
doutes, je les ai dits en toute confiance, comme chaque papa
aurait fait. Mais jamais je n'ai voulu nuire à ces personnes.
Jamais! Je regrette tout ce qui est sorti dans la presse à
ce sujet. Encore une fois, la police et la justice n'ont pas
fait leur travail.»
Vincent
Fragnière LeNouvelliste
Rocky»,
le berger allemand de la famille Mongelli, est à l’origine
des lésions constatées sur le petit Luca. L’enfant avait été
retrouvé partiellement dévêtu, blessé, inanimé et en hypothermie
dans un pré enneigé de Veysonnaz en février 2002.
«C'est
un terrible drame humain» Propos recueillis
par Jean Bonnard
Dans l'affaire du petit Luca, la justice valaisanne a été
mise sous pression. Le premier juge d'instruction a jeté l'éponge,
et le juge cantonal Jo Pitteloud a subi de vives critiques.
L'enquête a été finalement portée à son terme par le juge
Nicolas Dubuis.
Monsieur
le juge, quels sont les éléments principaux qui ont forgé
votre conviction que le chien Rocky est la cause du drame?
Nicolas
Dubuis: - Je souhaite préciser qu'avant d'être un dossier
judiciaire, l'affaire Mongelli est un terrible drame humain
pour une famille qui se retrouve du jour au lendemain avec
un enfant handicapé, sans comprendre les raisons de ce drame.
Je respecte leur souffrance.
Mais
encore?
Il y a d'abord les déclarations du petit Marco, le seul témoin
et qui a lui-même été mordu par le chien. Il ne parle que
de Rocky, Rocky méchant... Rocky fait bobo à Luca...». Il
n'y a jamais de tiers qui apparaissent dans sa version initiale.
Marco a été entendu le lendemain par une psychologue en présence
d'un médecin. Son audition a été analysée par plusieurs pédopsychiatres
qui ont conclu que sa version était hautement crédible. Marco
a d'ailleurs immédiatement donné cette même version aux personnes
chez qui il avait passé la nuit du 7 février et au médecin
de famille le lendemain. »
L'autre
élément capital, c'est l'expertise du professeur Patrice Mangin,
doyen de la Faculté de médecine de Lausanne et directeur de
l'Institut de médecine légale, qui s'est entouré de spécialistes
de Lausanne, Genève et Zurich. Il y a aussi les conclusions
de l'Institut médico-légal de Genève sur les déclarations
de Luca. Les médecins soignant Luca se sont déterminés sur
leurs interventions. Des vétérinaires comportementalistes
ont aussi examiné le chien. La police et moi avons entendu
plus de 45 personnes. Nous sommes remontés très loin et avons
cherché à voir comment évoluait Luca dans son quotidien. Je
ne vois pas ce que l'on aurait pu faire de plus dans cette
affaire.
"Quelles
traces d'ADN avez-vous trouvées?
L'ADN de Rocky a été trouvé avec certitude à 7 endroits sur
les habits portés par Luca aux emplacements des déchirures
des vêtements. Aucun ADN d'un tiers n'a été découvert.
Avez-vous
examiné les éléments fournis par un enquêteur privé et une
profileuse belge?
- Oui. Ces éléments ont été versés au dossier et ont fait
l'objet d'instructions qui ont révélé que les accusations
portées étaient infondées.
La
famille a déjà parlé de 50 erreurs dans le dossier?
- Elle a fait valoir une cinquantaine de moyens de preuves
supplémentaires Je les ai rejetées après examen minutieux,
car elles n'amenaient rien de nouveau.
Quel
est le coût d'une telle enquête?
- 66000 francs, montant qui a été mis à la charge de l'Etat.
Y a-t-il
un point positif au terme de cette enquête?
- Oui. Cette affaire a mis en lumière les avantages de l'office
du juge d'instruction cantonal. Un tel dossier de 2000 pages,
avec ce que cela implique notamment de travail, relations
avec la presse et les experts, pour un juge seul qui doit
traiter les affaires courantes, est excessivement difficile
à gérer. L'Office nous permet de nous y consacrer, puisque
nous ne prenons que le sommet de l'iceberg des affaires judiciaires
et avons ainsi plus de temps pour un seul dossier.
LeNouvelliste
et La Liberté
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