Dernière mise à jour : 28/02/2004

 

CH-Valais:
Dans le drame de Luca, le chien est désigné seul coupable

 

Le juge d'instruction a classé l'affaire de l'enfant découvert gravement blessé à Veysonnaz: rien n'indique qu'un tiers serait impliqué.

L'enquête du juge d'instruction valaisan Nicolas Dubuis a conclu que le chien est seul responsable du drame survenu le 7 février 2002 à Veysonnaz, au-dessus de Sion. «C'est Rocky qui lui a fait bobo; c'est Rocky qui a mordu partout, partout», les affirmations du frère cadet de Luca, lui-même mordu et griffé par le chien, ont été jugées «fortement crédibles par les pédopsychiatres» (voir ci-dessous).

Elles ont été confirmées par une trace de morsure du chien sur la fesse de Luca. En outre, «l'ADN de cet animal - et de lui seul - a été découvert sur les multiples accrocs et déchirures des vêtements portés par la victime», a constaté l'Office du juge d'instruction cantonal dans un communiqué publié jeudi.

Epuisement physique
Les experts de l'Institut de médecine légale de Lausanne favorisent également la thèse selon laquelle le berger allemand de la famille est à l'origine des lésions subies par l'enfant. «Débordé par les assauts de Rocky, Luca a donc été amené à se défaire progressivement de ses vêtements afin de faire lâcher prise à l'animal».

Luca s'est alors partiellement dénudé, ce qui explique l'hypothermie dans laquelle il a été retrouvé. Celle-ci a été favorisée par «l'épuisement physique de l'enfant en raison de sa lutte avec l'animal mal éduqué et d'un poids supérieur au sien, la nuit, en terrain accidenté, pentu et recouvert de neige».

Tous innocentés
Aucune des investigations scientifiques, policières et judiciaires effectuées n'a révélé le moindre indice en faveur de l'intervention d'un tiers, a constaté le juge d'instruction. Les personnes successivement mises en cause ont été innocentées. Les accusations à leur encontre ont toutes fait l'objet d'une instruction et se sont révélées infondées. La décision de classement de l'enquête peut faire l'objet d'un recours à la Chambre pénale du Tribunal cantonal valaisan dans les dix jours.

L'enfant de sept ans avait été retrouvé gisant dans la neige, inanimé et partiellement dévêtu, après être parti en promenade avec son jeune frère de quatre ans environ et leur berger allemand, âgé de six mois. Son corps portait des marques de griffures. Il avait été hospitalisé à Sion, puis à Genève. Il en porte encore aujourd'hui de graves séquelles.

Le père veut continuer à se battre
S'il n'est pas surpris, Nicolas Mongelli, le père de Luca, est évidemment très déçu. «Depuis qu'il est sorti de son coma, Luca a toujours affirmé avoir été agressé par une personne sans jamais donner de nom. Mais son témoignage ne compte pas pour les juges, car il a été trois mois dans le coma. Je ne pourrai jamais accepter cela. Même s'il est aveugle et tétraplégique, mon fils a retrouvé aujourd'hui toute son intelligence et n'est pas un menteur.» Ce dernier, qui vit désormais en Italie avec sa mère, ne veut d'ailleurs plus jamais revenir en Suisse. «Il est dégoûté par tout cela.» Mais Nicolas Mongelli, qui travaille à Genève, compte bien se battre jusqu'au Tribunal fédéral s'il le faut. «Je ne peux accepter la manière dont l'enquête a été menée. Tout a été orienté pour que le chien soit le seul coupable, alors que d'autres pistes existaient. Dans le dossier, il y a des dizaines d'exemples qui prouvent cette attitude. Par exemple, on ne tient pas compte des analyses de la «profiler» qui est venue sur place à Veysonnaz mener l'enquête, car on la traite de «ménagère». Il faut savoir tout de même que cette dame a été l'une des premières à découvrir l'affaire Dutroux en Belgique. De toute manière, nous allons tout faire pour démonter ces interprétations très hasardeuses.» Dans cette affaire, Nicolas Mongelli éprouve un grand regret. «Quand la police m'a demandé si j'avais des soupçons ou des doutes, je les ai dits en toute confiance, comme chaque papa aurait fait. Mais jamais je n'ai voulu nuire à ces personnes. Jamais! Je regrette tout ce qui est sorti dans la presse à ce sujet. Encore une fois, la police et la justice n'ont pas fait leur travail.»

Vincent Fragnière LeNouvelliste

Rocky», le berger allemand de la famille Mongelli, est à l’origine des lésions constatées sur le petit Luca. L’enfant avait été retrouvé partiellement dévêtu, blessé, inanimé et en hypothermie dans un pré enneigé de Veysonnaz en février 2002.

«C'est un terrible drame humain» Propos recueillis par Jean Bonnard
Dans l'affaire du petit Luca, la justice valaisanne a été mise sous pression. Le premier juge d'instruction a jeté l'éponge, et le juge cantonal Jo Pitteloud a subi de vives critiques. L'enquête a été finalement portée à son terme par le juge Nicolas Dubuis.

Monsieur le juge, quels sont les éléments principaux qui ont forgé votre conviction que le chien Rocky est la cause du drame?

Nicolas Dubuis: - Je souhaite préciser qu'avant d'être un dossier judiciaire, l'affaire Mongelli est un terrible drame humain pour une famille qui se retrouve du jour au lendemain avec un enfant handicapé, sans comprendre les raisons de ce drame. Je respecte leur souffrance.

Mais encore?
Il y a d'abord les déclarations du petit Marco, le seul témoin et qui a lui-même été mordu par le chien. Il ne parle que de Rocky, Rocky méchant... Rocky fait bobo à Luca...». Il n'y a jamais de tiers qui apparaissent dans sa version initiale. Marco a été entendu le lendemain par une psychologue en présence d'un médecin. Son audition a été analysée par plusieurs pédopsychiatres qui ont conclu que sa version était hautement crédible. Marco a d'ailleurs immédiatement donné cette même version aux personnes chez qui il avait passé la nuit du 7 février et au médecin de famille le lendemain. »

L'autre élément capital, c'est l'expertise du professeur Patrice Mangin, doyen de la Faculté de médecine de Lausanne et directeur de l'Institut de médecine légale, qui s'est entouré de spécialistes de Lausanne, Genève et Zurich. Il y a aussi les conclusions de l'Institut médico-légal de Genève sur les déclarations de Luca. Les médecins soignant Luca se sont déterminés sur leurs interventions. Des vétérinaires comportementalistes ont aussi examiné le chien. La police et moi avons entendu plus de 45 personnes. Nous sommes remontés très loin et avons cherché à voir comment évoluait Luca dans son quotidien. Je ne vois pas ce que l'on aurait pu faire de plus dans cette affaire.

"Quelles traces d'ADN avez-vous trouvées?
L'ADN de Rocky a été trouvé avec certitude à 7 endroits sur les habits portés par Luca aux emplacements des déchirures des vêtements. Aucun ADN d'un tiers n'a été découvert.

Avez-vous examiné les éléments fournis par un enquêteur privé et une profileuse belge?
- Oui. Ces éléments ont été versés au dossier et ont fait l'objet d'instructions qui ont révélé que les accusations portées étaient infondées.

La famille a déjà parlé de 50 erreurs dans le dossier?
- Elle a fait valoir une cinquantaine de moyens de preuves supplémentaires Je les ai rejetées après examen minutieux, car elles n'amenaient rien de nouveau.

Quel est le coût d'une telle enquête?
- 66000 francs, montant qui a été mis à la charge de l'Etat.

Y a-t-il un point positif au terme de cette enquête?
- Oui. Cette affaire a mis en lumière les avantages de l'office du juge d'instruction cantonal. Un tel dossier de 2000 pages, avec ce que cela implique notamment de travail, relations avec la presse et les experts, pour un juge seul qui doit traiter les affaires courantes, est excessivement difficile à gérer. L'Office nous permet de nous y consacrer, puisque nous ne prenons que le sommet de l'iceberg des affaires judiciaires et avons ainsi plus de temps pour un seul dossier.

LeNouvelliste et La Liberté