mercredi
4 février 2004, 1er Cahier, La
Liberté
Un jeune Suisse
a été arrêté au Costa Rica en décembre
2003. Il était accompagné de neuf bébés
guatémaltèques sortis illégalement du
pays et destinés à des futurs parents américains
et européens prêts à payer 50 000 francs
pour leur bonheur. Ce Suisse, d'origine fribourgeoise,
est actuellement en détention préventive et
on ne connaît pas encore les charges exactes qui pèsent
contre lui. Il bénéficie de la protection consulaire,
confirme le Département fédéral des affaires
étrangères.
Selon Casa Alianza, une organisation qui s'occupe des enfants
des rues d'Amérique centrale, le Guatemala a le plus
fort taux d'adoption au monde (3000 enfants en 2002). Le pays
a ratifié la convention mais la Cour constitutionelle
a declaré que la ratification était inconstitutionnelle
sur une plainte d'un groupe d'avocats assez puissant. Un indice
qu'il y a de l'argent à gagner.
Le réseau auquel appartenait le jeune Suisse,
indique Casa Alianza, se procure des enfants au Guatemala
et leur fait passer la frontière du Costa Rica. Là,
des jeunes filles reconnaissent l'enfant comme étant
le leur et signent des papiers pour l'adoption internationale.
Selon la «Sonntagszeitung» du 14 décembre
2003, deux fillettes auraient suivi le même chemin avant
d'arriver récemment en Suisse.
l'offre
et la demande
Marlène Hofstetter connaît très bien d'autres
mécanismes qui fonctionnent dans le monde: un père
adoptif signe une reconnaissance en paternité, un couple
fait enregistrer un nouveau-né comme étant le
sien, on annonce la mort du bébé à sa
mère, et il renaît sous une autre identité...
L'adoption illégale prospère parce que des mères
vivent dans la plus grande des précarités, parce
que des intermédiaires, souvent des avocats, ont compris
l'intérêt qu'ils pouvaient tirer de parents adoptifs
prêts à fermer les yeux et à ouvrir leur
porte-monnaie pour leur bonheur. Et, comme le mentionne Marlène
Hofstetter, un tampon sur un document n'est pas une garantie,
spécialement dans un pays où corruption et pots-de-vin
sont érigés en système. La Convention
internationale de La Haye est belle, estime-t-elle, son
application beaucoup moins probante.
A noter qu'en Suisse, l'adoption privée, c'est-à-dire
sans passer par des associations agréées du
type de Terre des hommes, reste possible. Elle concerne la
moitié des adoptions. C'est-à-dire que les parents,
une fois que l'autorité cantonale les a déclarés
aptes à l'adoption et leur a donné le feu vert,
peuvent très bien entreprendre seuls les démarches
dans un pays déterminé. Toutes les adoptions
privées ne sont pas contestables. Mais la faille est
là aussi.
Le fait
accompli
En Suisse, les autorités peuvent bien
avoir des soupçons, elles n'ont pas les moyens
d'enquêter pour prouver l'illégalité de
l'adoption. En cas de preuves que l'intérêt
de l'enfant n'est pas respecté, la procédure
peut être bloquée. «C'est par exemple le
cas lorsqu'on se rend compte que les parents ont payé
une somme disproportionnée à un avocat, explique
David Urwyler, chef du Service de la protection internationale
des enfants. On se dit alors qu'on est proche du trafic. Mais
il est rare que des parents avouent avoir payé cette
somme et c'est au pays d'origine de l'enfant de vérifier
que les frais à la charge des parents adoptifs correspondent
au service».
«La tâche des cantons et des intermédiaires
est aussi de sensibiliser les parents aux réalités
et aux risques qui existent dans ce domaine, poursuit-il.
Qu'ils sachent que lorsque l'enfant aura seize ans, il voudra
savoir dans quelles conditions il est arrivé».
«L'idée de trouver une famille pour un enfant
qui n'en a pas reste une cause noble. Le risque aujourd'hui
est qu'on se mette à chercher des enfants pour des
parents», conclut-il.
Terre des hommes croit également encore en l'adoption
internationale et va poursuivre ses activités dans
ce domaine. «Nous voulons prouver qu'il est possible
d'adopter un enfant en respectant les règles d'éthique»,
dit Marlène Hofstetter. MAG
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