Dernière mise à jour :
15.07.2004

Un jeune Fribourgeois a été arrêté au Costa Rica


mercredi 4 février 2004, 1er Cahier, La Liberté

 

Un jeune Suisse a été arrêté au Costa Rica en décembre 2003. Il était accompagné de neuf bébés guatémaltèques sortis illégalement du pays et destinés à des futurs parents américains et européens prêts à payer 50 000 francs pour leur bonheur. Ce Suisse, d'origine fribourgeoise, est actuellement en détention préventive et on ne connaît pas encore les charges exactes qui pèsent contre lui. Il bénéficie de la protection consulaire, confirme le Département fédéral des affaires étrangères.
Selon Casa Alianza, une organisation qui s'occupe des enfants des rues d'Amérique centrale, le Guatemala a le plus fort taux d'adoption au monde (3000 enfants en 2002). Le pays a ratifié la convention mais la Cour constitutionelle a declaré que la ratification était inconstitutionnelle sur une plainte d'un groupe d'avocats assez puissant. Un indice qu'il y a de l'argent à gagner.
Le réseau auquel appartenait le jeune Suisse, indique Casa Alianza, se procure des enfants au Guatemala et leur fait passer la frontière du Costa Rica. Là, des jeunes filles reconnaissent l'enfant comme étant le leur et signent des papiers pour l'adoption internationale. Selon la «Sonntagszeitung» du 14 décembre 2003, deux fillettes auraient suivi le même chemin avant d'arriver récemment en Suisse.

l'offre et la demande
Marlène Hofstetter connaît très bien d'autres mécanismes qui fonctionnent dans le monde: un père adoptif signe une reconnaissance en paternité, un couple fait enregistrer un nouveau-né comme étant le sien, on annonce la mort du bébé à sa mère, et il renaît sous une autre identité...
L'adoption illégale prospère parce que des mères vivent dans la plus grande des précarités, parce que des intermédiaires, souvent des avocats, ont compris l'intérêt qu'ils pouvaient tirer de parents adoptifs prêts à fermer les yeux et à ouvrir leur porte-monnaie pour leur bonheur. Et, comme le mentionne Marlène Hofstetter, un tampon sur un document n'est pas une garantie, spécialement dans un pays où corruption et pots-de-vin sont érigés en système. La Convention internationale de La Haye est belle, estime-t-elle,
son application beaucoup moins probante.
A noter qu'en Suisse, l'adoption privée, c'est-à-dire sans passer par des associations agréées du type de Terre des hommes, reste possible. Elle concerne la moitié des adoptions. C'est-à-dire que les parents, une fois que l'autorité cantonale les a déclarés aptes à l'adoption et leur a donné le feu vert, peuvent très bien entreprendre seuls les démarches dans un pays déterminé. Toutes les adoptions privées ne sont pas contestables. Mais la faille est là aussi.

Le fait accompli
En Suisse, les autorités peuvent bien avoir des soupçons, elles n'ont pas les moyens d'enquêter pour prouver l'illégalité de l'adoption. En cas de preuves que l'intérêt de l'enfant n'est pas respecté, la procédure peut être bloquée. «C'est par exemple le cas lorsqu'on se rend compte que les parents ont payé une somme disproportionnée à un avocat, explique David Urwyler, chef du Service de la protection internationale des enfants. On se dit alors qu'on est proche du trafic. Mais il est rare que des parents avouent avoir payé cette somme et c'est au pays d'origine de l'enfant de vérifier que les frais à la charge des parents adoptifs correspondent au service».
«La tâche des cantons et des intermédiaires est aussi de sensibiliser les parents aux réalités et aux risques qui existent dans ce domaine, poursuit-il. Qu'ils sachent que lorsque l'enfant aura seize ans, il voudra savoir dans quelles conditions il est arrivé». «L'idée de trouver une famille pour un enfant qui n'en a pas reste une cause noble. Le risque aujourd'hui est qu'on se mette à chercher des enfants pour des parents», conclut-il.
Terre des hommes croit également encore en l'adoption internationale et va poursuivre ses activités dans ce domaine. «Nous voulons prouver qu'il est possible d'adopter un enfant en respectant les règles d'éthique», dit Marlène Hofstetter. MAG