Dernière mise à jour : 13/01/2004

 

Les adolescentes prostituaient un fugueur de 12 ans

Toulon : Robert des Nauriers [13 janvier 2004]

Un procès hors série s'ouvre à partir d'aujourd'hui à Draguignan devant la cour d'assises des mineurs du Var. Deux jeunes filles, aujourd'hui majeures mais âgées de 17 ans seulement au moment des faits, vont devoir répondre de proxénétisme aggravé et de complicité de viols en réunion sur la personne d'un garçon de 12 ans échappé d'un centre de placement. Les deux filles sont accusées de l'avoir littéralement livré, contre de l'argent, à un officier de la marine royale saoudienne qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international et dont le cas a été disjoint sur le plan judiciaire.

Au mois de novembre 1999, le jeune garçon, placé dans un foyer départemental de l'Aide sociale à l'enfance de la périphérie toulonnaise, quitte l'établissement sans autorisation et rejoint le centre-ville. Il ne tarde pas à y retrouver une grande adolescente de 17 ans, rencontrée lors d'une précédente fugue et qui exerce un ascendant certain sur lui. Tous deux vont passer l'après-midi à multiplier les larcins dans les commerces de la basse ville, près du port et dans la galerie du centre Mayol. Le lendemain, une autre adolescente, du même âge que la première, se joint à eux. En début d'après-midi, les deux filles, qui disposent d'un appartement dans la vieille ville, s'emploient à travestir soigneusement le jeune garçon. Elles l'affublent d'une robe, de collants, lui passent du rouge à lèvres, peignent ses cils et parachèvent sa transformation en le coiffant comme une fille. Puis elles le persuadent de les suivre, l'emmènent à bord d'une voiture où se trouvent déjà deux hommes. Direction : un hôtel de grand standing où deux chambres ont été retenues. Les deux hommes ne s'expriment qu'en arabe mais les deux jeunes Toulonnaises, d'origine maghrébine, n'ont aucune difficulté à communiquer avec eux. Une fois dans l'hôtel, l'enfant entend sa première "amie" lui ordonner de suivre le plus grand des deux hommes dans sa chambre. Le ton est impératif, l'injonction assortie de menaces de mort. Le jeune garçon sera violé à deux reprises pendant que l'autre homme s'occupera de la seconde adolescente, apparemment consentante.

Le petit fugueur sera retrouvé le soir même par sa propre soeur, errant, hébété et toujours habillé en fille, dans les rues chaudes du centre-ville. Il ne fournira d'abord que des explications confuses sur sa tenue, acceptera de rentrer au foyer où il se réfugiera dans le silence.

Un an plus tard, il a fini par révéler sa triste aventure aux éducateurs du foyer. Ces derniers préviennent alors le parquet qui ouvre peu après une information judiciaire. L'enquête, au départ, évolue lentement. Malgré le signalement précis des deux filles donné par la victime, seize mois s'écoulent avant l'interpellation, en juin 2001, des deux apprenties proxénètes. La première nie farouchement les affirmations du jeune garçon ; la seconde reconnaît quasiment tout, apportant même suffisamment de précisions aux enquêteurs pour leur permettre d'établir que les deux hommes rencontrés sont des officiers de la marine royale saoudienne. Ils ont séjourné à Toulon à l'automne 1999 lors de la mise en carénage d'une frégate construite par la France et dont la Direction des constructions navales assure l'entretien. Le violeur présumé du garçon pourra ainsi être identifié, avec semble-t-il le concours des autorités judiciaires et militaires de Riyad. Mais l'intéressé n'a jamais répondu aux convocations de la police française ni à celles du magistrat instructeur toulonnais en charge du dossier.

Au mois de mars dernier, ce dernier a donc délivré un mandat d'arrêt international à son nom. Sans résultat pour l'instant. L'officier se cache-t-il en Arabie saoudite ? A-t-il quitté la marine ? Bénéficie-t-il de protections particulières dans son pays ? Les débats devant les assises n'apporteront sans doute pas de réponses à ces questions pourtant cruciales car ce sont les deux jeunes filles que l'on juge et non pas le violeur. Le procès doit se dérouler sur deux jours.

Le Figaro