|
Au moins une dizaine de personnes ont été interpellées en région parisienne et placées en garde à vue dans la nuit de jeudi à vendredi dans le cadre de l'enquête sur l'enlèvement et le meurtre du jeune Ilan par un gang organisé, a-t-on appris de source judiciaire confirmant une information de LCI.
La première de ces interpellations conduites par la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris a eu lieu jeudi vers 20H30 alors que les autres se sont déroulées durant la nuit, a précisé cette même source à l'AFP. Selon une source policière, les interpellations, qui concernent des personnes âgées de 20 à 30 ans, ont eu lieu vers 04H00 dans la cité du Tertre de Bagneux (Hauts-de-Seine). Les policiers ont notamment retrouvé l'appartement où auraient été commis les sévices infligés au jeune Ilan, 23 ans. Le leader présumé du gang identifié par les enquêteurs n'a pas été interpellé et est actuellement en fuite, selon la même source.
L'affaire, selon cette source, a connu un développement rapide depuis jeudi matin lorsqu'une jeune femme blonde correspondant à un portrait robot diffusé d'une suspecte ayant servi d'appât, s'est rendue au commissariat de Montrouge (92). La jeune femme a alors expliqué aux policiers s'être reconnue dans le portrait robot. Elle a avoué avoir attiré des jeunes garçons, précisant qu'elle ne savait pas ce qui risquait de leur arriver. Elle a été placée immédiatement en garde à vue à la brigade criminelle à qui elle a fourni les noms des membres présumés du gang.
Ilan, vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris, avait été enlevé le 21 janvier. Lundi matin, il a été découvert nu, bâillonné, menotté et portant des traces de tortures et de brûlures, agonisant à proximité de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois. Les ravisseurs avaient d'abord réclamé une rançon d'environ 400.000 ou 450.000 euros avant de diminuer leurs prétentions, descendant jusqu'à 5.000 euros. Ils ne s'étaient jamais rendus aux rendez-vous qu'ils avaient eux-mêmes fixés à la famille de la victime.
Un appel à témoins avait été lancé le 14 février et deux portraits robots d'une jeune femme blonde, qui avait servi "d'appât" pour attirer Ilan, ont été diffusés ainsi que la photo d'un suspect, le visage en grande partie masqué. Au moins trois tentatives d'enlèvement connues semblent émaner du même groupe. La première remonte au "début décembre 2005". Le juge d'instruction parisien Corinne Goetzmann est chargé d'une information judiciaire pour "assassinat, enlèvement, détention et séquestration sous condition, avec demande de rançon, actes de torture et de barbarie et association de malfaiteurs, le tout en bande organisée".
AFP Dragué, rançonné, torturé et tué
Une bande recherchée pour avoir enlevé et torturé un homme en région parisienne.
L'Appât, le retour. Avec une blonde et une brune. Et cette fois-ci, la réalité dépasse en sauvagerie le scénario du film de Bertrand Tavernier, lui-même inspiré d'un fait divers. Le piège s'est refermé tragiquement lundi matin pour un jeune homme de 23 ans. Sur le bord d'une route de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), pas très loin de la gare, en contrebas de l'hôpital psychiatrique de Perray-Vaucluse, un passant voit quelqu'un tituber, et s'écrouler le long de la voie ferrée. Son corps était brûlé, tailladé, menotté et «piqué de partout à l'arme blanche», selon une source policière. Il portait des traces de coups violents et de tortures sur 80 % de la surface de son corps, complètement recouvert d'hématomes. Il était incapable de s'exprimer. Il est mort pendant son transport à l'hôpital.
Yeux bandés
Le piège se met en place trois semaines plus tôt. Une jeune femme «bien faite et aguicheuse», petite, d'origine maghrébine, entre dans une boutique de téléphonie mobile du boulevard Voltaire, à Paris. Elle se présente au vendeur, joue de ses charmes, ils échangent leur numéro de téléphone, mais attendent pour se revoir. Il semble séduit. Il l'appelle. Elle le rappelle, lui fixe un rendez-vous la nuit du 20 au 21 janvier. Ensuite, les policiers perdent sa trace. Selon une source judiciaire, le dernier appel passé sur son portable est repéré à Sceaux (Hauts-de-Seine).
La famille du jeune homme est contactée rapidement par les ravisseurs qui envoient trois photos différentes avec des demandes de rançon, depuis un cybercafé. Sur les clichés envoyés par e-mail, l'otage a les yeux bandés par du ruban adhésif, et un journal du jour fait foi pour la date. «Il n'y a pas de traces de coups mais on ne voit pas son corps en entier», raconte une source proche du parquet. Au début des transactions, les ravisseurs menacent de lui couper un doigt. A chaque fois, une demande de rançon accompagne le courrier, mais elle change de montant. D'abord fixée à 450 000 euros, elle fait un yo-yo pas cohérent, pour descendre finalement en dessous des 100 000 euros.
«Incompréhensible»
Depuis trois semaines, la PJ, une centaine d'enquêteurs de la brigade criminelle sont affectés à l'affaire, et le parquet étaient très inquiets et déroutés par le mode opératoire des ravisseurs, et leurs messages contradictoires. «Ils ont une logique qui nous échappe, explique un enquêteur. C'est incompréhensible, ils ne se sont jamais mis en situation de remise de rançon. Soit ils modifiaient le montant, soit ils imposaient des circonstances matérielles impossibles.» Ainsi, ils décident de donner rendez-vous en Belgique à la famille du jeune homme enlevé, car c'est là que se trouverait, selon eux, une machine à détecter les billets «marqués». Un enquêteur va plus loin dans l'analyse : «Ils n'agissent pas comme dans les prises d'otages habituelles, mais comme dans un jeu de rôles.» Ils sont organisés pour ce qui concerne les techniques d'approche et la manière de faire parvenir les photographies, mais ils ne vont «jamais jusqu'au bout de leur démarche», selon une source proche du parquet. Ainsi, ils changent d'avis sur les lieux de rendez-vous.
Cette bande serait constituée d'au moins cinq personnes, trois garçons et deux filles. Elle aurait déjà fait une demi-douzaine de tentatives d'enlèvement. La séduction est le facteur commun, mais les lieux de drague divergent : un commerce, un établissement de nuit, à domicile. Les enquêteurs n'auraient pour l'instant pas dressé de profil type des victimes (un vendeur, un commerçant...). Les hommes ne sont pas les seuls visés par la bande. Une femme a ainsi été abordée par un homme, «joli garçon». Et les riches ne semblent pas constituer une cible privilégiée. La famille du jeune homme torturé n'était par exemple pas en mesure de réunir la somme nécessaire.
Sauvagerie
L'une des tentatives a échoué auprès d'un jeune producteur de musique qui aurait fait les frais d'une tentative d'approche par une des filles. Elle lui aurait assuré vouloir se «lancer dans la chanson». Il n'a pas donné suite. Son père a mordu à l'hameçon. On l'a retrouvé menotté à l'entrée d'un immeuble du Val-de-Marne, d'opportuns passants semblent avoir mis ses trois agresseurs en fuite.
Seule la dernière tentative s'est terminée de façon dramatique. «Aucun incident» n'explique le meurtre, selon la justice. Il n'y a pas eu d'ultimatum. Et, comme dans l'Appât, il n'y a pas encore d'explication, on ne sait pas comment cette histoire a basculé dans une telle sauvagerie. La juge d'instruction parisienne Corinne Goetzmann est en charge d'une information judiciaire notamment pour «assassinat, enlèvement et séquestration en bande organisée avec actes de torture et de barbarie et association de malfaiteurs».
Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, et François Jaspart, directeur de la police judiciaire parisienne, ont remis à la presse hier soir deux portraits-robots d'une femme blonde et la photographie d'un suspect, le visage partiellement masqué, prise par un dispositif de surveillance. Ils ont mis en garde contre des tentatives de séduction par de «jolies jeunes filles et de jolis garçons». En discothèque, ou ailleurs. Les ravisseurs courent toujours."
LIBERATION 15 .02. 2006
Le "cerveau des barbares" toujours en fuite
L'enquête sur l'enlèvement et le meurtre d'un jeune vendeur parisien avance vite avec l'interpellation cette nuit de 14 personnes à Bagneux dans les Hauts-de-Seine et une en Belgique. Le chef du gang, un "individu dangereux" est activement recherché par la police. Il aurait été localisé dans une cité de Bagneux.
Comme le révélait LCI ce matin, un coup de filet a eu lieu ce matin à Bagneux en région parisienne à l'issue duquel 14 personnes ont été interpellées dans le cadre de l'affaire de l'enlèvement et le meurtre d'un jeune homme, dont le corps a été retrouvé lundi à Sainte-Geneviève-des-Bois dans l'Essonne. Une quinzième personne a été arrêté en Belgique, un mandat d'arrêt va être lancé contre lui.
Selon le procureur de la République de Paris, le chef du gang a été identifié par les enquêteurs cette nuit et est déjà connu des services de police pour des antécédents. Agé de 26 ans, il est activement recherché et est présenté comme "un individu extrêmement dangereux". Il aurait été localisé dans une cité de Bagneux. Sa photo va être largement diffusée.
Le gang était composé d'individus de 17 à 32 ans qui formait un groupe asocial à la violence sans limites. Ils seraient originaires de la même cité et seraient inspirés par des scénarios lus sur le net ou à la télévision.
L'appartement retrouvé
Les policiers ont retrouvé l'appartement où auraient été commis les sévices infligés au jeune Ilan, 23 ans. L'affaire a connu un développement rapide jeudi matin lorsqu'une jeune femme blonde correspondant à un portrait robot diffusé d'une suspecte ayant servi d'appât, s'est rendue au commissariat de Montrouge (92). La jeune femme a alors expliqué aux policiers s'être reconnue dans le portrait robot. Elle a avoué avoir attiré des jeunes garçons, précisant qu'elle ne savait pas ce qui risquait de leur arriver. Elle a été placée immédiatement en garde à vue à la brigade criminelle à qui elle a fourni les noms des membres présumés du gang.
Bâillonné, menotté, torturé
Dans le cadre de cette affaire, on savait déjà qu'un homme était en garde à vue depuis deux jours. Il serait soupçonné d'avoir pu intervenir comme "prestataire de service" pour le compte des ravisseurs. La garde à vue en matière de criminalité organisée peut s'étendre jusqu'à 96 heures, renouvelable par tranche de 24 heures.
La victime, un jeune homme âgé d'une vingtaine d'années, vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris, avait été enlevé le 21 janvier. Il a été découvert lundi matin nu, bâillonné, menotté et portant des traces de tortures et de brûlures, agonisant à proximité de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois. Trois tentatives d'enlèvement connues semblent émaner du même groupe. La première remonte au "début décembre 2005", a annoncé mardi le procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin. Le juge d'instruction parisien Corinne Goetzmann est en charge d'une information judiciaire notamment pour "assassinat, enlèvement et séquestration en bande organisée avec actes de torture et de barbarie et association de malfaiteurs"."
LCI 17 .02.2006
|