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Feb 26,
2004 BRUXELLES
A quelques
heures de l'ouverture du procès d'assises, l'avocat de Marc
Dutroux, Me Xavier Magnée, nous a accueillis dans son cabinet
bruxellois. Après plusieurs mois de travail, il nous a fait
part de ses impressions sur le procès du siècle et sur son
contenu.
Quelle
est aujourd'hui votre opinion sur la thèse du réseau?
«Il y a une véritable guerre de religion. Il y a ceux qui
estiment qu'il y a un réseau et ceux qui considèrent que cette
thèse ne tient pas la route. Selon moi, le réseau est une
réalité qu'il faudra démontrer à Arlon. Cependant, la défense
ne se rallie pas forcément à l'accusation sur ce point. J'ignore
en effet si Michel Bourlet et le parquet ont le même point
de vue sur la thèse du réseau.»
Est-ce
favorable à Dutroux d'établir cette thèse?
«La question n'est pas là. Ce qui compte pour moi, c'est de
faire apparaître la vérité. Et aujourd'hui, après ces nombreuses
semaines de travail, je pense que cette vérité ne va pas sans
la thèse du réseau.»
A
vos yeux, cela ne fait plus aucun doute?
«On ne me fera pas croire que la Belgique est le seul pays
où la pédophilie n'est pas organisée.»
Est-ce
facile de défendre Dutroux?
«Après 43 ans de barreau, il serait ignoble pour moi de défendre
Dutroux si ce n'est pas pour dégager la vérité. Une vérité
que tout le peuple belge attend. Mon client connaît mes objectifs
et les respecte.»
Dutroux
n'est donc pas un pervers solitaire?
«La réponse est non, bien entendu. Le dossier le démontre
clairement.»
Comment
cela?
«Prenons simplement la terrible séquestration de Julie et
Mélissa. Pendant l'incarcération de Dutroux, elles sont restées
104 jours dans la cache. A son retour, Dutroux soutient qu'elles
étaient encore en vie. Ses manoeuvres pour tenter de les sauver
n'ont malheureusement eu pour seule conséquence que d'accélérer
leur décès. Selon les nutritionnistes, 150 litres d'eau auraient
été nécessaires par enfant pour que Julie et Mélissa puissent
survivre. En tout, cela fait 300 litres. La cache ne pouvait
pas contenir une telle quantité d'eau. Et ce n'est pas Michèle
Martin qui a pu déposer les vivres nécessaires.»
Que
faut-il en conclure? Une troisième personne?
«En effet. Il n'y a pas d'autres explications. Une troisième
personne est venue dans la cache où étaient Julie et Mélissa.»
Qui
était-ce? Michel Nihoul? Michel Lelièvre?
«Sans commentaire.»
On peut
d'ores et déjà imaginer que les avocats de Marc Dutroux tenteront
pendant le procès d'identifier cette personne.
A la fin
de l'interview, Me Xavier Magnée a tenu à préciser que la
cour d'assises était le seul lieu adéquat pour débattre sur
le fond des choses. Le rendez-vous est pris. Quelle sera la
tactique adoptée par la défense de Dutroux au cours du procès
d'assises? Voilà une question qui a traversé l'esprit de chacun
de nous. Au cours de l'interview que nous a accordée Me Magnée,
nous avons tenté d'en savoir un peu plus.
«Dutroux
fera-t-il des révélations?
«La réponse est oui. Il fera des révélations. C'est un homme
très seul. Il va donc lever le voile au cours de ce procès.
Mais ne me demandez pas ce qu'il va dire, je n'en sais rien...»
Comment
voyez-vous le procès?
«J'estime que c'est un procès d'hypothèses. Je plains les
jurés. Ils vont être confrontés à toute une série de suppositions.
Ce sera à eux de choisir celle qu'ils pensent être la plus
plausible.»
Quelle
est votre hypothèse?
«Je pense que Dutroux est un piranha, mais qu'il y a encore
beaucoup de requins dans l'océan.»
Les
requins sont-ils encore en liberté?
«Oui, il semble que l'accusation ait baissé les bras et qu'elle
ait décidé qu'elle verrait cela... plus tard.»
Allez-vous
tenter de les attraper?
«Je sais en tout cas que le procès va rebondir. Le président
de la cour d'assises dispose d'un pouvoir discrétionnaire.
Cela offre donc une large possibilité de manoeuvre. M. Stéphane
Goux peut devenir le héros que le peuple belge attend. Pour
ma part, j'utiliserai tous les outils qui sont mis à ma disposition
pour obtenir cette vérité.»
Comme
faire citer M. Verwilghen comme témoin?
«Absolument. Si M. Verwilghen ne vient pas témoigner à la
cour d'assises, on peut alors parler de procès étouffé.»
Son
témoignage est-il crucial?
«Evidemment. Dans le rapport de la commission d'enquête, on
évoque le fait qu'il y a eu trop de dysfonctionnements, trop
d'occasions manquées, trop d'erreurs au cours de l'enquête
pour considérer que cela est un malheureux concours de circonstances.
Cela signifie que c'est bien plus grave et que c'est par conséquent
d'autant plus inacceptable.»
Peut-on
parler d'une enquête manipulée?
«Sept jours après l'enlèvement, la police de Grâce-Hollogne
reçoit un fax. Tout y est: les suspicions à l'égard de Marc
Dutroux, son passé judiciaire, les enlèvements, les viols
de mineures, les travaux dans les caves,... Et les policiers
ne réagissent pas. Ils auraient pu devenir des héros. Julie
et Mélissa auraient pu être sauvées...»
Ex http://www.investigateur.info/
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