Jun 8, 2004
L'avocat principal de Marc Dutroux, Me Xavier Magnée,
a effectué un revirement spectaculaire lundi et appelé
les jurés des assises d'Arlon (sud-est de la Belgique)
à se prononcer sur la culpabilité du pédophile
et ses co-accusés, après avoir échoué
à faire rouvrir l'enquête.
"Du point
de vue des victimes, il est temps que justice se fasse. Je
demande (aux jurés) de leur donner satisfaction",
a déclaré Me Magnée.
"J'ai fait
mon possible pour que la vérité éclate,
mais je crois qu'on peut en faire son deuil", a-t-il
ajouté.
Considérant
que l'affaire Dutroux ne pouvait être jugée en
l'état, en raison de trop nombreuses zones d'ombre,
le défenseur de "l'homme le plus détesté
de Belgique" avait demandé la semaine passée
aux jurés d'Arlon de ne pas rendre de verdict. Dimanche,
il présentait encore cette ligne comme un appel à
la "désobéissance civique". Marche
arrière à l'interruption de l'audience lundi
en milieu de journée. "Maintenant, je demande
au jury de donner satisfaction (aux victimes), je leur demande
de délibérer", a déclaré
Me Magnée.
L'ancien bâtonnier
de Bruxelles s'est dit très touché par les propos
prononcés quelques minutes plus tôt par Pol Marchal,
le père d'An, une jeune Flamande enlevée en
août 1995 par Dutroux et que le pédophile est
accusé d'avoir assassinée.
Au nom de sa fille, M. Marchal, qui s'est montré par
moment très sévère avec les lacunes de
l'enquête, a appelé les jurés à
"ne pas être tendres" et ne pas attendre d'hypothétiques
nouvelles révélations pour se prononcer. "Parfois,
je regarde l'aquarium (le box vitré où sont
les 4 accusés, ndlr) et j'aimerais le laisser se remplir
d'eau. Mais heureusement à chaque fois ma raison l'emporte",
a-t-il déclaré, visiblement très ému.
Au risque de faire
scandale, Me Magnée avait demandé à la
reprise des débats lundi matin que le procès
de Marc Dutroux soit suspendu et que le juge d'instruction
effectue 99 "devoirs d'enquête complémentaires"
pour éclaircir les zones d'ombre du dossier. Sa demande
avait été rejetée par la cour. Le principal
avocat de Dutroux réclamait notamment une nouvelle
reconstitution du rapt, demeuré en partie inexpliqué,
de Julie Lejeune et Melissa Russo, les deux plus jeunes victimes
de Dutroux.
Me Magnée
souhaitait également l'audition de nombreux membres
de l'ancienne gendarmerie belge, pour qu'ils s'expliquent
une fois de plus sur les ratés de l'enquête et
d'éventuels liens entre l'appareil policier et judiciaire
de Charleroi (sud) et le "milieu" local, dont faisait
partie Marc Dutroux.
Dans un arrêt
rendu après 25 minutes de réflexion, le président
de la cour, Stéphane Goux, a estimé que les
"jurés disposaient de tous les éléments"
pertinents et que les requêtes de la défense
de Dutroux "n'apporteraient pas plus de certitudes du
point de vue des accusations actuellement à charge".
Le ministère
public et les parties civiles, très critiques sur la
démarche de Xavier Magnée, s'étaient
fermement opposés à sa requête, qualifiée
de manoeuvre "dilatoire" par Céline Parisse,
l'avocate de Sabine Dardenne, l'une des deux victimes survivantes
de Dutroux.
Marc Dutroux encourt
la prison à vie pour, entre autres crimes, l'enlèvement,
la séquestration et le viol de six fillettes et adolescentes
belges entre juin 1995 et août 1996, ainsi que la mort
de quatre d'entre elles.
Le pédophile
est jugé depuis le 1er mars aux côtés
de son ex-épouse Michelle Martin, de son homme de main
Michel Lelièvre et de l'ex-homme d'affaires et escroc
Michel Nihoul, qui nie les charges contre lui mais que Dutroux
accuse d'être le chef d'un réseau pédophile
dont lui-même n'était qu'un rouage.
Le verdict
du procès est attendu à partir de la mi-juin
http://www.investigateur.info/mainmenu.html
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