Dernière mise à jour : 11/06/2004

Derniers mensonges?

ARLON Les autres sont plus coupables que moi... Marc Dutroux, pour ses derniers mots, n'a pas varié de stratégie aux assises d'Arlon.

Il s'est longuement expliqué sur ses mensonges du début de l'affaire: «A l'époque, j'étais décidé à me suicider judiciairement pour sauver ma femme et mes enfants. Je me suis sabordé en libérant Sabine et Laetitia. Mon plan était ensuite de protéger mon épouse pour qu'elle soit libérée. C'était un jeu de dupes phénoménal.» A l'adresse de l'enquêteur Demoulin, qui avait recueilli les aveux de Dutroux, il dénie le droit de revendiquer toute gloire. «Ma conscience m'interdisait de laisser Sabine et Laetitia là où elles étaient. J'ai avoué comme je l'aurais fait devant n'importe quel autre enquêteur. S'il faut féliciter quelqu'un, c'est plutôt le policier qui a retrouvé mon numéro de plaque à Bertrix.»

Marc Dutroux a reconnu plusieurs faits, mais rejeté aussi les plus grandes responsabilités sur des coaccusés, Nihoul en tête («le maître que rien n'ébranle», ou sur des personnes non présentes dans le box, comme MM. Pinon, Rochow, Thirault, Weinstein et d'autres. Discours connu. Aux jurés: «Je vous demande de me condamner pour ce que j'ai réellement commis mais pas pour d'autres faits. Ce serait protéger des criminels, des assassins toujours en liberté.»

Il avoue, nie et accuse

«Me condamner pour des faits qui ne m'appartiennent pas, ce serait refermer la porte sur la vérité», a conclu hier Marc Dutroux à l'issue de la longue plaidoirie. Un discours chirurgical présenté dans un français plus qu'impeccable, rehaussé de quelques expressions latines et d'un riche vocabulaire. Un texte presque trop bien construit pour qu'il soit né de la plume de son lecteur. «De votre conscience dépend l'avenir de la justice. Si vous vous trompez, c'est la nation tout entière qui sera responsable à travers vous» a-t-il lancé aux jurés. L'accusé numéro 1 accepte d'être condamné pour les faits qu'il a commis. Ce qu'il réfute? «Je n'ai pas participé à l'assassinat d'An et Eefje. Je n'ai pas commis l'enlèvement de Julie et Mélissa. Je n'ai pas eu de rapport sexuel avec Julie et Mélissa. Je n'ai jamais eu de rapport avec An Marchal. Je n'ai pas violé Mademoiselle Palusova. Je n'ai pas assassiné Bernard Weinstein. C'est important pour moi de préciser tout cela aux parents, même si cela ne changera rien à la peine qui sera prononcée.» Marc Dutroux a ensuite déclaré qu'il attendait que justice soit faite pour le meurtre de son ami Weinstein. Et il débute une série d'accusations, à commencer par Gérard Pinon qu'il affirme être l'auteur de l'assassinat de Bernard Weinstein.

Dutroux s'en est également pris à quelques témoins qu'il estime devoir être enfermés derrière les barreaux. «Je vous demande de juger sans oublier qu'on aurait aimé en savoir plus. Le dossier n'a pas été présenté à plus de 10% ici. Et encore, je suis large...»

Marc Dutroux a terminé en disant qu'il survivrait tant qu'il pourrait rendre heureux quelqu'un. Evidemment, ça l'engage moins de dire qu'il survivrait tant qu'il ne rendrait plus personne malheureux. «Un infarctus me permettrait de rejoindre rapidement ceux qui me manquent tant.» D'accord, mais attendez d'abord le verdict, Monsieur Dutroux.


A-S.G. pour La Dernière Heure