ARLON
Les autres sont plus coupables que moi... Marc Dutroux, pour
ses derniers mots, n'a pas varié de stratégie
aux assises d'Arlon.
Il s'est longuement
expliqué sur ses mensonges du début de l'affaire:
«A l'époque, j'étais décidé
à me suicider judiciairement pour sauver ma femme et
mes enfants. Je me suis sabordé en libérant
Sabine et Laetitia. Mon plan était ensuite de protéger
mon épouse pour qu'elle soit libérée.
C'était un jeu de dupes phénoménal.»
A l'adresse de l'enquêteur Demoulin, qui avait recueilli
les aveux de Dutroux, il dénie le droit de revendiquer
toute gloire. «Ma conscience m'interdisait de laisser
Sabine et Laetitia là où elles étaient.
J'ai avoué comme je l'aurais fait devant n'importe
quel autre enquêteur. S'il faut féliciter quelqu'un,
c'est plutôt le policier qui a retrouvé mon numéro
de plaque à Bertrix.»
Marc Dutroux a
reconnu plusieurs faits, mais rejeté aussi les plus
grandes responsabilités sur des coaccusés, Nihoul
en tête («le maître que rien n'ébranle»,
ou sur des personnes non présentes dans le box, comme
MM. Pinon, Rochow, Thirault, Weinstein et d'autres. Discours
connu. Aux jurés: «Je vous demande de me condamner
pour ce que j'ai réellement commis mais pas pour d'autres
faits. Ce serait protéger des criminels, des assassins
toujours en liberté.»
Il
avoue, nie et accuse
«Me
condamner pour des faits qui ne m'appartiennent pas, ce serait
refermer la porte sur la vérité»,
a conclu hier Marc Dutroux à l'issue de la longue plaidoirie.
Un discours chirurgical présenté dans un français
plus qu'impeccable, rehaussé de quelques expressions
latines et d'un riche vocabulaire. Un texte presque trop bien
construit pour qu'il soit né de la plume de son lecteur.
«De votre conscience dépend l'avenir de la justice.
Si vous vous trompez, c'est la nation tout entière
qui sera responsable à travers vous» a-t-il lancé
aux jurés. L'accusé numéro 1
accepte d'être condamné pour les faits qu'il
a commis. Ce qu'il réfute? «Je n'ai pas participé
à l'assassinat d'An et Eefje. Je n'ai pas commis l'enlèvement
de Julie et Mélissa. Je n'ai pas eu de rapport sexuel
avec Julie et Mélissa. Je n'ai jamais eu de rapport
avec An Marchal. Je n'ai pas violé Mademoiselle Palusova.
Je n'ai pas assassiné Bernard Weinstein. C'est important
pour moi de préciser tout cela aux parents, même
si cela ne changera rien à la peine qui sera prononcée.»
Marc Dutroux a ensuite déclaré qu'il attendait
que justice soit faite pour le meurtre de son ami Weinstein.
Et il débute une série d'accusations,
à commencer par Gérard Pinon qu'il affirme être
l'auteur de l'assassinat de Bernard Weinstein.
Dutroux
s'en est également pris à quelques témoins
qu'il estime devoir être enfermés derrière
les barreaux. «Je vous demande de juger sans
oublier qu'on aurait aimé en savoir plus. Le dossier
n'a pas été présenté à
plus de 10% ici. Et encore, je suis large...»
Marc Dutroux a
terminé en disant qu'il survivrait tant qu'il pourrait
rendre heureux quelqu'un. Evidemment, ça l'engage moins
de dire qu'il survivrait tant qu'il ne rendrait plus personne
malheureux. «Un infarctus me permettrait de rejoindre
rapidement ceux qui me manquent tant.» D'accord, mais
attendez d'abord le verdict, Monsieur Dutroux.
A-S.G. pour La Dernière
Heure
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