Dernière mise à jour : 07/05/2005

 

Une opération contre la pédopornographie sur Internet a permis une centaine d'arrestations en Europe

Un gendarme de Bordeaux spécialiste de la traque de pédophiles sur internet

 


Une vaste opération contre la pédopornographie sur Internet a été menée du lundi 2 au vendredi 6 mai dans huit pays de l'Union européenne, dont la France où une vingtaine de suspects ont été arrêtés. Dénommée "Callidus" ("rusé", en latin), l'opération, lancée en Italie, en Suède, au Danemark, en Pologne, en Norvège, à Malte, aux Pays-Bas et en France, a mobilisé des centaines de policiers et de gendarmes et permis l'interpellation d'une centaine de personnes.

Soutenue par Interpol et Europol, elle était placée sous l'égide de l'atelier européen Cospol-cybercriminalité (Comprehensive Operational Strategic Plan for Police) qui rassemble dix pays (Italie, Suède - pays pilote -, Irlande, Royaume-Uni, Danemark, Pologne, Norvège, Malte, Pays-Bas, France).

Policiers et gendarmes européens ont notamment pu mener cette opération grâce à un logiciel de surveillance des forums et des sites Internet, mis au point par un gendarme de la section des recherches de la gendarmerie de la Gironde. Le logiciel LogP2P permet d'identifier des internautes au moment où ils téléchargent des images ou des vidéos pédophiles. Une session de formation spéciale d'experts avait été organisée à la section des recherches de la Gironde, entre le 10 et le 15 mars, pour harmoniser les techniques des différentes polices européennes dans la lutte contre la cybercriminalité pédophile, et préparer l'opération "Callidus".
Sur le territoire français, où 34 cibles ont été sélectionnées, 20 personnes avaient été interpellées à la date de vendredi, et 4 625 photos à caractère pédopornographique ainsi que 137 vidéos pornographiques mettant en scène des mineurs avaient été retrouvées dans les disques durs et saisies, selon le lieutenant-colonel Bruno Manin, commandant de la section des recherches de la gendarmerie de la Gironde.

D'après lui, "seuls des hommes ont été interpellés, d'âge et de conditions sociale, professionnelle et géographique très variés". Certains individus sont même des mineurs. Les interpellations ont eu lieu notamment à Mérignac (Gironde), Pau (Pyrénées-Atlantiques), Toulouse (Haute-Garonne), Paris, Strasbourg (Bas-Rhin), Angers (Maine-et-Loire), Grasse (Alpes-Maritimes), Brest (Finistère), Créteil (Val-de-Marne) et Thionville (Moselle).

Leurs ordinateurs ont été saisis. L'enquête va désormais tenter d'établir si les internautes interpellés agissaient en réseau, et si oui, s'il s'agit de réseaux nationaux ou internationaux. A ces fins, ces images seront examinées au centre national d'analyse d'images pédopornographiques installé à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie (IRCGN) de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Une immense base de données de quelque 500 000 photos permet en comparant des victimes, des lieux, des décors, des fonds d'image, de déterminer si des affaires, apparemment différentes, peuvent être liées et de repérer et démanteler des réseaux.

Et ensuite? Se contentera-t-on de l'arrestation des dealers et consommateurs d'images? Que fera-t-on pour récupérer les victimes?
FREDI

Un gendarme de Bordeaux spécialiste de la traque de pédophiles sur internet

Un gendarme de Bordeaux, où ont été formées les forces de police intervenues dans la vaste opération contre la pédopornographie dans huit pays de l'Union européenne, est devenu en quelques années un spécialiste de la traque de pédophiles sur internet.
"J'ai commencé en 1998 et j'ai été l'un des premiers en France", avait expliqué récemment à l'AFP l'adjudant Philippe Jarlov, chargé de la lutte contre la pédophilie au sein de la section de recherches de la gendarmerie de Bordeaux qui, depuis ses succès, est devenue lieu de formation.
Faute de moyens d'investigations dans ce "nouvel espace", ce gendarme discret avait décidé dès 2001 de mettre au point lui-même ses propres outils pour débusquer les diffuseurs d'images pédophiles.
Adepte de longue date des "logiciels libres" (distribués gratuitement), il était passé par le biais de "groupes de discussion" sur le net pour trouver des informaticiens "développeurs", capables de l'aider à mettre au point de tels logiciels.
Un jeune Bordelais, Frédéric Aidouni, avait répondu à son appel et commencé par améliorer un logiciel destiné à traquer les pédophiles sur les "chat", ces forums de discussion sur lesquels les internautes dialoguent en direct.
Baptisé Log-IRC, ce logiciel allait ensuite être distribué gratuitement aux services de police. En juin 2004, plus de 100 services l'utilisaient déjà en Europe et en Amérique du nord.
En 2002, le gendarme Jarlov se concentrait sur les réseaux d'échange de fichiers numériques. Ces réseaux, dits "peer to peer" (ou P2P), très connus pour les échanges de musique au format MP3, permettent en effet de troquer facilement des photos pédophiles.
Après six mois de travail, l'adjudant Jarlov et Frédéric Aidouni finissaient par mettre au point un nouveau logiciel, le Log-P2P, qui fut plus tard utilisé pour l'enquête sur la disparition, en Seine-et-Marne en janvier 2003, de la petite Estelle Mouzin.
Si les logiciels facilitent les enquêtes, ils ne font pas tout: "le logiciel est un détecteur, mais c'est la perquisition qui permet de récolter les véritables preuves", précisait à l'époque l'enquêteur de Bordeaux.
Pendant une cyber-enquête, son logiciel balaie les réseaux d'échange de fichiers, et en cas d'images pédophiles, la machine identifie les diffuseurs et sort des listes de pseudonymes.
Il suffit dès lors de contacter le fournisseur d'accès pour lui demander, dans le cadre d'une procédure de flagrance, les coordonnées des personnes concernées qui sont alors transmises aux forces de gendarmerie territorialement compétentes pour procéder à l'interpellation.

Sources : AFP, 6 mai 2005