BORDEAUX
(GIRONDE), LE 5 DECEMBRE. Philippe Jarlov a participé à
la mise au point du logiciel LogP2P qui permet d'identifier
sur tout le territoire français les diffuseurs et les téléchargeurs
de fichiers illégaux . (LP/GUY CHARNEAU.)
ILS
SONT contrôleurs des impôts, enseignants ou encore policiers.
Des pères de famille affectueux, des voisins courtois à
la vie bien rangée. Ils n'ont jamais été confrontés à la
justice et ne l'auraient sûrement jamais été s'ils ne s'étaient
équipés un jour d'un ordinateur relié à Internet. Et puis
un jour, des gendarmes frappent à leur porte. L'internaute
est rapidement placé en garde à vue et mis en examen pour
avoir regardé et diffusé des images à caractère pédophile.
" Je n'ai rien fait d'illégal ", répondent en général ces
maris devant leurs épouses stupéfaites.90
hommes interpellés depuis mars dernier
Depuis
mars dernier, une cellule de lutte contre la cybercriminalité
située à la section de recherches de Bordeaux a interpellé
environ 90 hommes échangeant des fichiers pédophiles sur
la Toile. " Ces films mettent en scène des enfants en bas
âge violés ou torturés ", explique Philippe Jarlov. Cet
adjudant-chef a mis au point avec l'aide d'un informaticien
indépendant le logiciel LogP2P qui permet d'identifier sur
tout le territoire français les diffuseurs et les téléchargeurs
de fichiers illégaux. Son système sophistiqué est actuellement
testé par la gendarmerie nationale. Il permet de travailler
sur le libre échange de fichiers, ce que l'on appelle le
" peer to peer ". Sur ce réseau, on peut échanger gratuitement
de la musique, des films, des logiciels mais aussi des vidéos
à caractère pédophile. " La personne a juste besoin d'une
caméra numérique. Elle réalise son propre film et n'a plus
qu'à le télécharger sur son ordinateur pour le diffuser.
Cela prend cinq minutes. Sans Internet, la barrière morale
n'aurait certainement jamais été franchie par ces gens ",
poursuit Philippe Jarlov. Le commerce de ces clichés est
passé du stade artisanal au stade industriel. Plus besoin
pour l'amateur de ce type d'images de passer par un réseau
et de se faire livrer des cassettes par la poste. Un petit
clic sur l'ordinateur et l'on accède à une vidéothèque sordide.
La SR de Bordeaux a découvert que certains internautes classaient
leurs clichés d'enfants par tranches d'âge ou par caractéristiques
physiques. L'année dernière, un homme de la région a été
interpellé pour avoir filmé à son insu un enfant, membre
de sa famille. Retrouver les victimes et les arracher à
leur supplice se révèle pourtant difficile. Les jeunes victimes
ne résident pas toutes en France. Si le logiciel est capable
de travailler sur 202 pays, l'enquête, elle, s'arrête à
nos frontières. L'horreur semble ne connaître aucune limite.
Venus des Etats-Unis, les " snuff movies " (films montrant
des meurtres réels) sont apparus sur les écrans français.
Des productions d'amateurs nichées dans les 800 millions
de fichiers échangés quotidiennement sur le " peer to peer
". Les forces de l'ordre et la justice désarmées par cette
" contamination du Web " misent sur la prévention et des
condamnations plus lourdes. Mais les pédophiles utilisent
tous les filons de la Toile et créent des sites " piégés
" qui attirent les jeunes internautes. Très récemment encore,
en croyant se connecter sur l'un des sites consacrés à une
chanteuse française adulée par les adolescents, on pouvait
accéder à des clichés de très jeunes enfants torturés par
des adultes.
François
Vignolle Le Parisien ,
lundi 08 décembre 2003