Pédophilie: Un nouveau logiciel démasque les délinquants du Net

 
Dernière mise à jour : 08/12/2003

 

BORDEAUX (GIRONDE), LE 5 DECEMBRE. Philippe Jarlov a participé à la mise au point du logiciel LogP2P qui permet d'identifier sur tout le territoire français les diffuseurs et les téléchargeurs de fichiers illégaux . (LP/GUY CHARNEAU.)

ILS SONT contrôleurs des impôts, enseignants ou encore policiers. Des pères de famille affectueux, des voisins courtois à la vie bien rangée. Ils n'ont jamais été confrontés à la justice et ne l'auraient sûrement jamais été s'ils ne s'étaient équipés un jour d'un ordinateur relié à Internet. Et puis un jour, des gendarmes frappent à leur porte. L'internaute est rapidement placé en garde à vue et mis en examen pour avoir regardé et diffusé des images à caractère pédophile. " Je n'ai rien fait d'illégal ", répondent en général ces maris devant leurs épouses stupéfaites.90 hommes interpellés depuis mars dernier

Depuis mars dernier, une cellule de lutte contre la cybercriminalité située à la section de recherches de Bordeaux a interpellé environ 90 hommes échangeant des fichiers pédophiles sur la Toile. " Ces films mettent en scène des enfants en bas âge violés ou torturés ", explique Philippe Jarlov. Cet adjudant-chef a mis au point avec l'aide d'un informaticien indépendant le logiciel LogP2P qui permet d'identifier sur tout le territoire français les diffuseurs et les téléchargeurs de fichiers illégaux. Son système sophistiqué est actuellement testé par la gendarmerie nationale. Il permet de travailler sur le libre échange de fichiers, ce que l'on appelle le " peer to peer ". Sur ce réseau, on peut échanger gratuitement de la musique, des films, des logiciels mais aussi des vidéos à caractère pédophile. " La personne a juste besoin d'une caméra numérique. Elle réalise son propre film et n'a plus qu'à le télécharger sur son ordinateur pour le diffuser. Cela prend cinq minutes. Sans Internet, la barrière morale n'aurait certainement jamais été franchie par ces gens ", poursuit Philippe Jarlov. Le commerce de ces clichés est passé du stade artisanal au stade industriel. Plus besoin pour l'amateur de ce type d'images de passer par un réseau et de se faire livrer des cassettes par la poste. Un petit clic sur l'ordinateur et l'on accède à une vidéothèque sordide. La SR de Bordeaux a découvert que certains internautes classaient leurs clichés d'enfants par tranches d'âge ou par caractéristiques physiques. L'année dernière, un homme de la région a été interpellé pour avoir filmé à son insu un enfant, membre de sa famille. Retrouver les victimes et les arracher à leur supplice se révèle pourtant difficile. Les jeunes victimes ne résident pas toutes en France. Si le logiciel est capable de travailler sur 202 pays, l'enquête, elle, s'arrête à nos frontières. L'horreur semble ne connaître aucune limite. Venus des Etats-Unis, les " snuff movies " (films montrant des meurtres réels) sont apparus sur les écrans français. Des productions d'amateurs nichées dans les 800 millions de fichiers échangés quotidiennement sur le " peer to peer ". Les forces de l'ordre et la justice désarmées par cette " contamination du Web " misent sur la prévention et des condamnations plus lourdes. Mais les pédophiles utilisent tous les filons de la Toile et créent des sites " piégés " qui attirent les jeunes internautes. Très récemment encore, en croyant se connecter sur l'un des sites consacrés à une chanteuse française adulée par les adolescents, on pouvait accéder à des clichés de très jeunes enfants torturés par des adultes.

François Vignolle Le Parisien , lundi 08 décembre 2003