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Traque. Dans les bureaux de la police vaudoise, à Lausanne,
les ordinateurs saisis sont passés à la loupe
par les experts. ARC
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L'ENFANT QUI EST SUR L'IMAGE
L'opération
Genesis qui a permis d'interpeller plus de mille amateurs
d'images pédophiles en Suisse a aussi motivé
la Confédération et les polices cantonales à
engager des cyberenquêteurs. Un travail pénible,
récompensé lorsqu'un enfant est identifié
et sauvé. Et ça arrive.
Interpeller les consommateurs d'images à caractère
pédophile en circulation sur internet laisse souvent
un goût amer aux policiers. Ils n'ont pu intervenir
que sur un des maillons de la chaîne de l'horreur et
les peines, à ce stade, sont légères.
Mais qui a pris la photo et surtout où est
l'enfant abusé? Ne pas pouvoir répondre à
cette question enrage la plupart des enquêteurs.
Jugée en ce moment à Montréal, la sordide
affaire d'une fillette abusée par son père,
photographiée et livrée sur internet, redonne
de l'espoir. Ce sont des policiers vaudois et bernois qui
sont à l'origine de l'arrestation en 2002 du Québécois
et de son complice. Arnold Poot, de la Brigade des mineurs
du canton de Vaud, parle d'un «coup de chance».
«Nous avons pu infiltrer un groupe très actif
dans l'échange d'images dont certaines étaient
inédites et récentes. Ces séries nous
intéressaient car nous pensions que ce groupe les produisait
lui-même et que nous pourrions donc identifier des victimes.
Ses membres résidaient dans une dizaine de pays, dont
la Suisse. Nous avons mis dans cette affaire les moyens qu'il
fallait et collaboré avec toutes les polices nationales
concernées. Des dizaines d'enfants ont été
sauvés dont la fillette québécoise. Des
procès liés à cette opération
appelée Piranhas se déroulent un peu partout.
En Suisse, le présumé coupable devrait bientôt
être jugé».
UNE AIGUILLE DANS LE FOIN
Il est aussi rare que difficile de pouvoir remonter
à la source des images qui circulent sur internet.
Rare parce que la plupart des images proviennent de pays où
la police reste passive. Ce n'est pas un hasard si ces même
pays, dont la Russie, l'Ukraine, la Corée, abritent
aussi quantité de sites à caractère pédophile.
Et difficile car les auteurs savent qu'en Occident, la traque
s'organise et ils deviennent de plus en plus prudents. Ils
cachent les visages des victimes, tournent dans des chambres
d'hôtel où ils suspendent des draps blancs partout
pour qu'aucun détail ne les trahisse. «Si on
voir tout ce qui circule sur internet, ce que nous parvenons
à démanteler est une aiguille dans une meule
de foin. Mais sauver même un seul enfant, c'est énorme
et c'est ce qui nous motive!».
C'est justement dans le but
de délivrer une victime de l'enfer que la Brigade spécialisée
du canton de Vaud, pionnière en Suisse dans ce type
de missions, se concentre avant tout sur les photos récentes
et inédites qui signifient peut-être que l'enfant
est en ce moment même abusé quelque part dans
le monde.
LA PECHE AU GROS
Si les Vaudois sont passés maîtres en Suisse
dans l'art de la plongée dans les eaux glauques de
la pédophilie, à la Police fédérale
à Berne, on fait dans la pêche industrielle et
on ne crie que rarement victoire. Le Service de coordination
de la lutte contre la criminalité sur internet (Scoci)
exerce avant tout une tâche d'observation des échanges
sur le Net, d'analyse du matériel à caractère
illicite en circulation avant de transmettre les dossiers
aux cantons ou pays concernés. «L'idéal
serait de pouvoir faire des liens entre les gens qui se font
prendre dans les mailles de notre filet, centraliser et répertorier
les images pour les analyser et chercher où elles ont
été prises», avoue Mauro Vignati, analyste
au Scoci. «Les Vaudois le font. Mais à l'échelle
nationale, nous n'en avons pas les moyens. En Allemagne par
exemple, ils ont des spécialistes qui tentent, à
partir du détail d'une photo comme une prise murale,
de remonter à une zone géographique précise».
GARDIENS DE PARKING
Traquer le consommateur qui ne fait que télécharger
des images, c'est aussi s'habituer à l'entendre répondre
qu'il aime les enfants et ne fait rien de mal en regardant.
«A mon avis, les peines sont trop légères.
Une amende de 200 francs, ce n'est pas dissuasif. Il y a des
gens qui ont été interpellés dans le
cadre de l'opération Genesis et qu'on a retrouvés
deux ans plus tard dans Falcon, la seconde grosse opération
anticyberpédophilie sur territoire suisse. Dans ces
moments, j'ai l'impression de faire un travail de gardien
de parking», désespère Mauro Vignati.
Sur le terrain, on est un peu moins fataliste. Pour Michel
Molliet, sous-chef de la Brigade des moeurs du canton de Fribourg.
«Plusieurs suspects de l'opération Falcon nous
ont dit qu'ils étaient soulagés qu'on intervienne.
D'où l'utilité de cette mission. On peut se
dire que sans ces interpellations, ils seraient peut-être
passés à l'acte un jour!»
Depuis
Genesis, Fribourg s'est équipé
Tous les cantons ont dû engager des spécialistes
en informatique pour travailler sur le matériel saisi
dans le cadre d'enquêtes liées à la pédophilie
ou à la pornographie juvénile sur internet.
Fribourg n'est pas en reste. L'opération Genesis a
indéniablement motivé l'engagement d'une personne
et l'achat d'un équipement informatique adéquat
pour près de 100 000 francs.
Genesis? Pour rappel, il s'agit de la première grosse
opération de cyberpédophilie coordonnée
en 2002 par la Police fédérale. Dans le canton
de Fribourg, treize personnes étaient concernées
(1300 suspects dans toute la Suisse). A cette époque,
démunie, la police cantonale avait dû mandater
une entreprise privée pour analyser le matériel
saisi, soit 25 disques durs, sans compter les disquettes,
CD-Rom, cassettes VHS et DVD. C'est Junior Entreprise qui
a été choisie. Il s'agit d'une association qui
fonctionne avec des étudiants fribourgeois spécialisés
dans tous les domaines. Ils travaillent sur des mandats, ce
qui leur permet de faire d'intéressantes expériences
professionnelles.
«QUELQU'UN DOIT LE FAIRE»
«On me demande beaucoup mais j'ai aussi beaucoup d'autonomie.
Ce qui m'intéressait dans le poste était le
côté technique et analytique et aussi de mettre
en place l'infrastructure. C'est forcément moins agréable
de devoir visionner de telles images. Mais quelqu'un doit
le faire», raconte-t-il. «Dès que je reçois
une machine à analyser, je commence par faire une copie
de sécurité. Le juge d'instruction a besoin
très rapidement d'un signal positif que l'ordinateur
contient des éléments à charge.»
A Fribourg, Falcone, c'est une trentaine de disques durs,
600 cd-Rom, 400 cassettes VHS, quinze personnes interpellées.
Une opération plus importante que Genesis. Un homme
a même avoué des abus sexuels sur sa propre fille.
Un autre, photographe à ses heures, fait l'objet d'une
enquête pour déterminer s'il a diffusé
du matériel.
DE PARTOUT
«Actuellement, on en est aux deux tiers de l'analyse
de tout ce qui a été saisi. Je compte finir
d'ici à la fin de l'année s'il n'y a pas une
nouvelle grosse affaire entre-temps», explique Laurent
Egger qui doit gérer son temps en fonction des urgences.
«S'il y a une mise en détention préventive,
le juge veut avoir les premiers résultats le plus vite
possible.»
C'est qu'il n'y a pas que Falcone qui occupe le jeune spécialiste.
Le matériel informatique est maintenant systématiquement
saisi dans toutes les affaires de moeurs, soit actuellement
une quinzaine d'enquêtes en cours. Et la Police fédérale
a transmis au canton de Fribourg une dizaine de cas de téléchargement
de pornographie enfantine en 2004.
La traque
passe par Berne
Informaticien, ingénieur, spécialiste en réseaux,
ancien journaliste: ils sont quatre à Berne à
passer leurs journées à traquer le téléchargement
en Suisse d'images de pornographie enfantine. Le Service de
coordination de la lutte contre la criminalité sur
internet (Scoci)
transmet ensuite aux cantons les affaires les concernant.
«La compétence cantonale est importante car derrière
une série d'images téléchargées
par un consommateur, il peut y avoir un cas lourd avec abus
d'enfants. Et ça, internet ne le dit pas», expliquent
Mauro Vignati et Raphaël Colliard qui partagent un bureau
au Scoci.
A part Zurich qui oeuvre en solitaire, tous les cantons participent
au financement de cette cellule chargée de dépister
toutes formes de cybercriminalité même si la
pédophilie est une priorité. Comment ça
fonctionne? Des centaines de titres de films ont été
répertoriés. Lorsqu'un amateur s'y intéresse
et procède à un téléchargement
via le système «peer to peer» (système
d'échange de fichiers sans passer par un site internet),
le Scoci le repère. La tâche ne s'arrête
pas là puisqu'il faut encore à partir du numéro
d'identité de l'ordinateur utilisé trouver son
propriétaire. «Et nous téléchargeons
également le film pour voir s'il s'agit bien de pédophilie
avant de transmettre le cas au canton», explique M.
Vignati.
Le Scoci s'intéresse également aux «chat
rooms» pour voir si un internaute y cherche une relation
avec un enfant. Et il agit aussi sur dénonciation des
internautes qui tombent au gré de leur navigation sur
internet sur des sites douteux. Les dénonciations qui
parviennent au Scoci ne concernent que rarement la Suisse
mais des sites hébergés dans des pays tiers
où sont transmis les cas. En juin 2004, le Scoci a
transmis 64 cas aux cantons, dont deux grâce à
des dénonciations de privés et 62 grâce
à son propre système de surveillance.
«On regarde juste le début des films. Pas besoin
d'un visionnement complet pour déterminer s'il s'agit
de pédophilie ou de pornographie simple. De même
pour les photos, on s'attarde sur deux ou trois images avant
de les transmettre aux juristes et analystes de notre service».
MAG
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