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Privilégier
la garde alternée
La garde alternée comme modèle en
cas de divorce. Isabelle Simonis y songe. Une majorité
d'experts, psychologues et avocats s'accordent.
Un
couple qui se sépare. Et l'enfant, là, au milieu.
Balancé entre père et mère qui parfois se déchirent
ou parfois s'arrangent. Et voilà que papa n'est plus
là pour le bisou du soir, qu'il devient partenaire
de jeu un week-end sur deux, parfois un mercredi sur
deux aussi. Et l'enfant fait ses valises, passe d'une
chambre à l'autre parfois plusieurs fois par semaine.
Ou
bien les liens avec le père se dénouent petit à petit,
sans qu'on y prenne garde. Les week-ends s'espacent.
Une histoire banale comme il y en a tant.
La
mère obtient la garde, le père un droit de visite
et l'enfant suit.
Depuis une quinzaine d'années, de plus en plus
de parents s'accordent sur la garde alternée. S'accordent,
car lorsqu'il y a désaccord, les juges octroient
généralement la garde à l'un des parents.
Un
parent qui veut la garde alternée est obligé de demander
la garde exclusive pour finalement obtenir la garde
alternée, explique Didier Pire, avocat. Cela signifie
nécessairement un procès et donc dire du mal de l'autre
parent.
Didier Pire est l'un des participants aux Etats généraux
de la Famille, initiés à l'automne par la secrétaire
d'Etat à la Famille, Isabelle Simonis (PS). Actif
au sein du groupe de travail " familles et droit civil
et judiciaire ", il note une large convergence pour
présenter la garde alternée comme modèle. Mais il
nuance : On est tous d'accord pour dire qu'il n'y
a pas de bonne solution. En cas de séparation, un
enfant veut que ses parents restent ensemble. Point.
Nous sommes aussi tous d'accord pour dire que le procès
est nuisible. C'est donc pour limiter les conflits
que la solution de la garde partagée est envisagée.
Isabelle Simonis est sensible à cette problématique.
Elle souhaite que le débat, notamment au niveau politique,
puisse s'engager. Dans l'intérêt de l'enfant.
En cas de séparation, il faut se demander comment
le lien peut perdurer avec les deux parents. Aujourd'hui,
les couples qui se séparent ne savent pas à quoi s'en
tenir sur l'hébergement de l'enfant. Il est généralement
encore accordé à la mère. Il me semble important
de veiller à une égalité de traitement des parents
dans l'intérêt de l'enfant. Suivant l'avis majoritaire
du groupe de travail, la secrétaire d'Etat envisage
de faire de la garde alternée la règle générale.
Elle n'envisage pas pour l'instant de déposer de projet
de loi, préférant attendre la conclusion des Etats
généraux en avril. Didier Pire croit en la force d'exemple
de la loi. Il plaide pour que la garde alternée soit
la règle qui permette de dire qu'à défaut d'autre
chose, on fait cela.
Sabine
Baudoux est également membre du groupe de travail.
Elle est psychologue expert et membre de l'association
francophone des experts en matière de maltraitance.
Pour elle et son association aussi, la garde alternée
s'impose. On se rend compte d'une augmentation
des conflits en matière de divorce, explique-t-elle.
On assiste à des batailles très virulentes entre parents
et des enfants qui vont de moins en moins bien. Il
faut arriver à une norme optimale, une norme sociale,
avec des conditions bien sûr. Pour nous, la norme
doit être le droit de l'enfant à entretenir des relations
équitables avec ses deux parents.
La
garde alternée convient pour les enfants de plus ou
moins trois ans jusqu'à environ 14 ans, indique Sabine
Baudoux.
Pour
des enfants plus jeunes, il est important de continuer
le lien de maternage.
L'adolescent, lui, a souvent besoin de poser ses valises
quelque part.
Si
la garde alternée devient la règle, elle souffrira
bien évidemment des exceptions, notamment en cas de
problème grave de maltraitance, de l'indisponibilité
des parents ou d'éloignement. Nous estimons qu'il
faudrait démontrer la non-faisabilité de la garde
alternée sur base de critères objectifs, estime la
psychologue.
Pour trancher, il faut favoriser le parent qui
respecte le plus l'autre parent, qui préserve l'image
de l'autre. Certains s'opposent à la garde alternée,
parce que l'enfant a du mal à assumer ses deux maisons.
Ils ont de toute façon deux maisons, indique Isabelle
Simonis. Et il est parfois plus difficile à faire
comprendre à l'enfant qu'il a deux maisons quand il
ne va chez son père qu'un week-end sur deux. En plus
dans le cas où l'enfant va un mercredi sur deux et
un week-end sur deux chez son père, la garde alternée
présente moins de déménagements. On ne va pas trouver
de système parfait, reconnaît Sabine Baudoux. Certains
enfants, par exemple, sont plus attachés à la maison
familiale qu'à leurs parents. Mais des études,
au Canada notamment, ont montré que la garde alternée
est le système le plus satisfaisant pour les parents,
à part pour les mères fusionnelles. Pour les enfants,
la garde alternée est vécue comme le système le plus
juste et les enfants ont besoin de justice.
ISABELLE
LEMAL http://www.lesoir.be/rubriques/belg/page_5168_181200.shtml
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