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Justice
· Il avait demandé la garde de son fils, son ex-femme l'a
accusé d'en avoir abusé sexuellement. Voilà trois ans que
cet homme lutte pour remplir son rôle de père.
marc-roland zoellig
Paul*,
42 ans, est aujourd'hui un homme à bout. Voilà trois ans qu'il
essaye vainement d'obtenir la garde de son fils Kevin*. A
la suite de son divorce, prononcé début 2000 après une année
de séparation, Paul doit se rendre à l'évidence: faire respecter
son droit à voir Kevin, bientôt 7 ans, ne sera pas une sinécure.
La goutte qui fera déborder le vase: un conflit au sujet
du droit de visite survenu durant la période de Noël 2000.
«C'est là que je me suis décidé à demander la garde de mon
fils.»
Une requête
en ce sens est déposée en avril 2001, et une enquête diligentée
auprès de l'Office cantonal des mineurs. Ce qui va alors arriver,
Paul ne l'imaginait pas dans ses pires cauchemars. «Le
jour même où l'enquête devait démarrer, mon ex-femme a porté
plainte contre moi pour abus sexuels envers Kevin.» La
«preuve» à charge: une expertise médicale faisant état d'irritations
que Kevin montrait au niveau du fondement. «J'avais fait du
vélo avec mon fils par une journée ensoleillée. Après, il
s'était plaint de douleurs, probablement causées par le frottement
des vêtements. Je pense qu'il s'est ensuite gratté.»
Classé
sans suite
Pour cet homme habitant un petit village du district de la
Veveyse, le monde s'écroule. Après une douloureuse procédure
pénale, il obtiendra bien 2000 francs de tort moral dans cette
affaire, mais l'argent ne compensera jamais, selon lui, le
préjudice subi. «Pendant une année, je n'ai plus eu le droit
de voir mon fils!»
Surtout,
Paul ne peut accepter que Françoise Morvant, juge d'instruction
alors en charge du dossier, ne l'ait pas formellement
innocenté. «Elle s'est contentée de classer l'affaire sans
suite, comme pour s'en débarrasser!» Dans le même temps,
la plainte qu'il avait lui-même déposée contre son ex-épouse
pour dénonciation calomnieuse a en revanche débouché sur un
non-lieu.
Pourtant,
explique Paul, l'enquêtrice mandatée par l'Office des mineurs
- qui intervenait, il est vrai, dans la procédure civile (demande
de garde) et non dans le volet pénal de l'affaire - a pondu
un rapport en sa faveur. «Elle m'a même confié que Kevin lui
avait dit que c'est mon ex-femme qui l'avait obligé à prétendre
que je lui avais, excusez-moi, mis le doigt dans le «cucul.»
Cet élément ne figure toutefois pas dans le rapport de la
collaboratrice, et Paul soupçonne qu'elle a subi des pressions
de la part de sa hiérarchie.
poursuites:
l'engrenage
Des allégations que Stéphane Quéru, chef de l'Office cantonal
des mineurs, nie évidemment avec force. A la décharge de Paul,
on peut avancer que les déconvenues subies durant trois ans
l'ont amené à devenir méfiant vis-à-vis de la machinerie judiciaire.
«Je vis dans un petit village où tout se sait. J'ai été arrêté
par la police, puis ai passé une journée en garde-à-vue. Ensuite,
je devais sans cesse demander congé pour aller au tribunal.
J'ai fini par perdre aussi mon travail. Maintenant, je vis
de boulots intérimaires.»
Et là,
une autre spirale infernale s'est mise en marche: celle des
poursuites. Condamné à verser une pension alimentaire à son
ex-femme, Paul n'a, prétend-il, plus été en mesure de payer.
«A ce jour, j'en suis à trois poursuites et deux plaintes
pénales. J'ai déjà été condamné à 10 jours de prison avec
sursis pour non-paiement de pension alimentaire. Maintenant,
on me menace de liquider mon chalet», énumère-t-il.
Contre-attaquer?
Demander une baisse de pension alimentaire, recourir contre
le non-lieu dont a bénéficié son ex-femme dans l'affaire des
accusations d'abus? «Il faut de l'argent pour ça. La justice,
on dirait que c'est réservé aux riches!»
De fait,
après trois ans de procédures, son ex-épouse conserve toujours
fermement la garde de Kevin. «Ce qui ne l'empêche pas de me
le confier dès que ça l'arrange. C'est quand même étonnant
de la part d'une personne qui m'a accusé de pédophilie! Durant
les fêtes de fin d'année, je me suis occupé de mon fils pendant
que madame était en vacances. Et elle n'a même pas appelé
pour lui souhaiter bonne année!»
Le jour
où Paul s'est confié à La Liberté, Kevin se trouvait d'ailleurs
chez lui. «Si je parle aujourd'hui, c'est aussi pour tenter
d'empêcher que d'autres aient à vivre ce que je subis», confie
le père bafoué. Dans le délicat dossier de l'attribution
de l'autorité parentale, les femmes ont tout simplement trop
de droits, estime-t-il.
MRZ
*Prénoms
fictifs
Une
arme très efficace pour priver le conjoint de son droit
D'après la juge d'instruction Yvonne Gendre, le cas de
figure où le conjoint divorcé ayant obtenu la garde -
généralement l'ex-épouse - accuse son ancien partenaire
d'abus sexuels envers leur enfant dans le cadre de l'exercice
du droit de visite se présente parfois, même s'il est
peu fréquent. Elle-même instruit actuellement quelques-uns
de ces dossiers. «Mais ils ne représentent qu'une petite partie
de l'ensemble des affaires d'abus», précise-t-elle.
Cela
n'est pas si "peu fréquent" puisque cette
problématique a coûté la présidence
du CIDE à Georges Glatz, qui a accueilli plusieurs
femmes en fuite, armées des mêmes allégations
contre leur ex-partenaire !
Dans ces
procédures particulièrement délicates, il importe de maintenir
une attitude aussi objective que possible. «Si des éléments
concrets laissent supposer que l'enfant a été influencé, alors
une prudence extrême s'impose», explique la magistrate. Même
si, poursuit-elle, «l'enfant dit vrai dans la majorité des
cas. Des circonstances extérieures, telles qu'une situation
conflictuelle survenue à la suite d'un divorce, ne doivent
surtout pas le pénaliser.»
Il n'arrive
en effet que très rarement qu'un jeune enfant invente des
accusations, note Yvonne Gendre. «Mais il peut arriver qu'il
soit influencé par des suggestions», nuance-t-elle. Dans des
circonstances très particulières, comme un divorce difficile,
les fausses accusations d'abus sexuels peuvent donc constituer
«une arme très efficace» pour priver un conjoint de son droit
de visite, reconnaît la magistrate.
«Une
arme efficace»
«Cette problématique est d'ailleurs amplement documentée»,
remarque-t-elle. Le phénomène, relativement récent et difficile
à quantifier d'un point de vue statistique, est semble-t-il
apparu dans les années 1990, d'abord dans les pays anglo-saxons.
La plupart des études qui y sont consacrées abordent avant
tout la question sous l'angle psychologique. Elles relèvent
que ces fausses allégations ne sont souvent pas volontairement
mensongères (critère pour que l'on puisse parler de dénonciation
calomnieuse au sens pénal), mais découlent d'une grande inquiétude
se transformant peu à peu en certitude. Un exemple: «Une mère
peut constater des rougeurs sur les parties intimes de son
enfant et s'en inquiéter, même si elles ne sont pas forcément
la conséquence d'un abus.»
Dans
ce cas, pourquoi déclencher la machine judiciaire ?
Le médecin qui a fait le constat des rougeurs a-t-il
laissé plâner le moindre doute d'abus ? Et l'enfant:
Qu'en disait-il ?
La Loi
sur l'aide aux victimes d'infractions (LAVI) prévoit, depuis
sa révision en octobre 2002 - donc une année trop tard pour
que Kevin puisse en bénéficier, ndlr - que l'enfant soit auditionné
dans des conditions permettant une objectivité maximale. Entendu
en présence d'un psychologue par des policiers spécialement
formés, son témoignage est en outre enregistré sur vidéo.
De plus, des progrès ont été faits dans l'analyse du contenu
des déclarations, et il est possible de recourir à des expertises
de crédibilité. Il s'agit, conclut Yvonne Gendre, d'examiner
toutes les hypothèses, tant par égard pour les victimes que
pour éviter que des ex-conjoints soient sanctionnés sur la
base de fausses accusations.
MRZ
Un
an sans voir son fils, la perte de son emploi, de son honneur
ne seraient, selon cette juge d'instruction, pas une sanction
?
Une
sanction "réparée" par CHF 2000.-
: De qui se moque-t-on ?
Qu'a-t-on
fait des déclarations de l'enfant ?
Pourquoi
citer ce qui serait actuellement fait lors de l'audition d'un
enfant, alors que *Kevin n'en n'a pas profité ?
«Une
affaire réglée»
«Pour ma cliente, cette affaire est considérée comme réglée.»
L'avocat de l'ex-femme de Paul est catégorique: les déchirements
concernant l'exercice du droit de visite, c'est du passé.
«Lorsqu'elle a porté plainte, ma cliente n'était elle-même
pas persuadée que son fils avait été abusé.» C'est à la
suite d'un rapport médical établi par le service de pédopsychiatrie
de l'Hôpital cantonal, auquel elle avait confié son fils sur
le conseil d'un pédiatre, qu'elle a actionné la justice. Et
quand la procédure pénale s'est conclue par un classement,
elle a été d'accord que son ex-mari reprenne son droit de
visite. Aujourd'hui, poursuit l'avocat, Paul et son fils entretiennent
de bonnes relations. Sa cliente n'entend pas les contrecarrer.
Le problème
viendrait plutôt de l'«entêtement» de Paul à ne pas vouloir
payer sa pension alimentaire: «Il nous en veut, à ma cliente
et à moi-même, de l'avoir privé du droit de voir son fils
pendant la procédure pénale.» A part ça, le dossier évoluerait
plutôt favorablement, et ne serait «pas représentatif» des
situations bloquées survenant parfois lors de divorces conflictuels.
MRZ La Liberté 03.02.2004
Mettre
le versement d'une pension alimentaire en enjeu contre l'équilibre
affectif de son fils ...et l'honneur d'un homme est tout simplement
inqualifiable. Et il y des avocats pour estimer de telles
allégations de si peu d'importance que "les déchirements,
c'est du passé".
Pas pour tout le monde !
Les textes
en rouge sont des commentaires de la vice-présidente
de la Fondation FREDI
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