Dernière mise à jour : 27/01/2005


«Notre société vit la fin de l'ère patriarcale, mais n'encourage pas les pères qui veulent s'investir dans la relation avec leurs enfants.»

 

 

«Voir ses enfants tous les quinze jours, est-ce suffisant?»

 

Le long combat des pères divorcés

Stanislaw Buchs et François Albertini échangent expériences de vie et difficultés de parcours. Pour garder leur place de père.

Des histoires de vie différentes, mais un combat identique.
Pour Stanislaw Buchs, 44 ans, et François Albertini, 51 ans, le maintien de leur rôle paternel après leur divorce a été gagné pas à pas. Trois enfants de deux unions, Stanislaw a la garde de sa fille aînée, 18 ans, et voit les deux autres dix jours par mois. Quant à François, il vit avec son fils aîné depuis quelques années et ne voit le cadet que pendant les vacances. Propos de deux pères impliqués.

Stanislaw: Quand on divorce, on perd sa femme, c'est déjà un trauma-tisme énorme. Après, on perd le contact quotidien avec ses enfants. Les voir tous les quinze jours, est-ce suffisant? Est-ce qu'on accepterait de mettre son chien au chenil et de le voir un week-end sur deux? Non. Un enfant, on a besoin de le voir tout le temps, de l'entendre dormir, manger, de l'amener à l'école...

François: Dans mon cas, c'est moi qui avais pris la décision de partir, mais c'est aussi l'éloignement des enfants qui a été le plus dur. Il a fallu reconstruire la relation avec eux.

Stanislaw: On vit à genoux, dans l'angoisse que la mère de vos enfants parte à l'étranger avec eux, qu'elle s'éloigne et qu'on ne puisse plus les voir. On doit tout grappiller, d'autant que tout peut nous être retiré à tout moment.Pour ma fille aînée, ça m'a pris dix ans pour avoir la garde définitive. C'est une guerre permanente.

François: Quand ma femme est partie en France avec mes deux fils, je n'ai rien pu faire. Un an après, le grand a voulu vivre avec moi. Il a pu venir parce qu'à 12 ans, il était assez grand pour être entendu. Mais je n'ai pas retrouvé l'autorité parentale, on m'a donné la garde. C'est à bien plaire, comme si j'étais sous tutelle. Dans ce genre de procédure, on essaie toujours de faire passer l'homme pour moins responsable que la femme.

Stanislaw: C'est tellement injuste. Pour l'enfant aussi, qui voit son père humilié, interdit de décider quoi que ce soit d'un jour à l'autre. Si je veux aller skier avec mes enfants, je dois demander l'autorisation à leur mère, si je veux aller au cirque, aussi.

François: L'image paternelle est complètement démantibulée. Notre société vit la fin de l'ère patriarcale, mais n'encourage pas les pères qui veulent s'investir dans la relation avec leurs enfants. Cette première génération de papas poules en prend plein la figure!

Stanislaw: Il n'y a aucune égalité dans ce domaine. Quand un père aimerait assumer son rôle, le juge veut tout savoir. J'ai dû dire combien d'heures je travaillais par jour, qui ferait le petit-déjeuner des enfants le matin, qui s'en occuperait quand je ne serai pas là... La mère, elle, n'a besoin de rien justifier.

François: Une majorité d'hommes ne s'investissent pas, du coup on devient suspects parce que nous, les nouveaux pères, on en fait trop...

Stanislaw: Parce que je demandais plus de deux week-ends de garde par mois, on m'a reproché mon trop grand attachement à mes enfants, on m'a dit de me soigner! Mais c'est un attachement normal. Je me suis levé pour eux la nuit quand ils étaient tout petits... Pourquoi ne dit-on jamais à une mère qu'elle est trop attachée?

François: On est loin du modèle de nos pères, qui rentraient du travail et lisaient le journal. On sait s'occuper des bains, du repassage, des commissions...

Stanislaw: J'ai élevé ma première fille tout seul, avec mon travail à 100%. On ne remplace pas la mère, mais onsait faire les repas, la lessive... Et on a du plaisir à être avec nos enfants!

François: J'ai le souci de transmettre à mes garçons l'envie d'être indépendants et autonomes. Je ne voudrais pas qu'ils soient démunis et dépendants d'une femme.Stanislaw: En fait, je crois que si la pension alimentaire n'entrait pas en jeu, on aurait la moitié de la garde à tousles coups.

François: Tout à fait. Ce système centré autour de l'argent pourrit tout, les avocats vivent de ça et font durer les procédures...Stanislaw: Après un divorce, certains hommes se retrouvent à la rue, à vivre dans un studio, ne peuvent plus recevoir leurs enfants. C'est un cercle vicieux. Je ne me bats pas pour moi, mais pour mes enfants, pour qu'ilsaient un père.

François: D'après les sociologues, les enfants sans père sont décentrés, manquent d'une partie importante d'eux-mêmes. La société en souffre aussi en fin de compte.

Il faut changer la loi. Pourquoi le juge ne donne-t-il pas l'autorité parentale conjointe dès le départ?
Ce serait enfin l'enterrement complet du machisme et des stéréotypes masculins! Il faut que les juges encouragent la médiation, cette tentative de discussion en terrain neutre qui amènerait les parents à s'arrangerpar rapport aux intérêts de l'enfant. Car c'est finalement lui qu'il faut remettre au centre et protéger.

Propos recueillis par Patricia BrambillaPour en savoir plus: www.sospapa.ch

Parole d'expert

L'avis de Pierre Baechler, 45 ans, est vice-président du Mouvement de la condition paternelle à Fribourg.

Le nouveau droit du divorce a-t-il amélioré la condition des pères?
La notion de faute a été supprimée et l'autorité parentale conjointe est désor-mais possible dans les cas de divorce à l'amiable. Ce qui est positif. Pourtant, dans 90% des cas conflictuels, c'est la mère qui a l'autorité parentale. Le nouveau droit n'a donc rien changé. Une étude a montré que 40% des pères perdent tout contact avec leur enfant dans les trois ans qui suivent un divorce. La justice ne fait rien pour faire respecter le droit de visite. Il y a une attitude générale à mettre les papas de côté.

La situation est-elle plus favorable pour les hommes dans les autres pays européens?
Oui, en France ou en Allemagne par exemple, l'autorité parentale conjointe est la règle. Ici, les pères sont laissés pour compte. Or, l'égalité doit aussi régner dans l'éducation des enfants. Une pétition à ce sujet vient d'être lancée par les Mouvements de la condition paternelle pour soutenir le récent postulat d'un parlementaire.

Quels conseils donner à un père confronté au divorce?
Que ça vaut la peine de se battre pour ses enfants. Qu'il vaut mieux tenter une médiation plutôt que de remplir les poches des avocats. Un enfant n'a pas trop de ses deux parents, mais qu'on laisse aux papas qui le désirent la possibilité d'assumer leur rôle.

Pour plus d'infos: www.mcp-fr.cArticle paru dans Migros-Magazine N°4, 25.01.2005

Note de FREDI:

Priver un enfant d'une présence masculine, d'un référent masculin, on le sait, nuit à l'épanouissement de l'enfant.

Les avocats, les juges doivent absolument être astreints à une formation dans le sens de la psychologie de l'enfant, de l'adolescent s'ils envisagent de prendre en charge des dossiers familiaux.

Les pères (et les mères) qui se voient privés de leur(s) enfant(s) ne doivent jamais abandonner leur combat pour entretenir leur relation parentale avec leur(s) enfant(s), car il viendra un moment, à l'adolescence, par exemple, où ceux-ci auront besoin d'eux. Ils devront alors pouvoir prouver qu'ils ont fait tout ce qui leur était possible pour maintenir la relation. L'enfant appréciera, avec sa raison et son coeur.

Dans le lobbying qui se crée, pour faire reconnaître la nécessité d'une bi-parentalité, il serait bon de recueillir les témoignages d'enfants que la loi, les juges, les SEJ ont privés de l'autre parent ou tout bonnement de leur famille.Cela aurait le mérite de donner davantage de crédit à tous ces parents qui se battent pour maintenir leur rôle de parent.

Enfin, il faut relever que si des pères sont bien contents de ne pas avoir à s'occuper de leurs enfants, il en existe qui se soucient réellement de l'avenir de leur(s) enfant(s) et, même si le couple a éclaté - une affaire d'adultes! - on doit absolument veiller à maintenir une relation biparentale avec les enfants du divorce.

Et surtout, lorsqu'une femme allègue tout soudain, après des années sans problèmes, des attouchements sexuels ou un viol sur l'enfant lors de l'exercice du "droit de visite", il faut se méfier et ne jamais oublier que ces accusations font aussi du mal à l'enfant, qui se demandera toujours la part de vérité de ces propos, à force de les avoir entendus.

Un parent (très souvent la mère) qui utilise de fausses allégations de maltraitance et d'abus sexuels dans le seul but de discréditer son ex-partenaire doit être sévérement sanctionnée, c'est important pour couper cette épidémie, honteuse, sournoise, destructrice et nuisant fortement aux véritables cas de maltraitances. Cette sanction doit être prévue par la loi etne pas se limiter à une amende de quelques centaines de francs!

Il ne faut pas oublier, non plus, que le nombre d'enlèvements parentaux ne cesse de croître, et cet accroissement n'est pas étranger avec la frustration que l'on inflige à certains parents. Des jugements plus intelligents feraient partie d'une prévention en ce domaine.