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«Voir
ses enfants tous les quinze jours, est-ce suffisant?»
Le long
combat des pères divorcés
Stanislaw
Buchs et François Albertini échangent expériences
de vie et difficultés de parcours. Pour garder leur
place de père.
Des histoires
de vie différentes, mais un combat identique.
Pour Stanislaw Buchs, 44 ans, et François Albertini,
51 ans, le maintien de leur rôle paternel après
leur divorce a été gagné pas
à pas. Trois enfants de deux unions, Stanislaw
a la garde de sa fille aînée, 18 ans, et voit
les deux autres dix jours par mois. Quant à François,
il vit avec son fils aîné depuis quelques années
et ne voit le cadet que pendant les vacances. Propos de deux
pères impliqués.
Stanislaw:
Quand on divorce, on perd sa femme, c'est déjà
un trauma-tisme énorme. Après, on perd le contact
quotidien avec ses enfants. Les voir tous les quinze jours,
est-ce suffisant? Est-ce qu'on accepterait de mettre son chien
au chenil et de le voir un week-end sur deux? Non. Un enfant,
on a besoin de le voir tout le temps, de l'entendre dormir,
manger, de l'amener à l'école...
François:
Dans mon cas, c'est moi qui avais pris la décision
de partir, mais c'est aussi l'éloignement des enfants
qui a été le plus dur. Il a fallu reconstruire
la relation avec eux.
Stanislaw:
On vit à genoux, dans l'angoisse que la mère
de vos enfants parte à l'étranger avec eux,
qu'elle s'éloigne et qu'on ne puisse plus les voir.
On doit tout grappiller, d'autant que tout peut nous être
retiré à tout moment.Pour ma fille aînée,
ça m'a pris dix ans pour avoir la garde définitive.
C'est une guerre permanente.
François:
Quand ma femme est partie en France avec mes deux fils, je
n'ai rien pu faire. Un an après, le grand a voulu vivre
avec moi. Il a pu venir parce qu'à 12 ans, il était
assez grand pour être entendu. Mais je n'ai pas retrouvé
l'autorité parentale, on m'a donné la garde.
C'est à bien plaire, comme si j'étais sous tutelle.
Dans ce genre de procédure, on essaie toujours de faire
passer l'homme pour moins responsable que la femme.
Stanislaw:
C'est tellement injuste. Pour l'enfant aussi, qui voit son
père humilié, interdit de décider quoi
que ce soit d'un jour à l'autre. Si je veux aller skier
avec mes enfants, je dois demander l'autorisation à
leur mère, si je veux aller au cirque, aussi.
François:
L'image paternelle est complètement démantibulée.
Notre société vit la fin de l'ère patriarcale,
mais n'encourage pas les pères qui veulent s'investir
dans la relation avec leurs enfants. Cette première
génération de papas poules en prend plein la
figure!
Stanislaw:
Il n'y a aucune égalité dans ce domaine. Quand
un père aimerait assumer son rôle, le juge veut
tout savoir. J'ai dû dire combien d'heures je travaillais
par jour, qui ferait le petit-déjeuner des enfants
le matin, qui s'en occuperait quand je ne serai pas là...
La mère, elle, n'a besoin de rien justifier.
François:
Une majorité d'hommes ne s'investissent pas, du coup
on devient suspects parce que nous, les nouveaux pères,
on en fait trop...
Stanislaw:
Parce que je demandais plus de deux week-ends de garde par
mois, on m'a reproché mon trop grand attachement à
mes enfants, on m'a dit de me soigner! Mais c'est un attachement
normal. Je me suis levé pour eux la nuit quand ils
étaient tout petits... Pourquoi ne dit-on jamais à
une mère qu'elle est trop attachée?
François:
On est loin du modèle de nos pères, qui rentraient
du travail et lisaient le journal. On sait s'occuper des bains,
du repassage, des commissions...
Stanislaw:
J'ai élevé ma première fille tout
seul, avec mon travail à 100%. On ne remplace pas la
mère, mais onsait faire les repas, la lessive... Et
on a du plaisir à être avec nos enfants!
François:
J'ai le souci de transmettre à mes garçons l'envie
d'être indépendants et autonomes. Je ne voudrais
pas qu'ils soient démunis et dépendants d'une
femme.Stanislaw:
En fait, je crois que si la pension alimentaire n'entrait
pas en jeu, on aurait la moitié de la garde à
tousles coups.
François:
Tout à fait. Ce système centré autour
de l'argent pourrit tout, les avocats vivent de ça
et font durer les procédures...Stanislaw:
Après un divorce, certains hommes se retrouvent à
la rue, à vivre dans un studio, ne peuvent plus recevoir
leurs enfants. C'est un cercle vicieux. Je ne me bats pas
pour moi, mais pour mes enfants, pour qu'ilsaient un père.
François:
D'après les sociologues, les enfants sans père
sont décentrés, manquent d'une partie importante
d'eux-mêmes. La société en souffre aussi
en fin de compte.
Il faut
changer la loi. Pourquoi le juge ne donne-t-il pas l'autorité
parentale conjointe dès le départ?
Ce
serait enfin l'enterrement complet du machisme et des stéréotypes
masculins! Il faut que les juges encouragent la médiation,
cette tentative de discussion en terrain neutre qui amènerait
les parents à s'arrangerpar rapport aux intérêts
de l'enfant. Car c'est finalement lui qu'il faut remettre
au centre et protéger.
Propos
recueillis par Patricia BrambillaPour
en savoir plus: www.sospapa.ch
Parole
d'expert
L'avis
de Pierre Baechler, 45 ans, est vice-président du Mouvement
de la condition paternelle à Fribourg.
Le nouveau
droit du divorce a-t-il amélioré la condition
des pères?
La
notion de faute a été supprimée et l'autorité
parentale conjointe est désor-mais possible dans les
cas de divorce à l'amiable. Ce qui est positif. Pourtant,
dans 90% des cas conflictuels, c'est la mère qui a
l'autorité parentale. Le nouveau droit n'a donc rien
changé. Une étude a montré que 40% des
pères perdent tout contact avec leur enfant dans les
trois ans qui suivent un divorce. La justice ne fait rien
pour faire respecter le droit de visite. Il y a une attitude
générale à mettre les papas de côté.
La situation
est-elle plus favorable pour les hommes dans les autres pays
européens?
Oui,
en France ou en Allemagne par exemple, l'autorité parentale
conjointe est la règle. Ici, les pères sont
laissés pour compte. Or, l'égalité doit
aussi régner dans l'éducation des enfants. Une
pétition à ce sujet vient d'être lancée
par les Mouvements de la condition paternelle pour soutenir
le récent postulat d'un parlementaire.
Quels
conseils donner à un père confronté au
divorce?
Que
ça vaut la peine de se battre pour ses enfants. Qu'il
vaut mieux tenter une médiation plutôt que de
remplir les poches des avocats. Un enfant n'a pas trop de
ses deux parents, mais qu'on laisse aux papas qui le désirent
la possibilité d'assumer leur rôle.
Pour plus d'infos:
www.mcp-fr.cArticle
paru dans Migros-Magazine N°4, 25.01.2005
Note
de FREDI:
Priver
un enfant d'une présence masculine, d'un référent
masculin, on le sait, nuit à l'épanouissement
de l'enfant.
Les
avocats, les juges doivent absolument être astreints
à une formation dans le sens de la psychologie de l'enfant,
de l'adolescent s'ils envisagent de prendre en charge des
dossiers familiaux.
Les
pères (et les mères) qui se voient privés
de leur(s) enfant(s) ne doivent jamais abandonner leur combat
pour entretenir leur relation parentale avec leur(s) enfant(s),
car il viendra un moment, à l'adolescence, par exemple,
où ceux-ci auront besoin d'eux. Ils devront alors pouvoir
prouver qu'ils ont fait tout ce qui leur était possible
pour maintenir la relation. L'enfant appréciera, avec
sa raison et son coeur.
Dans
le lobbying qui se crée, pour faire reconnaître
la nécessité d'une bi-parentalité, il
serait bon de recueillir les témoignages d'enfants
que la loi, les juges, les SEJ ont privés de l'autre
parent ou tout bonnement de leur famille.Cela aurait le mérite
de donner davantage de crédit à tous ces parents
qui se battent pour maintenir leur rôle de parent.
Enfin,
il faut relever que si des pères sont bien contents
de ne pas avoir à s'occuper de leurs enfants, il en
existe qui se soucient réellement de l'avenir de leur(s)
enfant(s) et, même si le couple a éclaté
- une affaire d'adultes! - on doit absolument veiller à
maintenir une relation biparentale avec les enfants du divorce.
Et
surtout, lorsqu'une femme allègue tout soudain, après
des années sans problèmes, des attouchements
sexuels ou un viol sur l'enfant lors de l'exercice du "droit
de visite", il faut se méfier et ne jamais oublier
que ces accusations font aussi du mal à l'enfant, qui
se demandera toujours la part de vérité de ces
propos, à force de les avoir entendus.
Un
parent (très souvent la mère) qui utilise de
fausses allégations de maltraitance et d'abus sexuels
dans le seul but de discréditer son ex-partenaire doit
être sévérement sanctionnée, c'est
important pour couper cette épidémie, honteuse,
sournoise, destructrice et nuisant fortement aux véritables
cas de maltraitances. Cette sanction doit être prévue
par la loi etne pas se limiter à une amende de quelques
centaines de francs!
Il
ne faut pas oublier, non plus, que le nombre d'enlèvements
parentaux ne cesse de croître, et cet accroissement
n'est pas étranger avec la frustration que l'on inflige
à certains parents. Des jugements plus intelligents
feraient partie d'une prévention en ce domaine.
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