| La criminalité ne cesse de croître dans le canton. Selon les chiffres dévoilés hier par la police fribourgeoise, elle a fait un bond d’un tiers en l’espace de dix ans. Une évolution lourde occultée, à court terme, par le fait que les infractions ont légèrement régressé de 2004 à 2005.
Trompeuse statistique! Pourtant, le chiffre présenté hier à la presse est incontestable: la criminalité dans le canton a baissé de 4,3% en 2005 par rapport à l’année précédente. La réalité du terrain, derrière les données chiffrées, se révèle bien différente, commente Pierre Nidegger, commandant de la Police cantonale, Michael Perler (photo), chef de la Sûreté, et Pierre Schuwey, chef de la Gendarmerie.
D’abord, la cuvée 2004 constitue le record absolu de l’histoire de la police fribourgeoise. L’activisme de bandes organisées, mises hors d’état de nuire entretemps, n’y est pas étranger. Ensuite, la tendance sur dix ans, bien plus significative, suit résolument une courbe ascendante. Pas de doute: le dernier exercice surclasse la moyenne de la décennie.
Fribourg pas plus sûr
Les quelque 450 infractions répertoriées en moins par rapport à 2004 ne signifient donc pas que Fribourg est devenu plus sûr. Ce sont surtout celles contre le patrimoine qui reculent (–6%), vols par effraction en premier lieu. Elles représentent tout de même 80% des délits et crimes commis en terre fribourgeoise.
Source de préoccupations pour les cadres de la police: la violence, volontiers gratuite, et les incivilités se multiplient. En particulier les lésions corporelles graves (+35%), les voies de fait (+13%), les dommages à la propriété (+10%), les brigandages (+30%) et infractions contre l’intégrité sexuelle (+5%). Michael Perler, de la Sûreté: «Les problèmes se règlent de plus en plus en utilisant la violence, avec un recours plus rapide aux armes et objets disponibles sous la main. Les gens agissent plus sous l’emprise de l’émotion, sans signe ou annonce préalable.»
«La place prise par les mineurs dans la commission des délits représente un souci bien réel», s’alerte pour sa part le commandant Nidegger. Ses agents ont interpellé précisément 313 mineurs l’an dernier, nouveau record (+19%) depuis 2003. Cette catégorie de délinquants englobe 16% des auteurs. La proportion passe même à la moitié si on élargit l’échantillon aux jeunes adultes jusqu’à 25 ans.
Phénomène inédit: l’embrasement récent des banlieues françaises a inspiré des imitateurs sur les bords de la Sarine. Une réceptivité aux émeutes qui a concerné les 21 jeunes dénoncés à cette occasion pour incendies intentionnels. La violence domestique constitue une autre facette de «l’état d’énervement de la société», selon les propos du responsable des gendarmes, Pierre Schuwey. Un rôle social, d’aide et de soutien, marqué dans l’agglomération fribourgeoise, qui entraîne en moyenne plus d’une intervention par jour, dimanche compris.
La violence se manifeste aussi contre soi, avec une centaine de tentatives de suicide, dont 42 mortelles. Actes de violence encore, contre les agents de la police (à 265 reprises), contre le personnel d’institutions comme l’Hôpital psychiatrique de Marsens, contre les voisins de paliers… L’un dans l’autre, les personnes en difficultés sont passées de 845 à 1062 en un an!
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Sébastien Julan, Lagruyère.ch. 27.02.2006 |