Dernière mise à jour :
19/11/2004


«Je voulais sauver la vie du petit Jakob»



PROCÈS Un policier risque 6 mois de prison pour avoir menacé de torturer un kidnappeur d'enfant

CHRISTOPHE BOURDOISEAU - BERLIN
18 novembre 2004

Le commissaire Wolfgang Daschner n'avait qu'une chose en tête à la fin de septembre 2002: sauver la vie du petit Jakob.

L'enfant, âgé de 11 ans, fils d'un banquier richissime, avait été enlevé depuis quatre jours. Le numéro deux de la police de Francfort savait qu'il était en danger de mort. Il fallait faire vite. Si Jakob était enfermé quelque part, il ne pouvait pas survivre longtemps sans eau.

A l'époque de l'enlèvement, le kidnappeur avait été arrêté et il se trouvait dans les locaux de la police. Mais Markus Gäfgen, un étudiant de 27 ans, refusait d'indiquer la cache. Le commissaire Daschner avait alors décidé de le menacer de violence pour obtenir les informations. «Nous voulions sauver la vie du petit Jakob», a-t-il répété hier à l'ouverture de son procès.

Magnus Gäfgen, condamné depuis à la réclusion criminelle à perpétuité, avait finalement craqué. Mais c'était peine perdue: l'enfant avait été retrouvé mort à l'arrivée des secours.

Pour le procureur de la République, la conduite du commissaire est néanmoins condamnable. «Il est allé beaucoup trop loin», a-t-il souligné. Wolfgang Daschner estime pour sa part qu'il ne s'agit pas de torture puisqu'il n'est jamais passé à l'acte.

Ce procès divise l'Allemagne. Le commissaire, un policier exemplaire de 61 ans, est considéré par beaucoup comme un héros car il a mis sa carrière en jeu pour essayer de sauver un enfant. Il a reçu des milliers de lettres de soutien. «Je le referais aujourd'hui», a-t-il déclaré.

En revanche, les associations de droits de l'homme et certains responsables politiques ont condamné son comportement. «La torture est strictement interdite. Pas seulement en zone de guerre. Une exception à la règle risque de nous mener sur la mauvaise pente», a déclaré Claudia Roth, chef du parti écologiste.

Le commissaire Daschner risque 6 mois de prison.



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