Michel
Fourniret creusait les tombes avant même d'enlever ses
victimes
Par Patricia TOURANCHEAU
lundi 05 juillet 2004 (Liberation - 06:00)
Combien de sépultures de fortune sur les terres de
Michel Fourniret, et sur son passage au gré des bois
et des plages ? Les polices et justices françaises
et belges comptent déjà «au moins dix
victimes», suivant le nombre de meurtres dénoncés
par sa femme. Mais ils redoutent d'en trouver «plus,
beaucoup plus». Samedi, les corps de Jeanne-Marie
Desramault, 22 ans, enlevée à la gare de Charleville-Mézières
le 18 mars 1989 et d'Elisabeth Brichet, 12 ans, volatilisée
à Saint-Servais (Belgique) le 20 décembre 1989,
ont été exhumés de son ancien domaine. Au château de Sautou à Donchéry (Ardennes),
le faux forestier mais véritable fossoyeur a indiqué
aux 200 policiers et gendarmes les emplacements des tombes,
«avec précision, calme, très méticuleux».
Il a révélé aux enquêteurs français
qu'il «creusait les trous au préalable, avant
même de ramener des victimes à la maison». Sur place, Fourniret a expliqué sur procès-verbal
: «J'avais besoin de chasser les vierges deux fois par
an. Quand je sentais que j'allais partir en chasse, je savais
que je ramènerai quelque chose, alors je creusais les
trous avant, à 3 mètres de profondeur.»
Prosaïque et «d'un ton détaché»,
il a détaillé les enfouissements d'Elisabeth
et de Jeanne-Marie dans une terre de glaise : «Je les
ai laissées tomber au fond, l'une à la verticale,
l'autre à l'horizontale et j'ai remblayé.»
Elles ont été retrouvées «dans la position indiquée, avec leurs
vêtements, bijoux et papiers», ce qui a permis
de les identifier. L'experte légiste Sophie
Gromb doit les autopsier dans son service à Bordeaux,
où les corps ont été transportés.
Francis Brichet qui a perdu sa fillette voilà quinze
ans a exprimé son «soulagement» sur la
radio belge RTBF : «Voilà, ça se termine.
Nous savons enfin où elle est. J'ai retrouvé
la petite fille que je désire avoir près de
moi.» Avec la découverte de ces deux cadavres, «c'est
donc quinze ans d'enquête qui viennent d'aboutir»,
a déclaré le procureur général
de Reims, Yves Charpenel, «et ce sont les premières
preuves matérielles de l'affaire Fourniret».
Dans sa maison de Sart-Custinne, les policiers belges ont
découvert des «pièces d'or, des louis
et de la monnaie espagnole, cachés dans une lessiveuse».
Comme autant d'indices du meurtre de Farida Hamiche
la compagne de son ex-codétenu, Jean-Pierre Hellegouarche
qu'il aurait accompagnée pour déterrer
son magot avant de la tuer pour rafler «les kilos d'or». Police et justice françaises retracent les domiciles
successifs de Fourniret dans les Yvelines, l'Yonne et les
Ardennes puis ressortent des dossiers anciens de meurtres
non élucidés, afin d'y retrouver sa signature.
Le suspect avoue sept assassinats entre 1987 et 1990, puis
deux en 2000 et 2001, mais nie toujours celui de sa baby-sitter
en 1993 (lire ci-contre). Les
enquêteurs ne croient «pas du tout à un
arrêt de dix ans, entre 1990 et 2000, dans la carrière
criminelle de Fourniret», et cherchent à combler
ce vide.
Les questions que FREDI se
pose:
Fourniret travaillait-il pour
lui-même, était-ce, contrairement à Dutroux,
un pervers isolé?
Se contentait-il de la France
et de la Belgique comme terrain de chasse?
Quels enfants va-t-on enfin
retrouver, si Fourniret se met à parler ? La liste
est très longue...
|